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Pour une monnaie locale en Kabylie

Written by amnay

Pour mettre la Kabylie sur les rails du progrès, et sur le bon chemin de son épanouissement, une personne, ou même un petit groupe de gens qui ont les appuis des puissances étrangères, ne peuvent réussir à proposer un système cohérent, susceptible de transformer en profondeur notre destin.   

A travers cette proposition d’une monnaie locale, nous pouvons mettre en place un système d’échange, de circulation, et de distribution de la richesse en Kabylie ; qui pourra changer profondément les rapports entre nous, ainsi qu’une évaluation plus juste des richesses que nous produisons et dont nous disposons.  A terme, ce projet doit concerner la masse des gens qui habitent ce pays.   

La tache n’est pas facile, mais réalisable. Car si nous examinons les conditions avec lesquelles certaines monnaies nationales ont été réalisées, notamment après la seconde guerre mondiale en Europe, nous nous rendons compte que ce fut un travail de plusieurs années auparavant, mais qui se trouve réalisé après la fin de la guerre, et ce grâce à une formidable solidarité et associations d’énergies entre les différents corps de la société. Intellectuels, militants, politiciens, agriculteurs, artisans…  n’ont pas lésinés sur les moyens pour faire éclore cette ambition. Et de ce fait, ils ont réussi à donner un nouveau souffle à leur économie. Ils ont mis les bases de la reconstruction du pays après les dévastations de la guerre.  

Nous, kabyles, si nous voulons être indépendants, nous devons représenter notre richesse avec notre propre monnaie. Cela est faisable, même avant l’indépendance politique. Il faut des victoires intermédiaires avant la victoire finale. Donc il faut des petites indépendances dans les différents secteurs de la société, pour que l’indépendance finale soit une évidence pour tout le monde, y compris ceux qui étaient contre au départ.  

Avec une monnaie kabyle, nous allons faire rentrer la Kabylie dans l’ère de l’industrie, du commerce, de l’autonomie alimentaire et de la responsabilité. 

C’est une ambition indispensable pour nous, et nous avons l’obligation de nous donner les moyens pour y parvenir, car les problèmes qu’endure le pays sont très nombreux, et complexes. Ajouter à cela le fait que nous n’avons jamais eu l’opportunité de gérer notre pays depuis des siècles. Nous sommes des novices en matière de  gestion d’un état.   Nous avons par contre l’intime conviction que les choses ne doivent pas en rester là…  

L’usage de la monnaie algérienne « le Dinar » dans les transactions commerciales en Kabylie est contre-productif pour l’économie kabyle.  Il aggrave les problèmes dans lesquels nous sommes déjà empêtrés.  

Toutes les réussites artisanales, agricoles, architecturales sont transférées en dinar, donc aux teneurs du pouvoir  d’Alger, donc aux autres.  Le pécheur de Tigzirt vend son poisson au boulanger Fréha. Ce boulanger  vend son pain au restaurateur d’Azazga. Le restaurateur se fait livrer sa viande chez le paysan de Bouzeguène, etc.  Tous ces gens doivent vivre du fruit de leur travail, et de leur savoir-faire. Et pour réaliser cela, ils doivent communiquer avec la même monnaie. Cette monnaie doit être contrôlée par eux-mêmes, et non par ces parasites qui n’ont qu’un seul but : sucer le sang du peuple, et l’humilier  davantage, car ils n’a pas la bonne religion, ou la bonne langue.  

La richesse que les enfants de Kabylie créent  grâce à leur savoir-faire, doit rester en Kabylie. Et pour qu’elle reste en Kabylie, elle doit circuler avec une monnaie kabyle. Tous ce qui se crée en Kabylie doit être un apport de richesse pour la Kabylie, donc la mesure de ces richesses, doit être kabyle.  

Toute activité économique s’exprime en monnaie. Et comme ça chacun de nous contribue à la croissance, et au bien être des citoyens de sa région, donc, de son pays. Ça crée un cercle vertueux dans le pays.  

Supposons, que nous ayons à l’ avenir une catastrophe dans le pays, comme par exemple: feux de forêts, routes coupées par la neige, tremblements de terre… Nous savons pertinemment que le régime d’Alger ne bougera pas … on n’attend pas moins d’eux… eh bien il faudra se prendre en charge tout simplement, et régler ses problèmes soi-même, car personne ne le fera à notre place.  

