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Contribution : Encore une victoire pour Tamazight

Written by amnay

Dans toutes les causes justes il y a ceux qui luttent, qui militent, qui travaillent. Et il y a les autres : ceux qui ne font rien, et ceux qui sabotent. Ceux qui militent travaillent pour ceux qui ne font rien, et luttent contre ceux qui sabotent. C’est grâce à eux que la machine tourne, que le train va de l’avant. Ils se doivent donc d’être forts, plus forts que les forces rétrogrades. Heureusement d’ailleurs qu’ils sont là sinon rien ne pourrait marcher.

Mouloud Mammeri ayant fait ce qu’il a pu pour la cause, il a fini par s’en aller, comme tous les grands hommes aujourd’hui disparus. Avant de mourir il a laissé quelques mots pour ceux qui viendront après lui. Entre autres la phrase bien connue « Nous avons défriché le terrain, à présent c’est aux autres de continuer ». Phrase claire et nette, facile à comprendre, y compris par ceux qui comme moi ne sont pas sortis de Saint-Cyr. Que dire alors des lettrés, des universitaires…

Les militants étant légion, le flambeau a été porté sans interruption, le travail n’a jamais cessé, les enfants kabyles sont tous disposés à apprendre leur langue maternelle, la société applaudit tout ce beau monde porteur d’espoir…

Bref tout le monde est content, la cause avance. On a même inventé un nom pour la « chose » : tamaamrit. dda Lmulud ne pouvait être au courant, il est parti avant. Le tout s’appelle « tamazight di lakul », phrase qui se dit avec des youyous.

La cause avance donc, elle avance tellement qu’au bout de 20 ans, apprenants et enseignants savent tous tamaamrit, mais aucun d’eux ne sait ni comment fonctionne la langue, ni comment elle s’écrit. Ce qui n’a pas empêché des écoliers d’avoir des notes « bien », ni empêché ces écoliers d’évoluer et de devenir des « étudiants », terme qui désigne des écoliers ayant grandi et quitté l’école pour l’université. Là, à l’université, les notes « bien » et « très bien » grandissent aussi et deviennent des licences, des magisters et des doctorats. Des titres qui servent entre autres à recevoir le « témoin » pour enseigner aux autres ce qu’on a reçu comme enseignement. Comprenez, si vous non plus n’êtes pas saint-cyrien : pour enseigner tamaamrit. Encore quelques youyous, si vous le voulez bien.

C’est aux alentours de cette vingtième année qu’est sortie des presses la grammaire kabyle. Enfin. La première grammaire amazigh. Car jusqu’ici, les Amazighs ont toujours travaillé sur le phonétique, conformément aux pratiques léguées par le colon, puisque le Kabyle respecte l’étranger. On imagine l’accueil. La première grammaire kabyle ? Quel scandale ! Quelle horreur ! Et la terre ne s’est pas ouverte pour engloutir l’auteur de l’innommable, de cette invention qui vient faire la rivale à tamaamrit de dda Lmulud !

Il fallait faire quelque chose, et Dieu merci les militants l’ont fait. On rameute, on se concerte, on tranche. Ce qu’il fallait faire a été fait. Tout ce qu’il fallait faire. Résultat : au bout de peu de temps, le livre « la grammaire kabyle » disparaît du marché. Plus de « tagrrumt n tqobailit », plus de rivale de tamaamrit dans les librairies. Indisponible, introuvable. Et tout le monde est content.
Jusqu’au jour où…

Voilà qu’un jour elle reparaît, la grammaire. Sur internet maintenant. On la signale ici et là. Sur un site, sur facebook. Vite, avant qu’elle fasse beaucoup de dégâts ! Et la militance, toujours à l’affût, sonne l’hallali et prend les mesures qui s’imposent.
Des actions aujourd’hui couronnées de succès. Encore des youyous !

Cher lecteur grâce au dévouement, au patriotisme et à l’attachement de certains militants kabyles à tammamrit de dda Lmulud, grâce aux braves enseignants, docteurs et licenciés prêts à tous les sacrifices pour la défendre contre les dangers et les rivalités, le site qui contient la première grammaire amazigh (akerma.aba.ae) a été signalé à facebook comme dangereux (contenu indésirable qui « va à l’encontre des standards de la communauté »).

Et facebook, pour satisfaire leurs desiderata, bloque maintenant toute publication qui mentionne le nom de l’hébergeur du site.

Félicitations donc à ces héros, dont l’histoire se souviendra à coup sûr.

Kader Akerma