Amar Mezdad : “La littérature Kabyle est un univers encore inexploré”:

Amar Mezdad, une des références de la littérature kabyle et élève de feu Mouloud Mameri, était, l’hôte du département de langue et culture amazighes (DLCA) de l’université de Bouira, où il animé une conférence-débat autour du la littérature romanesque.

Pour celui qui qui est considéré comme étant le “fondateur” du roman kabyle, ce genre littéraire nécessite, non seulement des recherches “poussées et approfondies” dans le lexique ancestral, mais aussi “la création” de nouveaux mots qui peuvent correspondre à la société. De ce fait, Amar Mezdad est connu et reconnu par ses pairs, pour être un infatigable chercheur et découvreur de néologismes. “Je considère la littérature kabyle comme un univers inexploité où toute découverte, toute perception nouvelle sont bonnes à prendre”, a-t-il estimé devant un parterre d’étudiPour le conférencier, la “pureté” littéraire est non seulement une aberration, mais pire encore, elle pourrait, dit-il, constituer un “danger”. Pourquoi ? Mezdad estime qu’aucune langue n’est “pure”.

Mieux encore, il dira que du “brassage naît la richesse”. Ensuite, il évoquera “la conception” de son premier roman écrit et le second édité, à savoir Tagrest urghu, que l’on pourrait traduire par le chaud et le froid, qui date des années 1990. Cet ouvrage, qui fait partie de la trilogie Tafunast igujilen, Idh d wass et Tagrest urghu, reconnaît l’auteur, a nécessité une “immersion totale” dans le terroir kabyle, afin de puiser les mots justes et en créer d’autres.

On retrouve là encore l’aspect de “créateur” propre à Mezdad. Ce dernier estimera devant une assistance contemplative, qu’il ne faudrait nullement “séparer” la langue et la vie. “Pouvez-vous dissocier votre âme de votre conscience ?” demandera-t-il aux étudiants. Et de poursuivre : “Notre langue est une extension de nous.C’est elle qui nous définit et c’est par elle que nous donnons libre cours à notre esprit.”

En effet, le romancier kabyle le plus prolifique de ces 50 dernières années soulignera le fait que pour tout romancier, la source vient du vécu et que c’est à lui de l’enrichir à travers des recherches, voire des investigations.

À propos du lexique utilisé, et tout en estimant que le néologisme est “un mal nécessaire”, il insistera sur l’“impérieuse nécessité” de récupérer et de réactualiser les mots rescapés et sur le recours, sans complexe, aux emprunts. Ainsi, selon l’auteur de Tafunast n yigujilen (la vache des orphelins), le roman kabyle est en perpétuelle évolution et en quête de réflexion.

“On ne peut concevoir une littérature figée et sclérosée. C’est à vous (en s’adressant aux étudiants, ndlr) de faire évoluer ce genre. La quête et l’œuvre du romancier, en général, et du roman kabyle, en particulier, vont de pair avec son époque. Elle est tout, sauf immuable”, a-t-il insisté. Très discret sur son parcours de militant de la cause berbère, ce médecin de formation n’est pas très friand de cet adjectif. Pour lui, le combat identitaire ne devrait pas être mis en avant par ceux qu’ils l’ont conduit.
RAMDANE BOURAHLA

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