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Émotions :Le premier jour du printemps (Ass umenzu n tefsut)

Émotions :Le premier jour du printemps (Ass umenzu n tefsut)

La place principale d’Aghbala, appelée communément « Inurar », offrit aux regards une scène presque amusante en cette journée d’hiver tirant à sa fin. Les travailleurs et ceux qui ont pris tôt le matin le chemin des villes pour faire leurs emplettes, s’apprêtaient à descendre de leurs transports, les mains garnis de bouquets de racines de Thapsia ( Adryis), dissimulés dans des sacs.

Fortement imprégnés du goût de l’amusement sans cesse et de surcroît avec un sens aiguisé d’interprétation, nous devinâmes aisément

l’événement qui collerait à cette scène. Le souhait que le lendemain arrive avec une extrême promptitude gagna nos esprits.

Cette journée réservée à « l’accueil du printemps » (Ass umagger n tefsut) se distingue des autres journées par une sortie spéciale, afin d’inaugurer une saison porteuse de toutes les marques de bonheur.

Les feuilles de cette plantes que nous apercevons à travers les sacs de leurs porteurs, poussent notre imagination à l’œuvre. D’emblée nous esquissâmes le trajet sinueux à parcourir avec ses haltes et les moments agréables que la belle nature semble bien vouloir nous offrir.

Nous imaginâmes les sons mélodieux que les femmes auront à « gazouiller » gracieusement sous un soleil au rayons ornant les visages d’une gaieté que seul dieu « Rae » aurait la clé de son mystère.

Ce soir là, les mamans s’affaireraient volontiers à préparer avec amour, le couscous au racines de Thapsia ( Seksu u deryis) , le plat qui représente la signature exclusive de cette occasion. Sur qui couscoussière et chaudron se constituent en une synergie œuvrant jusqu’à l’extinction des feux de la cuisine.

Les œufs plongés dans l’eau bouillante avec les racines u deryis nous mettaient déjà l’eau à la bouche à l’idée de partager dans la convivialité ce précieux met.

Tout le monde s’accorde à dire que ces racines sont vénéneuses, quelques signes cliniques donnaient l’alerte à chaque fois que l’on affiche une grande gourmandise, la retenue est de mise en dépit du caractère savoureux du plat.

Tôt le matin nos paniers sont soigneusement préparés et truffés de toutes sortes de gâteries (Oeufs préparés la veille, friandises, morceaux de pain…etc). Un piquenique est souvent prévu aux abords de certains endroits et c’est ce que l’on attendait le plus.

La « procession » prend son départ tel un défilé où femmes, enfants, jeune filles et jeunes garçons se suivent sur un même trajet et en petits groupes, d’autres affluèrent au fur et à mesure que nous avançons.

Trois ou quatre femmes « vétéranes », à qui revient le rôle d’animer la foule, usent de leur dextérité à manipuler le Bendir (avendir) qui raisonne au rythmes des mélodies que ces femmes fusent en sorte de rengaine. Elles sont la locomotive qui tire vers l’avant tout le reste de la caravane, qui à son tour reprend les chants en chœur.

Les mausolées connaîtront ce jour là un afflux important et inhabituel de personnes. Le vide qui les entoure durant toute l’année se voit comblé tout à coup.

© Lachi Abderrahim

Le premier qui nous ouvre ses portes, « Sidi Saɛdi W Cherif”. Monument construit depuis des lustres, garde jalousement le tombeaux du saint qui porte son nom, en dépit de son état déplorable et le poids des années, son charisme reste indemne de toutes éraflures. Nous faisions le tour du tombeau, sans omettre d’essuyer, le visage avec le long tissus qui le couvre. j’avais tout le temps cette curiosité de connaître les tenants et les aboutissants de ce geste un peu bizarre mais j’y adhère pensant que c’est un péché capital que de demander une explication.

Les bougies sont allumées et le mausolée en profitera d’une journée tout en lumière. Convaincus de la sacralité du lieu certains feront leurs prières.

Le tronçon qui mène au deuxième lieu de notre périple, El Djamaɛ w Esker, est bordé des deux côtés par quelques champs parsemés de fleurs aux couleurs agréables, la jonquille (Adjedjiy ireli), cette plante précoce aux fleurs jaunes, est sans doute la plus séduisante, tout le monde s’adonnait à la chasse de ses tiges remplissant les mains.

Le genet sous toutes ses formes (Azezu ak d u tertaq) prend également la même couleur et les marguerites s’insèrent au milieu avec leur fleurs blanches pour achever ce sublime tableau.

le constat est sans conteste le prélude d’un printemps bien installé.
La joie est perceptible sur le visage de tout un chacun, la léthargie dont les sens étaient plongés tout au long de l’hiver semble s’épanouir tout à coup sous un soleil peu agressif. La vitalité est très prononcée sur les adolescents qui s’adonnent à un jeux de charme, en est la preuve et combien significatif!

On s’arrête et on arrête le temps pour apprécier et cueillir ce que la nature nous présente généreusement.
El Djama3 w Esker », mausolée couvrant une roche mystérieuse, personne n’a connaissance de sa véritable histoire, mis à part quelques petites histoires par ci par là, a su garder ce côté mystique
qu’on ne pouvait dissocier d’une probable action à caractère de sainteté. Son aura ne supplie point pour afficher un grand respect des lieux. Nous déposons les bougies aux différents coins de la roche dans un calme et une discipline de troupier.

Ne pas déranger les saints c’est aussi ne pas perdre leur protection.
Pendant que certains adultes continuent leur méditation à l’intérieur les petits et les jeunes profitent de « gambader » dans les champs aux alentours.

La caravane suit fougueusement sa marche vers « Sidi el Mouhoub », au rythme des chants, jusqu’à la porte de la source où jaillit une eau qui coule avec un débit interminable. Chacun s’empresse de tremper ses pieds, pour avoir de la « baraka » puis faire un vœux en jetant une petite pièces, les femmes passent outre la porte qui renferme la source pour jeter un peu d’eau purificateur sur leurs corps.
Sans ce passage qui fut une étape de purification, la sortie ressemblerait à un pèlerinage raté.

Nous attendions l’ultime étapes avec impatience, celle qui nous amène à « El Djama3 w Ezro », perché sur une hauteur, dominant et le village et ses saints, offrant une vue splendide qui met en exergue la beauté de chaque coin visible à l’œil. Nous forcions le pas pour y arriver, le chemin arpenté est une pente, mais agréable à entreprendre. Après la visite des lieux et le rituel des bougies, déballer nos paniers était notre seul souhait. Si nous avions une préférence, nous entamerions le contenu de nos paniers bien avant l’heure, car nos papilles gustatives étaient déjà trop stimulées.


© Lachi Abderrahim

Quoi de mieux que de manger en plein air et faire une démonstration de plus que notre instinct est en totale symbiose avec la nature .

Le milieu de la journée confirme le point équinoxial du printemps, nous atteignîmes le summum d’une euphorie que nous voudrions éternelle.

Des bouquets de toutes sortes de fleurs sont cueillis tout au long du chemin du retour à la maison et portés ostensiblement à la main, marque la fin d’une belle journée tout en couleur…

Cette célébration est un témoin éloquent du bon ménage entre deux côtés supposément opposés: le côté spirituel et le côté festif, mais l’attachement des gens aux respect des valeurs et à la vie conviviale parviennent à nouer ces deux aspect pour donner à ce moment un cachet bien spécial.

kams ouidir

Wahiba H
EDITOR
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