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Indépendantiste

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Article publié en 2009.  Revu et corrigé par l’auteur.

Jadis, je pensais : le pacifisme est supérieur à toute pensée. Comment et pourquoi ? Je connaissais quelques valeurs que j’exprimerais sous forme condensée et selon mes convictions humaines et politiques : le respect mutuel dissipe tout malentendu. L’intelligence et la paix, fondement du pacifisme, accordent une nette prépondérance au dialogue. Le dialogue actionne la compréhension, l’entente et une meilleure collaboration entre interlocuteurs. Le dialogue est en négociation politique, fonction d’ajustement de l’équilibre dans les rapports de forces entre la victime et le coupable qui sont enjoints par la raison à s’entendre pour rendre justice à la liberté et à l’égalité entre les humains.

La vie humaine n’étant pas constituée uniquement des personnes raisonnables, alors en présence de conclusion négative dans une négociation, la détermination de convaincre l’adversaire et la résistance non violente doivent prévaloir. Car, la violence est d’abord un argument de faible, avant d’être un acte de résistance. Elle est l’ultime option d’une fin de séance sans accord ni rendez-vous ultérieurs pour trouver de solutions. Elle est l’ultime réponse à l’agression menaçant l’existence collective. Par conséquent, le militant et la militante de Taqvaylit doivent être pacifistes.

J’étais englué dans une quasi-vénération des idéaux pacifistes. Séduit, dévoué et dévoyé par une pensée plus stérilisante que les idéologies totalitaires : le nombrilisme des pacifistes. Avec mes copains nous rêvions d’un monde réuni sous la même bannière. Un monde dirigé par des philosophes dignes héritiers de Gandhi et ses semblables. Nous rejetions avec force le nationalisme, par conséquent, nous restions aveugles et muets devant les souffrances et les revendications légitimes des minorités opprimées à travers le monde, car nous les pensions nationalistes.

Dédaigneux, considérant les militants et les militantes des causes accusées de nationalistes comme un obstacle aux rêves d’unité de l’humanité. Nous étions les tenants de l’universalisme, nous marchions main à main avec la paix et sur les pas de la vérité. Ils étaient les fossiles d’un monde barbare, sauvage, haineux auquel ils s’accrochent. Ils tirent l’humanité vers les bas-fonds d’une pensée primitive et violente. Pauvres de nous, nous étions, sans ne le savoir ni le vouloir, les alliés des bourreaux de la diversité humaine et du patrimoine immatériel de l’humanité.

Plus tard, guérie de mes illusions « pacifistes ». Résistant kabyle néophyte. Indépendantiste convaincu. J’étais intimement persuadé que les arabophones de l’Afrique du Nord sont victimes d’une manipulation politique venue de l’orient, comme le sont les Maziɣ. Ils le comprendront tôt ou tard et se lèveront pour abattre les dictatures, construire des États démocratiques sans religions institutionnalisées.

Ainsi, dans cette perspective de l’édification de nations démocratiques en cette sous-région, ils soutiendront naturellement les revendications des Maziɣ en luttes pour la pérennité de leur identité et culture respective.

J’étais persuadé, dans un élan d’humanisme, de génie propre à l’individu méditerranéen, ils apporteront un soutien décisif, sans réserve, aux revendications légitimes des peuples Maziɣ. J’étais convaincu que la pensée, l’esprit, la raison, des arabophones tendent vers la science, la justice, les valeurs universelles, la liberté, ils finiront automatiquement, mathématiquement, par la grâce de l’intelligence et l’amour de la paix, par se battre pour la revendication essentielle des Maziɣ : l’égalité pour vivre la diversité et la liberté pour vivre dans l’indépendance.

Comment expliquer ma crédulité ? D’abord, mon ignorance de l’infrastructure psychologique de l’intégrisme religieux que ma raison agnostique n’avait su appréhender faute d’observation et critique. Ensuite, je refusais de croire que le suprémacisme est aussi arabe. Comment peut-on été raciste lorsque l’on a souffert de cette pensée néfaste et que l’on dit la combattre ?

Cette question naïve qui mettrait du temps à trouver sa réponse avait renforcé ma certitude que les arabophones finiront effectivement par faire leur le combat Maziɣ. Enfin, ma certitude était influencée par une vision invulnérable : la diversité est inscrite dans la nature, tous les humains le savent et respectent en leur for intérieur ses principes, ses messages et les aboutissants. Je voyais en tous les arabophones des humanistes en devenir, car victimes des mêmes régimes dictatoriaux ; victimes des mêmes manipulations. Ne soutiennent pas que la religion dominante en la sous-région est porteuse d’un message, d’amour, de tolérance, de respect des peuples créés pour s’entendre, s’entre connaitre. Alors comment ne prendront-ils pas fait et cause pour les Maziɣ victimes de ségrégation culturelle et politique ? C’était une évidence pour moi.

