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Ali Amran revient !

Ali Amran revient  !

Ali Amran est sans conteste le leader incontestable de la scène folk-rock kabyle. Si les artistes des générations antérieures peuvent se prévaloir d’un quelconque héritage transmis, Ali est l’ayant droit désigné. L’élu pour reprendre un terme prophétique, celui qui rallume le flambeau et le porte si loin encore dans cette Tamazgha qui fait ce que nous sommes. Au fil du temps et des albums une alchimie s’est opérée entre des cordes vocales s’accordant avec d’autres cordes, notamment celle d’une guitare, mais pas que. Cette alchimie primaire a accouché d’un artiste hors pair, alliage rare entre des textes engagés pour la vie et des mélodies qui tanguent joyeusement entre la pop et le bleues.

Puis vint l’autre alchimie plus difficile à atteindre puisque essentielle et déterminante dans une carrière. Celle qui transforme telle une pierre philosophale un public en un public en or. Si dans la musique, le public est partagé en quotes-parts et que chaque artiste revendique la sienne, Ali Amran peut se targuer d’avoir une génération entière, et celles qui suivront sans doute, comme fans. La prestidigitation des concepts et des figures de styles conjuguées à des accords sublimes sont les marques de fabrique de cet artiste.

Preuve ultime de ce talent fou, le dernier opus commis par l’artiste, Tidyanin. Comme une effraction caractérisée, l’album d’Ali Amran a fait irruption dans un univers artistique dominé par le médiocre et le pire, à quelques exceptions près. D’un haut standing international et répondant à tous les critères de l’art noble, Ali continue d’entretenir le lien ombilical qui relie la musique kabyle à l’universalité.

Dés l’entame avec la chanson intitulée Lxid, l’artiste mêle tous les risques des slackliners* dans l’imaginaire kabyle. Ces sportifs de haut risque qui défient la nature et les lois de la physique pour marcher sur un fil au dessus des enfers des dieux. Il compare cette épreuve à l’ascension en milieu kabyle truffée de pièges inattendus fait de faux fuyants et de beaucoup d’hypocrisie.

Il colle aux baskets de la réalité de sa génération comme le fait si bien la mal-vie aux milieux des jeunes et des moins jeunes. Tel un calque resté sur les bords d’une vieille ronéo, il chante la vie des trentenaires comme si elle n’est mise à jour que dans sa version corrompue des fichiers. Il met des mots justes sur le caché, l’occulté pour tenter dans un effort, décrit souvent comment vain par la providence, de dessiner un espoir à l’issue incertaine d’une situation désespérée.

En grattant sa guitare, c’est ce verni trompeur que souvent on badigeonne maladroitement sur nos échecs avérés ou nos réussites supposées, qu’il gratte pour nous rappeler dans « Ma d ddunit ik ». Une fois mis sous la lumière du jour, ces mots nous éclairent et participe à séparer l’ivraie de nos vies se disputant à son grain.

Dand Ddarz lfatna, revient cette impression du déjà vu. Ce scénario d’événements à la fois vécus mais qui paraissent anticipés. Il prévient tous les va-a-t-en guerre de tous les bords que le coefficient de la tragédie à venir sera à deux chiffres.

Tel fakir parti du Djurdjura vers cette lointaine Inde ; Ali fait danser les cœurs chagrinés dans Zaarura sur les braises de leurs désillusions. Il rend doux ce brasier ardent pour ces tisseuses tapies dans l’ombre de ces couturières sur des vieilles machines Singer qui ronronnent. Y a de l’âme de Fadhmas At Mansur dans l’air et des milliers, des millions de femmes qui à la dure tache quotidienne, elles opposent un chant pour conjurer le sort et convoquer la joie.

Puis le silence, apparemment c’est une mesure du temps dans une partition. Mais dans les mémoires les silences sont mortels, trompeurs et alliés des corrompus. Cet hommage tout en guitare à Lwennas, cet Anza qui nous vient d’un au-delà si proche de nos consciences malmenées. Ces dernières l’ont rejoint dans un linceul tricoté par l’effilochement de nos serments passés, fatalement non tenus.
Tannemirt l’artiste d’avoir permis ces périclitations conscientes. Dans tous les cas de figure akken it la3rav att xasrad…et puis on continuera d’avancer.

Zahir Boukhlifa

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