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Croyances: Puissances invisibles en Kabylie

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Jadis pour le Kabyle ….. » Le monde dans lequel il vit l’enserre de toutes parts. Il conçoit les énergies qui s’imposent à lui comme des puissances qui le dominent, bénéfiques ou maléfiques, suivant qu’elles l’aident à réaliser son bonheur terrestre ou y font obstacle. »

iεassasen
Ils sont députés, comme l’indique leur nom, à la « garde » des lieux ou des collectivités, famille, village ou tribu. Ils ont aussi la charge de régler les affaires de ce monde, dans les réunions(agraωγl-leγωat) qu’ils tiennent en certains lieux particulièrement saints (cf. Mystagogie kabyle, FDB, Rééd. 1969).
Les rochers, arbres et sources sacrées (lembωared), dénommés « Gardiens », sont censés être dotés de quelque merveilleux pouvoir dû à un saint personnage qui les a installés, ou fait sortir de terre, au contact de son bâton (taεekkω azt-is). Point n’est besoin d’un grand effort pour y reconnaître un ancien « génie » à peine islamisé.
Les maisons (axxam), lieux d’habitation aussi bien que famille, ont aussi un Gardien (d’autres diraient : un Gardien pour chaque recoin), qui veille sur les biens et celles qui en ont la charge. D’où l’adage :

Fadhma, garde bien ta maison

et toi, Gardien, surveille bien Fadhma.

Là encore parenté à peine dissimulée avec les « dieux » familiaux. Souvent ce Gardien est localisé dans une pierre ou un arbre situé dans la cour de la maison, ou dans une des poutres qui la soutiennent.

Tiwkilin 

D’autres puissances personnelles exercent aussi une influence sur la sécurité de la vie humaine. Ce sont tous les être légendaires ou fantasmagoriques revêtant les formes les plus diverses, animaux fantasmagoriques qui rôdent la nuit (amasan, mzizzel… Cf. Supersititions, I, FDB, 1969) ou ogres (iwaγzniwen) et ogresses (tteryulat) qui hantent les contes populaires. Légendaires, ils le deviennent toujours plus, surtout depuis que le Français (arumi) incroyant les a chassés. Cependant une catégorie reste vivace dans la crédulité féminine : les « tiwkilin ».

Les Tiwkilin sont des génies (plutôt que des fées, comme on traduit la plupart du temps). Sans doute, elles se manifestent sous des formes féminines : naine gracieuse aux longs cheveux, négresse (taklit) hantant les sources guérissantes, comme aussi belles femmes séduisantes. Elles n’ont pas toutefois le pouvoir magique des fées. Leur rôle peut s’exercer de manière bienfaisante, comme il peut aussi revêtir la forme d’une tyrannie insupportable. Dans la première catégorie se classent les « tiwkilin n lǧameε » et les « tiwkilin n teεrict ».

– les « tiwkilin n lǧameε (de mosquée) » sont les gardiennes vigilantes de ce saint lieu.- les « tiwkilin n teεrict » (de soupente) » logent dans les soupentes. Elles y manifestent leur présence par les bruits qu’elles font dans la nuit, alors que la maison sommeille. Elles s’activent alors parmi les jarres et ikufan à provisions, y faisant parfois bouillonner la barakka, ou les brisant dans leur agitation. On ne saurait impunément les oublier aux jours de Fêtes sacrées (leεwaceṛ). Ces jours-là, on doit déposer à leur intention une assiette contenant de tout ce dont on s’est régalé pour le souper (imensi). On ne manquera pas au matin de la trouver vide, avec la trace de leurs petites mains.

Dans la catégorie des tiwkilin asservissantes, on a celles qui recherchent à s’unir aux hommes et qui revêtent pour cela les formes les plus capables de les séduire. On a surtout celles qui possèdent les devineresses de seconde zone, dont les vaticinations n’ont pas plus de valeur, moins même, « que le rêve d’un homme endormi (amm in yeṭṭsen yurga) ». Leur présence se manifeste par des mouvements désordonnés du ventre, ou des cris inarticulés. Elles asservissent la malheureuse dont elles ont pris possession, souvent déjà frappée par le malheur ou l’infirmité. Elles la frustrent de toute joie terrestre mais lui assurent par contre tout le nécessaire de subsistance.

H. Genevois 

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