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Atef Lewhama : « J’aime ma langue et ma culture et je souhaite les développer avec l’art »

Atef Lewhama : « J’aime ma langue et ma culture et je souhaite les développer avec l’art »

Atef Lewhama de son vrai nom Hilal Berkane, est une star incontournable en Kabylie. Disparu des écrans depuis son dernier film TNT produit en 2016, il revient cette fois-ci avec un podcast intitulé Pourquoi je n’existe pas ? dans lequel il explique les raisons de son absence. Atef Lewhama sort de son silence et dit «être boycotté» par la télévision et les établissements culturels algeriens.

Dans votre podcast Pourquoi je n’existe pas ? Vous racontez ce qui vous est arrivé depuis la sortie de votre dernier film TNT en 2016. Vous dites que vous êtes boycotté et que vous n’êtes plus le bienvenu. Que s’est-il passé exactement ?

Je voulais à travers ce podcast expliquer à mes fans ce pourquoi on ne me voit plus à la télévision ou dans les différents événements organisés par les établissements culturels étatiques. La réponse est simple : ces derniers ont décidé, depuis la sortie de mon dernier film (TNT) en 2016, de boycotter tous mes produits et de ne plus m’inviter. Les problèmes ont commencé depuis cet épisode. TNT a été refusé par la télévision publique sous réserve que le contenu est politisé.

Les différentes maisons de la culture de Tizi Ouzou, de Béjaïa et de Bouira l’ont suivi dans cette décision. On m’a même empêché, à plusieurs reprises, de monter sur scène à la dernière minute. Les différents responsables de la culture doivent savoir que je ne suis ni un homme politique ni un adhérent d’un parti ou d’un quelconque mouvement. Je ne suis qu’un comédien. Je suis un artiste qui traite les questions sociales avec humour et rien d’autre.

Vous racontez aussi qu’il vous est arrivé des choses plus graves. Peut-on savoir lesquelles ?

Effectivement. J’ai été à Azazga (Tizi Ouzou) pour filmer une pièce théâtrale que j’ai intitulée Tiqqit Usirem (un peu d’espoir) en fin 2016, mais on m’a arrêté le tournage.

C’est une pièce qui raconte les problèmes quotidiens des Algériens et qui a eu beaucoup de succès auprès du public. Ce sont mes fans qui m’ont demandé de la mettre sur Youtube et sur les réseaux sociaux afin de permettre à un large public de la voir. J’ai demandé une autorisation de tournage à la directrice de la culture de cette région qui me l’a accordé sans soucis.

Elle a, au final, décliné tout responsabilité après l’arrêt du tournage. Elle m’a fait comprendre qu’elle n’était pour rien dans cette décision. J’ai enduré la même chose à Tigzirt. J’ai même les vidéos qui le prouvent. Seule l’association des artistes de Béjaïa, que je remercie pour l’occasion, a pu maintenir son activité au niveau de la maison de la culture de le même ville.

Ses membres m’ont même rendu un hommage, ce qui m’a beaucoup ému. Les chaînes privées se sont jointes aussi à la campagne. J’ai signé un contrat avec une l’une d’elles mais qui n’a pas duré pour des raisons que j’ignore. Voilà où nous en sommes.

En dehors de l’Etat et de ses établissements, êtes-vous invité ailleurs ?

Je vous assure que je n’arrive même pas à satisfaire la demande. C’est un phénomène incroyable et une chose qui me fait énormément plaisir. Mais là, j’ai affaire surtout à mon public qui m’aime et qui m’invite partout. Sauf qu’avec les associations, je fais plutôt du bénévolat. La plupart d’entre elles n’ont pas de financement.

Parfois, c’est moi-même qui achète mon propre sandwich et paie mon transport et celui des gens qui m’accompagnent pour diminuer les charges sur les associations et les comités des villages. Je cotise aussi quand il s’agit d’une activité au profit des démunis. Mais un artiste ne peut rien faire sans financement. Je ne vous parle même pas de la production qui nécessite de gros moyens.

L’Etat appelle au développement culturel mais nous bloque et nous freine dans notre évolution. Il est où le développement dont il parle ?

