Jihad social

L’État algérien ne remplissant pas ses fonctions régaliennes. L’a-t-il déjà fait ? Les islamistes ont investi le terrain social en Kabylie laissé en friche. Ils l’ont investi pour réaliser ce que les siècles d’occupation n’ont pas pu accomplir en Kabylie. Ils l’ont investi et pratiquent le jihad social au détriment d’une éthique constitutive, d’une liberté de conscience, d’une philanthropie désintéressée. Seuls les intégristes de tous bords conditionnent l’aide social aux contreparties religieuses, c’est-à-dire d’adhésion au dogme, ce qui est immoral, hypocrite, antisocial.

Aimer son prochain et lui souhaiter le bonheur, c’est naturellement accepter, au préalable, ses idées et faciliter l’épanouissement de sa nature. Souhaiter la plus haute morale spirituelle, c’est admettre les particularismes, les différences, préserver et fortifier ce merveilleux trésor de l’humanité comme un objet fragile, sensible et essentiel. Lorsque cette formidable force humaine est activée, elle augmente l’équité et permet un rayonnement d’une conscience humaniste et universaliste

Ils s’en foutent royalement des Kabyles. Ils ne les voit pas comme un peuple à part entière et n’accepteront jamais son indépendance pour les raisons précitées. Leur objectif prioritaire est de jeter dans un trou sans fond son identité, sa culture, sa langue, méprisées et exécrées au plus haut degré. Ils le veulent fer-de-lance pour une Reconquista musulmania ! Ils le veulent discipliné par leur dogme et transfiguré par son fanatisme pour devenir un guerrier-chair à canon. Ils veulent exploiter l’hostilité éprouvée par la population de Kabylie envers le régime ; exploiter sa hargne et son engagement politique pour un objectif aux antipodes de ses intérêts.

Les salafistes ont toujours à l’esprit cette phrase de la Sunna : « Un homme, une femme et Satan est au milieu des deux ». Ils refusent de reconnaître que les femmes méritent les mêmes libertés que les hommes. Elles existent pour le bénéfice du corps social, non pour jouirent de la vie à leurs convenances. Elles n’ont pas à se préoccuper des choses de l’esprit. S’instruire, produire des pensées philosophiques et des idées culturelles, activité réservée aux mâles. Elles ont trop à faire avec ce pour quoi elles trouvent leur sens sur terre : se faire engrosser, enfanter, allaiter, materner. Consacrer l’essentiel de leur temps à éduquer la progéniture, faire la vaisselle, le ménage, la cuisine, la couture, assouvir les instincts naturels de l’homme et vivre loin des affaires de l’espace public. Le reste ? La jouissance égoïste de l’existence est réservée aux hommes. Le quadruple mariage aux hommes, l’infidélité aux hommes. Le masculin peut épouser la femme de son choix musulmane ou pas, la femme exclusivement à un musulman. Si l’homme se laisse aller à quelques égarements (viols et autres), c’est parce que la femme, son corps, sa beauté sont intrinsèquement sujets à pervertir l’esprit noble et sensé du mâle. Ne l’a-t-elle pas fait aux commencements ? N’est-elle pas la principale cause de la création de l’enfer ? Depuis que le monothéisme a succédé à l’hénothéisme [, il a masculinisé le ciel et Dieu ne se révèle plus qu’aux hommes.

Laissons-les faire, les ténèbres triompheront en Kabylie. L’horreur, l’inhumanité s’abattront sur tous ceux sur lesquels ils cristallisent leur haine. Pour l’instant, malgré les apparences, malgré leur nombre supposé exponentiel, les forces sombres n’ont pas encore triomphé de la raison autonome. La réflexion libre et la kabylité résistent, mais jusqu’à quand ?


Firmus T.

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