Pour régler les problèmes, de la volonté il en faut, mais pas que… de l’argent il en faudrait également… car il est impératif de financer la construction, et la reconstruction… donc il faut capter les richesses du pays pour qu’elles restent là ou elles sont produites pour qu’elles puissent en profiter a tout le monde en cas de besoin.  

Nous avons la fâcheuse tendance dans notre pays, et ce depuis des siècles,  à multiplier les activités bénévoles. Certes, ces activités bénévoles ont un champ d’efficacité, mais il est limité.  

Exemple : faire nettoyer la plage, ou venir aux soins des personnes âgées gratuitement ne fait pas progresser la richesse des gens.  Car ces travaux-là doivent être des emplois rémunérés. Le bénévolat réduit les richesses du pays, et accentue le chômage. Autant dire que nous marchons sur la tête.  

Nous devons encourager la volonté lucrative plutôt que le bénévolat dans notre pays.  

Il est donc, plus que temps pour nous, de nous atteler à ce chantier considérable de la monnaie locale kabyle, pour que nous puissions représenter notre richesse nous même, et ainsi définir le rôle que doit jouer la monnaie dans notre système économique et notre société.  

J’espère que les gens puissent se saisir de cette occasion de monnaie locale, pour accentuer des valeurs et des pratiques très nobles et prioritaires que sont la mutualisation, et la coopération.  Il faut encourager les coopérative, et les mutualisations, et ce dans tous les domaines, et pas que dans le circuit agricole, comme il se fait majoritairement actuellement. 

Il faut que les forces vives de la Kabylie s’associent pour créer ces fameuses associations de richesses. 

Le dinar et le pétrole algérien sont un piège mortel pour nous… parce que cela favorise des risques multiples : risque civilisationnel, écologique, social,… 

Seul l’émergence d’une société kabyle plurielle et mutualiste économiquement et indépendante monétairement puisse contrer. 

Je ne crois pas aux solutions qui viennent d’en haut, ou d’un seul homme….les seuls solutions pérennes qui ne mettent pas en danger la solidité et la cohérence d’un peuple, sont les solutions collectives. Il est primordial que ces sujets économique puissent être débattus par l’ensemble des citoyens, et ainsi rassembler les multiples bonnes idées, et lancer des expérimentations qui permettront de bâtir cette représentation de la richesse et de créer une monnaie qui sera au cœur de nos échanges . Elle va s’organiser autour de l’évaluation démocratique comme mesure privilégiée, et le développement humain durable comme finalité. 

Comme je le disais précédemment, je suis pour une économie plurielle, au sein de laquelle est considérée l’économie solidaire des mutualités.  Cette force très abondante en Kabylie,  si on l’a sollicite, trouvera son essor à travers ce modèle économique gagnant/gagnant.  

Je suis opposé à la logique guerrière de ces nouveaux riches qui poussent en Kabylie (Rebrab, Haddad & Co). Je souscris plutôt à la phrase de Lionel Jospin, qui disait : je suis pour l’économie de marché, et non a la société de marché. 

Nous disposons actuellement d’un thermomètre qui nous inculque la fièvre, je veux parler du dinar. Le seul fait qu’il soit dirigé par nos adversaires, fait de lui un anti-progrès  pour la société kabyle. 

Nous devons créer des richesses, ses richesses doivent être exploitées ici, pour qu’elles puissent créer des emplois là où elles se trouvent. Ceci améliorera forcément  la qualité de vie de la collectivité.  Oui, je l’affirme, Le dinar algérien réduit l’ensemble des travailleurs, artisans et paysans kabyles au statut de pauvres. 

Nous devons revoir et évaluer à nouveau les richesses de notre pays avec notre propre outil. Ce qui aura immédiatement comme effet bénéfique, la mise à l’écart du danger des comportements criminels de la caste dirigeante d’Alger et de ses laquets locaux. 

Nous constatons maintenant,  qu’avec le système actuel de comptabilisation de la richesse, c’est les patrons voyous de toutes sortes, qui ont la part du lion des richesses communes. 

Certains patrons n’ont aucun scrupule pour détruire des  hectares de forêts pour faire passer leurs autoroutes. D’autres se gavent, et se mettent plein les poches avec un système de réduction d’impôts mis en place par l’état, sous condition de construire des bâtisses bien spécifiques, dans des endroits bien ciblés : les bâtisses sont les mosquées, et les lieux pour les accueillir,  sont les villages kabyles.  

