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Abdelkader et les Kabyles

Proposé par Rédaction

La propagande Algérienne a toujours présenté l’Emir Abdelkader comme le fondateur de l’Etat algérien moderne. L’iconographie officielle s’ingénie même à refaire ses portraits sur lesquels étaient gommées toutes les décorations et médailles françaises obtenues après sa soumission et qu’il arborait fièrement de son vivant. Le document que vous allez lire est un témoignage rapporté par Masqueray et qui montre que si Etat d »Abdelkader aurait existé un moment, ce ne fut jamais celui du peuple kabyle qui avait le sien.

« Où sont les chefs qui vous commandent demandait Abdelkader. ?
« Nous n’avons pas de chefs étrangers à notre nation, nos chefs sont tirés d’entre nous ; nous obéissons aux amines et aux marabouts. »
« S’il en est ainsi, je recommande aux amines d’être bien avec mon khalifa, de le servir et d’obéir à ses ordres. »
« Nous ne demandons pas mieux que de vivre en bonne intelligence avec votre khalifa ; mais qu’il ne nous parle jamais d’impôts, comme il l’a déjà fait dans les plaines, car nos ancêtres n’en ont jamais payé et nous voulons suivre leur chemin. »
« Vous donnerez au moins la zecca et l’achour, ajouta l’émir ; ces contributions sont d’origine divine. »
« Oui nous donnerons la zecca et l’achour prescrits par la loi religieuse crièrent les Kabyles en s’animant, mais nos zaouias les recueilleront et nos pauvres en profiteront ;

Vous vous êtes annoncé chez nous en qualité de pèlerin et nous vous avons offert la diffa. Cessez ce langage dont vous pourriez mal vous trouver ; sachez bien que si vous étiez venu comme maghzen, au lieu de couscous blanc, nous vous aurions rassasié de couscous noir (de poudre). »
telle est notre habitude. Vous vous êtes annoncé chez nous en qualité de pèlerin et nous vous avons offert la diffa. Cessez ce langage dont vous pourriez mal vous trouver ; sachez bien que si vous étiez venu comme maghzen, au lieu de couscous blanc, nous vous aurions rassasié de couscous noir (de poudre). »
« Si vous me dites l’Est est plus fort que l’Ouest, je vous répondrai : Dieu fait marcher la victoire à ma suite, à cause de la pureté des motifs qui me guident. Vous savez au surplus ce que dit le Koran : que d’éléphants ont été inquiétés par des moucherons et que de lions ont été tués par le dab ! Sachez bien que si je ne m’étais opposé aux empiétements des Français, si je ne leur avais fait connaître leur impuissance, depuis longtemps déjà ils auraient nagé jusqu’à vous comme une mer en furie et vous auriez vu alors ce que n’ont jamais vu ni les temps passés, ni les temps présents. Ils n’ont quitté leur pays que pour conquérir et faire esclave le nôtre. Je suis l’épine que Dieu a placée dans leur œil ; si vous m’aidez, je les jetterai dans la mer. Dans le cas contraire ils vous aviliront. Rendez-moi donc des actions de grâces de ce que je suis l’ennemi mortel de votre ennemi. Réveillez-vous de votre apathie : croyez-le, je n’ai rien à cœur que le bonheur et la prospérité des Musulmans. Je n’exige de vous, pour triompher des infidèles, qu’obéissance, accord et marche conforme à notre Sainte Loi, comme je ne vous demande, pour soutenir mes armées, que ce que vous est ordonné par Dieu, maître du monde. Obéissez donc à Ben Salah ; il sera pour vous la boussole qui vous indiquera le bien. Je prends Dieu à témoin de la vérité et de la sincérité de mes paroles ; si elles n’ont pu trouver le chemin de vos cœurs, vous vous en repentirez un jour, mais d’un repentir inutile. C’est par la raison et non par la violence que j’ai voulu vous convaincre, et je prie le Tout-Puissant qu’il vous éclaire et vous dirige. Je ne suis venu vous trouver qu’avec une poignée de monde, parce que je vous croyais des hommes sages, capables d’écouter les avis de ceux qui ont vu ce que vous n’avez pu voir ; je me suis trompé, vous n’êtes que des troncs noueux et inflexibles. »

« Nous vous jurons que nous sommes des gens sensés et connaissant l’état des choses, mais nous ne voulons pas que personne s’initie à nos affaires, ou cherche à nous imposer d’autre lois que les nôtres. Nous savons encore ce qui nous convient de faire, eu égard aux préceptes de la religion. Comme nous vous l’avons dit, nous donnerons à nos mosquées la zecca et l’achour : mais nous n’entendons pas que des étrangers en profitent. Quant aux Chrétiens, s’ils viennent jamais chez nous, nous leur apprendrons ce que peuvent les Zouaouas à la tête et aux pieds nus ».
« Assez ! Assez ! Le pèlerin s’en retournera comme il est venu. Que la volonté de Dieu soit faite ! »
« Allez donc en paix puisque vous êtes venu simplement nous visiter. Les pèlerins et les voyageurs ont toujours été bien reçus chez nous ; nous pratiquons l’hospitalité ; nous avons de la fierté et nous craignons les actions qui peuvent attirer sur nous le blâme ou la déconsidération. Une autre fois, présentez-vous avec la splendeur d’un prince, traînez à votre suite une armée nombreuse et demandez-nous ne fût-ce que la valeur d’un grain de moutarde, vous n’obtiendrez de nous que de la poudre. Voilà notre dernier mot ».

Émile Masqueray : Formation des cités chez les populations sédentaires de l’Algérie. Edisud 1983, pages 91 & 92 .

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