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CAM : Poésiades kabyles décapantes

CAM : Poésiades kabyles décapantes

«Je suis africain et le soleil y est en permanence»
Slimane Azem

Les Poésiades d’expression kabyle du Centre Amazigh de Montréal sont à leur 5ème édition. Chaque année, les amoureux du verbe rythmé découvrent de nouveaux talents. Et à chaque fois, le public se fait transporter dans un univers féerique de la poésie kabyle pleine de sens, de métaphores et de messages que seuls les poètes pourraient exprimer dans une société exigeante envers elle-même. Exigeante, car l’individu ne peut pas communiquer ses rêves, ses préoccupations et ses folies dans l’espace public. Le groupe impose ses codes et ses tabous. Si par malheur, une personne dérogeait à ces règles strictes, elle se ferait ramasser ou taxer de folie. L’artiste et plus précisément le poète est perçu comme une personne à part chez les Kabyles. Il est à la fois adulé grâce à sa maîtrise du verbe, mais marginalisé à cause de son audace voire de son arrogance qui bouscule l’ordre établi. Un ordre très couvé par les  »sages » du village.

Cette année, les Poésiades qui ont eu lieu au Centre humaniste de Montréal en ce 29 septembre 2018, sont dédiées à l’artiste Slimane Azem dont on célèbre le centenaire. Da Slimane, comme aiment l’appeler les Kabyles, incarnait tout cet univers teinté d’amour à la terre, la culture, la langue, les traditions kabyles et les déchirements de l’exil. L’activité qui a commencé par la projection des vidéos rendant hommage à l’artiste exilé, a donné un espace important à son neveu, Bruno Azem, pour parler de son oncle. Ayant quitté l’Algérie depuis l’âge de 11 ans, ce dernier a impressionné l’assistance par sa maîtrise du kabyle et par l’admiration qu’il voue à son parent artiste. Depuis 4 ans, il a crée en France l’association  »Les amis de Slimane Azem » pour entretenir la mémoire de cet artiste qui a marqué l’imaginaire des Kabyles en général et des exilés en particulier. Il dira : « Slimane Azem a chanté ce qu’il a vécu. Il avait le sens de l’humour et le sourire permanent illuminait tout le temps son visage. Il aimait la terre, l’agriculture, les ruisseaux et la pêche. Il avait acheté une terre qui lui rappelait sa Kabylie natale. Il s’isolait très souvent pour composer ses chansons dans un petit carnet que je n’ai jamais vu. Il écrivait phonétiquement ses textes. En somme, une moitié de l’année, il la consacrait à l’agriculture et l’autre moitié à ses tournées artistiques. Il vivait très bien de son art.» La conférence de Bruno a été suivie par une série de questions qui n’avaient pas eu toutes les réponses escomptées notamment celles qui étaient liées à son exil  »forcé » et à la censure que son œuvre avait subie à Alger. Qui a menacé Slimane Azem? Qui a censuré ses chansons? Le neveu dira que son oncle avait lourdement souffert de cette horrible censure, mais soulagé par l’amour indéfectible de ses fans, Et des fans, il en avait et il en a encore Da Slimane.

La deuxième partie des Poésiades a été consacrée à la lecture de la poésie de plusieurs poètes et amateurs du verbe. Les prestations de Lhacène Ziani, Hassiba Reguig, Nadira Azzoug, Adil Hadjila , Achour Dehak, Nacer Oukmoume, Dalila Matoub, Farida Eldjama, Moussa Djaffer, Moh Laid Deflaoui, Mohand Ali Alioui,Zoubir Redjadj, Hakim Berkal, Lyazid Laliam, Lhocine Yahia et Tawes Dahmoune étaient extraordinaires. Chaque intervenant avait son cachet particulier en terme de message et en terme de présentation. Du sérieux au plus drôle, le public en était très bien servi. Les thèmes traitaient de la langue, de l’identité, de l’amour, de la femme, des relations humaines, mais aussi de Dieu. Ah, il faut vraiment écouter Lyazid Laliam quand il énumérait la place de Dieu dans les communications des Kabyles. C’était hallucinant. Il y a eu également quelques chants du terroir kabyle, rendus par Amel Boudarene et sa mère, qui avaient égayé l’événement.

Parallèlement à cette activité poétique, des œuvres de Slimane Azem ont été exposées. Il y a eu également le stand du Congrès des Kabyles du Canada, CKC, qui menait sa campagne de recrutement. Aussi, le CAM a donné la parole au vice-président du CKC, M. Nacer Irid. Ce dernier, après avoir encouragé cette manifestation culturelle, a rappelé la mission du CKC au public. Bref, cette 5ème édition des Poésiades d’expression kabyle, animée par le président du CAM, M. Kamel Serbouh, a livré des prestations riches, variées et sincèrement mémorables. Rendez-vous l’année prochaine pour d’autres découvertes artistiques. Ce qui est certain, la communauté kabyle déborde de talents. Il suffit de les découvrir pour le grand plaisir de tous et de toutes.

Djamila Addar

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