Cette chose incroyable arrive hélas en Kabylie… des patrons du pouvoir bénéficient de largesses fiscales et administratives pour des appels d’offres, et en contrepartie, ils s’engagent par le biais de ces « réalisations » à détruire le cerveau de la population avec des minarets.  

Le système économique actuel est basé sur la courte durée. Le développement durable n’a aucune chance dans ce schéma.  L’état est censé être un garant du long terme, mais en Algérie, le seul projet à long terme qui les intéresse, c’est leur maintien au pouvoir.  

Face à la myopie du système, nous kabyles, nous devons réagir avec les moyens qui sont les nôtres, sans arme, ni haine, ni violence. Mais avec intelligence et discernement. 

Une des conséquences graves engendrées par cette économie algérienne, c’est la mise à mort de toute éthique dans les relations commerciales, et mêmes amicales.  

L’économie en Kabylie et dans plein d’autres endroits, est devenue une norme sociale et culturelle. La question de « combien tu gagnes ? » est la première question que tout individu se pose quand il rencontre un autre. Qu’il la formule clairement, ou bien en passant  par différents chemins, on est sûr que le but de toutes ses tergiversations, doivent aboutir pour avoir l’information de « t’as quoi dans les poches ». 

La rentabilité prime sur tout le reste, notamment sur le bien commun. Quand un entrepreneur décide d’un projet, la question de l’intérêt général est évacuée dans sa réflexion. L’intérêt personnel et la rentabilité sont la mesure de toutes décisions chez ces gens-là. 

Avec des méthodes pareilles, comment voulez-vous qu’un parent dans sa maison avec ses enfants, ou un instituteur avec ses élèves dans l’école du village, puissent transmettre aux enfants des notions tels que l’altruisme, le civisme, le mérite, etc. leur discours est complètement inaudible vu que le modèle de réussite dans notre société est fondé sur l’individualisme, l’argent facile, et le contournement des lois comme méthode de l’intelligence absolue et la débrouillardise efficace.  

Les conséquences sont terribles pour nous. Hélas, nous le voyons déjà, et tout porte à penser, que cela va s’accentuer dans les années à venir. Nous constatons que d’un côté les possédants ou les vautours réussissent de plus en plus à fonder leur mythe de « producteurs ». Ils arrivent à mettre dans la tête des gens qu’ils sont les seules capables de remplir  la fonction de producteur  des richesses dans notre pays.  

Et comme l’imaginaire populaire pense ça, par le fait matraquage idéologique qu’ils subissent de la part de ces gens, et non par des constatations palpables et réelles, la population va finir par croire que toutes les ressources naturelles, humaines dont dispose le pays doivent être gérées par cette poignée de personnes. Voilà la naissance de l’oligarchie, et le féodalisme sous ses nouvelles formes chez nous. Après l’esclavage, le servage, le salariat, arrive chez nous une autre forme, c’est l’idolâtrie ou la fascination pour les riches. 

Toutes les richesses du pays seront à la disposition de cette poignée de notables, tous de très proches collaborateurs du pouvoir d’Alger. 

Rappelez-vous que toute la population avait accueilli avec enthousiasme une déclaration du Rebrab, affirmant qu’il est capable de créer des millions d’emploi, si l’état Algérien l’autorisait à construire un port à Dellys ! Souvenez-vous que même Ferhat Mehenni eût utilisé cet argument, et salué les bonnes intentions de ce notable de Bejaia.  

Il a réussi à mettre tous les kabyles dans sa poche dans sa pseudo-opposition au pouvoir algérien, qui lui refusait des postes ou des actions dans la machine médiatique d’état, en évoquant ce projet factice.  

Nous n’avons entendu aucune personnalité dire que si le port de Dellys doit être construit et géré, la tache reviendra d’abord aux habitants de la région.  C’est leur littoral. Il faut faire confiance aux ouvriers, techniciens, ingénieurs de notre pays pour bien faire fonctionner ce genre d’entreprises. 

De tels modèles économiques incarnés par Rebrab, condamnent les autres structures économiques du pays, associations de petits commerçants, mutuelles des artisans, coopératives des agriculteurs, car tous leurs moyens seront accaparés par cette caste.   