Comment un artiste aussi connu comme vous puisse vivre une telle situation dramatique ?

Oui. C’est malheureux. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle j’ai fait cette vidéo. C’est pour rassurer mes fans et leur dire que je ne compte pas arrêter la comédie. Mais il ne faut pas s’attendre à des projets de qualité.

Je ne peux plus investir comme avant. Il m’est impossible de faire des projets qui coûtent ou de réaliser un travail professionnel. C’est moi qui finançait mes produits. J’ai dû vendre ma voiture que j’ai achetée à l’aide d’un crédit pour pouvoir financer TNT.

Il m’a coûté 3 millions de dinars, ce qui est plusieurs centaines de fois moins que rien qu’un budget de n’importe quel autre film algérien. Nous travaillons avec nos propres moyens. Et nous avons pu gagner le cœur des gens avec rien du tout. Je pensais pouvoir le vendre mais je n’ai pas pu, malgré le succès qu’il a eu sur Youtube et sur les réseaux sociaux.

Je n’ai même pas pu payer les artistes. Je l’ai fait au fur à mesure en leur partageant mes cachets quand j’en reçois. Et avec l’histoire du piratage, l’éditeur ne pourra même pas me donner le tiers. Car lui-même, il ne peut pas récupérer son argent. Ce n’est pas facile, je vous assure. Nous sommes cernés de partout.

Avez-vous rencontré, lors de votre parcourt, des artistes d’expression kabyle qui souffrent du même problème ?

Oui. Ils sont plusieurs. L’Etat encourage malheureusement que ce qui est folklorique. Les gens qui donnent sens à ce qu’ils font sont boycottés. Du coup, les artistes kabyles se trouvent souvent entre le marteau et l’enclume.

Ils doivent soit s’aligner avec l’Etat ou finir dans les bras du MAK qui, lui, ne laisse pas tomber ses artistes. Il n’y a pas de troisième choix qui s’offre à eux. Car si vous êtes seul comme moi, sans appui, vous devenez une cible facile. Toutes les routes vous seront fermées dès qu’on vous pointe du doigt.

Avant, nous manquions de moyens pour montrer notre savons faire. Maintenant et après l’avènement des médias, la situation s’est un peu améliorée. Il existe depuis des festivals et plusieurs événements où nous pouvons se produire. Mais ce n’est plus le cas depuis 2017.

Il faut savoir que même l’ENTV n’achète plus les films kabyles. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas lui vendre directement un produit. Elle vous exige un sponsor ou un producteur qui vous l’achète pour le revendre à son tour à la télévision. C’est devenu très compliqué et bureaucratique.

Que sentez-vous au fond de vous après tout ce que vous avez enduré ?

La culture encouragée par l’Etat ne produit que des consommateurs de la culture. Je pense que nos enfants et les générations à venir ont eux aussi le droit à une culture qui éveille les esprits. Je suis convaincu qu’ils m’ouvriront toutes les portes si je sors demain une chanson dansante comme ils aiment bien. Ils disent de moi que je veux diviser le pays, que je suis séparatiste et j’en passe.

Ces responsables m’ont collé toutes les étiquettes possibles pour m’empêcher de travailler. J’aime ma langue et ma culture et je souhaite les développer avec l’art. Il est où le problème dans cela ? Que nos responsables sachent une chose : je ne suis qu’un artiste et rien d’autre.

J’ai travaillé pour le Croissant-Rouge et avec beaucoup d’associations qui ouvrent au profit des plus démunis. J’ai travaillé pendant le 1er novembre et le 5 juillet. En quoi suis-je séparatiste ? Je suis heureux de voir la chanson kabyle sur l’ENTV mais pas celles dansantes. Ils ont tué la chanson et tentent d’étouffer aujourd’hui la jeune expérience cinématographique kabyle.

L’Etat ne doit pas tourner le dos à l’art et à la création. Il ne doit pas m’empêcher de travailler et priver mon public de mes films. Au fond de moi, je ressens la hogra.

Lire ici l’intégralité de l’interview

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