Appel : Pour un 20 avril festoyant

Appel  :  Pour un 20 avril festoyant

Et si pour une fois, nous changions notre méthode de faire de la politique. Arrêter avec la lutte gauchiste traditionnelle qui consiste à sortir son drapeau, envahir par milliers, jeunes et moins jeunes, les rues des grandes villes, se faire tabassés parfois durement et gratuitement par les militaires et les voyous. Puis rentrer chacun chez soi, le soir, éparpillés, sans aucun pouvoir et sans aucune suite à donner à la mobilisation. Ces manifestations politiques, aussi pacifistes soient-elles, donnent l’occasion au pouvoir de déployer ses forces militaires en Kabylie. Arrêtons donc de leur donner des prétextes pour militariser notre région.

Et si pour une fois nous procédions comme eux et si nous faisions nous aussi de la politique sans en avoir l’air.

Le pouvoir a toujours procédé d’une façon plus rusée et plus nuancée que nous. Il ne tient pas de discours politique, il laisse le soin aux religieux qui arrivent à faire passer tout ce qu’il veut au nom de la religion, et pas de la politique.
Un Kabyle qui refuse la construction d’une mosquée n’est pas vu par la population kabyle comme un opposant politique mais comme un ennemi de Dieu. Le pouvoir n’est pas plus fort que nous politiquement, mais il a comme allié la religion, et c’est avec elle qu’il gagne à tous les coups.

Il est peut-être temps de leur rendre la pareille, d’organiser le 20 avril prochain autrement.
Ne pas faire de marches politiques, ce qui désorientera sûrement nos adversaires.

Organiser des processions qui viendront de chaque village, qui se mettront en branle dès le début du mois, pour se rencontrer au barrage de Taqsebt : une sorte de pélerinage à l’ancienne, à la fois pour accueillir le printemps puis pour remercier Anzar, dieu de l’eau qui a gratifié la Kabylie de son bien le plus précieux.
Le 20 avril, toutes les processions convergeront vers Taqsebt, lieu de villégiature. C’est là que nous rendrons les grâces au donneur de pluie.
De là, pour ceux qui le souhaitent, on pourra aller puiser de l’eau et aller la verser sur les lieux où les forces du mal ont assassiné le poète Matoub Lounès.

Des hommes et des femmes partiront comme dans le temps, munis de bendirs, de guitares et de toutes sortes d’instruments pour faire de nos printemps noirs, enfin, un printemps en couleurs, un printemps de joie.
Puis faire de cet événement un pélerinage annuel comme celui du Gange en Inde.
Nous verrons peut-être ce jour-là affluer des touristes de partout pour venir nous rendre visite.

Nous ferons de cet événement un rituel kabyle, comme le carnaval de Rio, que le monde entier appréciera. Personne ne viendra nous violenter, car le regroupement autour de l’eau, pour remercier notre pourvoyeur sacré, ne sera aux yeux des gens qu’une manifestation culturelle et traditionnelle : violenter des pacifistes citoyens venus faire la fête, accueillir le printemps ne serait qu’un acte odieux, aux yeux du monde, de la par de l’agresseur.

Comme vous savez, le pétrole rime avec islamisme, Allah a gratifié ses enfants d’or noir, et le pouvoir algérien menace de nous le supprimer à tout heure. Mais, si demain, comme diraient beaucoup de scientifiques, la richesse change de camp, les guerres ne seront plus pour l’or noir, mais pour l’eau, pour la pluie d’argent dans laquelle se baignait Tislit bb Wanzar quand le dieu de la pluie la surprit. Nous la monnaierons au prix de l’or aussi.

Demain sera l’âge de l’eau et Anzar aura un rôle à jouer si nous savons l’accompagner et l’encourager à le faire, à inonder de sa sueur et de ses pleurs nos rivières, nos fontaines, nos étangs, nos sources et nos plaines. Il fera ce jour là, dieu de l’eau, de notre terre un havre de bonheur, une oasis au milieu du désert monothéiste, pourquoi pas ?

Les Touaregs disent : aman iman : l’Eau c’est la vie, autrement dit, Anzar c’est la vie.

Mare Nostrum Arcadia

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