Je vous renvoie à fortiori, vers mon argument du début, c’est la nécessité absolue de changer de thermomètre, donc de monnaie. 

Dans les sociétés humaines anciennes, l’économie occupe un rôle secondaire, contrairement aux sociétés marxistes, ou libérales. Chez les kabyles anciens, la division sociale des rôles se double d’une division sexuelle. 

Le travail déshonorant aux esclaves, la politique noble (tajma3t) et la religion réservée aux mâles. Il existe aussi un espace intermédiaire réservé aux femmes, qui consiste à s’occuper des tâches ménagères.  

Ce qu’il faut comprendre dans la vision de cette Kabylie d’avant 1962, c’est que la moyenne de vie des gens de cette époque ne doit pas dépasser la cinquantaine (je vous renvoie à l’article d’Albert CAMUS « Misère en Kabylie ») , et que la religion occupait un rôle majeur dans tous les recoins de la société. 

Tout ce qu’un individu faisait dans cette terre-là est obligatoirement lié à sa vision de l’au-delà, ou comme l’appelait fort justement Nietzsche de « l’arrière monde ».   

On préparait, en quelque sorte, avec un comportement bien défini, cet arrière monde, afin d’éviter à tout prix la damnation éternelle. 

La morale kabyle se déduisait de la vision religieuse musulmane. La vision politique générale est tenu de son côté par le bras armé de la religion de Mahomet en Kabylie, qui sont marabouts et les tenants des mosquées.  

Nous signalons peut-être une exception dans ces longs siècles obscures, c’est l’avènement dans les Ait Jennad d’un homme politique « Laïc », qui est Youssef U Kaci. (Nous aurons à traiter de la biographie de cet homme, en d’autres occasions.)  

Dans cette structure kabyle, force est de constater que l’individu n’existe pas dans ce schéma. Il n’a aucune autonomie.  Il n’est qu’une particule élémentaire dans ce tous social.  

Nous voici à présent, après plus d’un demi-siècle d’algérianisme, munis de deux expériences, la première était une expérience communisto-stalino-baathiste qui a vécu jusqu’à la guerre civile des années quatre-vingt-dix. Ce modèle a bifurqué depuis dans un délire libéral sans borne, sans aucune éthique. C’était la loi des sauvages. 

Les nouvelles lois économiques récusent toute distinction morale. La fin justifie les moyens. On ne traite plus la nature avec le respect que les anciennes générations avaient envers elle. La nature n’a de valeur que si elle est rentable. Les hommes et les femmes ne sont qu’un matériau malléables à la merci de deux ogres :  d’un côté les politiciens religieux qui accaparent leurs cerveaux, et de l’autre côté, ces patrons criminels qui épuisent la force du travail de la population soit à la tâche, soit au chômage et à la pauvreté.  

Comment sommes-nous arrivés là ! Comment avons-nous pu hérités de ces choses-là ?  

Je pense qu’il faut absolument essayer de comprendre cette incroyable force qui résiste  dans notre société à la prise en compte des enjeux culturels, linguistiques, civilisationnels, éthiques, spirituels, écologiques.  Il faut déchiffrer, et décoder les mécanismes qui ont rendu possible ce bouleversement mental et social qui a conduit la Kabylie dans un chaos sans nom !  L’argent facile acquis par tous les moyens, la pratique obscène de la religion musulmane, et faire l’intéressant dans les mosquées ou lors de fêtes. Bref, un abrutissement généralisé est en place. Au stade où nous en sommes, nous ne pouvons plus parler de peuple, mais de populace en Kabylie !  Qu’elle est la différence ? Le peuple c’est une masse de gens instruits, éduqués, soucieux de l’intérêt général, tandis que la populace, c’est un ramassis d’abrutis qui ne réfléchissent pas et qui sont animés que par leurs pulsions grégaires : bouffer et vomir, boire et pisser, dormir et ronfler.  

Nous voulons, pour la plupart d’entre nous, entrer dans une nouvelle ère post-algérienne. Nous avons même enclenchés un processus politique d’indépendance. Nous voulons préserver notre héritage numide, nos dieux païens, notre héritage numide, notre Massinissa, notre Matoub, etc.  Mais nous ne devons pas préserver les pratiques féodales pourries, et la morale kabylo-islamique la plus contestable. Ainsi soit-il.

Hend IBERSIENE