Hocine Toulait : «Yiwen ufus ur yekkat afus»

Hocine Toulait : «Yiwen ufus ur yekkat afus»

Construire ensemble

«Je voudrais que le Congres des Kabyles du Canada devienne l’union des faisceaux qui vont éclairer l’avenir des Kabyles au Canada et l’exemple à suivre pour tous les Kabyles de la diaspora ici et ailleurs.»

M Hocine Toulait est le porte-parole du Comité provisoire des Kabyles du Canada. Il est né en 1959 à Betrouna (Ivetrunen). Son parcours est jalonné de succès sur les plans académique, artistique, identitaire et communautaire. Après avoir étudié en Algérie et en France, il a occupé des postes de responsabilités à l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou avant de s’installer au Canada. Dans son pays d’adoption, il est fonctionnaire au gouvernement fédéral à Ottawa, conférencier et artiste. Hocine Toulaït travaille depuis des années à la sensibilisation de la population, des associations, des intellectuels et d’autres acteurs kabyles et amazighs aux dangers qui menacent la survie de leurs langues et identité. Depuis plus d’une année, il fait partie du Comité qui prépare les assises de la future structure représentative des Kabyles du Canada pour le mois de mai prochain. Hocine Toulait est un homme brillant, efficace et infatigable.

De nature souriant et optimiste, il nous livre spontanément ses impressions sur certains points précis :

Votre plus grand exploit?

Avoir toujours trouvé l’occasion de servir ma communité au sens large. La communauté villageoise par l’implication dans les comités de village dès l’âge de 22 ans. J’ai contribué à faire arriver l’eau potable et la lumière dans les maisons de toute une région. J’ai planifié le développement de l’université Mouloud Mammeri. J’ai été syndicaliste pour défendre de manière totalement désintéressée les salaires des enseignants alors que je savais que je n’allais pas en bénéficier personnellement puisque j’allais venir au Canada (1977). J’ai été Vice-président de l’Université Mouloud Mammeri à l’âge de 30 ans. J’ai commencé à publier à l’âge de 25 ans. Mon premier article a été sur l’utilisation de la biotechnologie au service du développement des pays pauvres. J’ai publié à l’âge de 29 ans mon premier livre: L’agriculture algérienne, les causes de l’échec » OPU 1988.

Les expressions qui vous ont marqué?

Expression: « Yiwen ufus ur yekkat afus ».

Quand j’étais petit, mon grand-père m’avais fait un exercice intéressant pour me montrer que c’est l’union qui fait la force. Il a pris quelques bâtonnés en bois et il me les a présentés un à un pour les casser. Sans trop comprendre le but de l’exercice, je les ai cassés un par un. À un moment, il m’a présenté 5 bâtonnés de la même taille que ceux que je venais de casser individuellement et il m’a demandé de les casser ensemble. Évidemment, je ne pouvais les casser. Son verdict était: Iqecḍan yeddaklen ulac win ad tenyarẓen.

J’aime aussi cette expression de Saint Augustin que j’ai découverte il y a quelques années. Elle est écrite dans sa cuisine. « QUI QUE TU SOIS, SI TU AIMES À DÉCHIRER PAR TA MÉDISANCE LA VIE DES ABSENTS, SÂCHE QUE TU N’ES PAS DIGNE DE T’ASSEOIR À CETTE TABLE.»

Vos rêves?

Mon plus grand rêve est de voir un jour que la grandeur du peuple auquel j’appartiens soit reconnue à sa juste valeur et admirée comme elle le mérite.

Vos souvenirs marquants

Plus beau souvenir d’enfance: un jour, à la tombée de la nuit, juste à la fin de la guerre, je revenais des champs avec ma mère qui me tenait la main. Elle était jeune veuve. Mon père a été tué au maquis quand j’avais 3 mois. En marchant avec ma mère, j’ai vu au loin un sillon de lumière (la grande rue de la ville de Tizi-Ouzou). J’ai posé la question à ma mère et elle m’a répondu: D triciti a mmi (c’est de l’électricité mon enfant). Après ce jour-là, à chaque fois que je passais par la même place (la plus haute du village), je regardais dans la même direction pour voir le sillon magique. Dans la même année, j’ai eu un accident (fracture du crâne) et j’étais hospitalisé à Tizi. Quand je me suis réveillé à l’hôpital, j’ai vu la vraie triciti! J’ai demandé à l’infirmier qui s’appelait (Brakni) comment on fait pour arriver au plafond pour souffler sur la lampe pour l’éteindre. Il éclate de rire et me prend dans ses bras vers l’interrupteur. J’ai joué avec cette magie! Chaque jour, avant de changer mes pansements, il me promettait de me soulever pour le même exercice. Deux mois d’hôpital et chaque jour, j’allumais et j’éteignais la lumière au moins une fois. Je ne rêvais que de ça pendant tout mon séjour et à chaque visite, je racontais mon émerveillement aux miens. À la fin de mon séjour, j’ai pleuré de chaudes larmes pour avoir laissé la lumière derrière mois. Le jour où, avec les autres membres du comité de village, nous avions ramené l’électricité au village et qu’elle était rentrée dans notre maison, ma mère avait laissé une lampe allumée 7 jours et 7 nuits. Quand je lui ai dit que c’était du gaspillage, elle m’a dit : «Anefagh anerwu tafat». Bref, la réalisation qui a fait mon bonheur est celle d’éclairer mon village et les 14 villages de Laarch I-Vetrunen.

Que représente le CKC pour vous?

Je voudrais que le CKC devienne l’union des faisceaux qui vont éclairer l’avenir des Kabyles au Canada et l’exemple à suivre pour tous les Kabyles de la diaspora ici et ailleurs.

Que diriez-vous à ceux qui appréhenderaient un autre échec de l’union?

L’appréhension est raisonnable. Elle permet d’éviter les erreurs du passé. La peur paralyse et je ne pense pas que nous sommes des peureux et des peureuses. Comme tous les peuples qui ont décidé de s’établir en Amérique du Nord, nous sommes des pionniers et individuellement forts. Le projet a été préparé d’une manière exceptionnelle et il a déjà suscité beaucoup d’espoir? L’échec n’a pas sa place.

La communauté?

Je m’implique aussi dans ma communauté parce que je suis convaincu que les défis que nous avons à relever ne sont pas l’affaire d’une seule personne. «Yiwen ufus ur yekkat afus».

Djamila Addar

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