Dans mon aveuglement suscité par une sensibilité biculturelle, universaliste, profondément humaniste et pacifiste, j’ai cru à cette farce, à ce mensonge que je me racontais pour me convaincre que le lendemain des Maziɣ sera meilleur grâce entre autres aux arabophones.

J’avais une explication toute faite sur la haine qui transparaît sur les visages qui apprenaient mes origines kabyles, que les chemins de la vie me firent rencontrer. Effectivement, j’étais foncièrement persuadé qu’elle émane d’une minorité de racistes, cependant, hélas pour moi, le hasard s’entête à me les exclusivement présenter. Quant à la diffusion de la haine envers les Kabyles dans certaines mosquées, elle procède d’une frange radicale qui interprète mal le Coran en donnant une définition guerrière à un message spirituel. En substance telle étaient donc mes convictions sous le féru du pacifisme naïf.

J’étais loin de m’imaginer que la foi religieuse intégriste et le discours politique extrémistes sont intellectuellement et historiquement liés, imbriqués, interdépendants de croyance et de conviction. Les actes innommables de l’une sont l’expression d’un respect à lettre d’une version du message et les contradictions de l’autre sont l’expression d’une volonté impérialiste. La prédominance de l’une annihile la raison chez l’autre.

À quel moment m’aperçus-je que je ne portais pas seulement des œillères, mais carrément un bandeau noir préalablement enduit de goudron ? Ou pour faire plus proche d’une réalité réduite au silence : imbibé de pétrole brut.

Je pense que je l’ai compris lorsque ceci m’est devenu flagrance : la croyance en la divinité est une spiritualité pour s’élever humainement, intellectuellement et psychologiquement vers les cimes de la paix et l’amour de la diversité universelle, eux, ils l’ont politisée pour conquérir des terres et coloniser les esprits.

À la lumière de ce qui vient de s’énoncer, il est évident que j’étais un naïf niais. Les propos illustrent parfaitement l’imbécilité d’un complice qui s’ignorait. Oui, je l’affirme, j’étais complice de l’extermination programmée du sujet maziɣ de l’Afrique du Nord sous domination d’une idéologie raciste. Comme le sont les intellectuels d’origines maziɣ suppôts des criminels. Faiblards silencieux complices d’un génocide linguistique, culturel. Comme le sont les Kabyles combattants acharnés de tout arabisme.

Je m’apprêtais à tenter une explication rationnelle à la cause de cette haine sacralisée. Toutefois, après réflexion, honnêtement, a-t-on déjà trouvé des raisons logiques à la haine ?

Les suprémacistes arabophones ne redoutent-ils pas que la diversité et la démocratie ne finissent par affaiblir leur doctrine inhumaine qui a besoin de contenir l’humain pour le contrôler ? L’indigence de la pensée religieuse intégriste n’a-t-elle pas anesthésié la sphère gauche de leur cerveau, déséquilibrant son asymétrie et réduisant de sorte les capacités intellectuelles de l’adepte qui est contraint de réagir par mimétisme. Gravement handicapé, sans boussole intellectuelle libre ni savoir critique indépendant, il lui est mathématiquement impossible de s’élever au-dessus de la haine, de prendre de la hauteur par rapport au contenu et de raisonner afin de se battre pour la diversité, la démocratie et la liberté pour tous.

Dans la sphère de la haine de l’autre différent, les analyses cohérentes sont strictement réservées aux idéologues. Effectivement, à l’abri des salons hermétiques ne laissant filtrer aucune de leurs convictions intimes ni intentions réelles. Intention qu’ils taisent lorsqu’ils sont invités à s’exprimer devant un public formé par l’esprit des lumières.

Chaque civilisation a tendance à exagérer l’orientation objective de sa pensée. Mais non d’un chien sans queue et frappé par la rage, les suprémacistes, je n’ai pas trouvé mot pour définir leur orgueil et sentiment de supériorité. Supériorité qu’ils se targuent d’avoir reçue de l’alem en chef.

Forte heureusement, l’hypocrisie a tendance à irriter mes neurones et à donner des boutons à mon esprit. Ce syndrome m’aida grandement à apercevoir la duplicité du « pacifisme sélectif » et m’en affranchir. Avec le temps et l’éloignement du milieu soi-disant pacifiste, sélectif en cause juste.

J’ai finie par surmonter ma répugnance de toute lecture de textes suprémacistes et j’ai lu. Je n’ai pas acquis la capacité à démonter le mécanisme de la pensée arabe suprémaciste. Néanmoins, j’ai commencé à comprendre le comment et le pourquoi de l’idéologie suprémaciste arabe. J’ai commencé aussi à comprendre l’incapacité intellectuelle d’une frange kabyle à prendre conscience du danger qui menace Taqvaylit.

Derrière la volonté d’encercler l’esprit des fidèles. Derrière la haine des Kabyles se dissimule leur peur : enlevez l’idée suprémaciste aux Arabes racistes, ensuite, observez le désert lunaire frappé par une météorite : de la poussière. Ainsi, l’idée suprémaciste est devenue manuelle du lavage de cerveau, manipulation d’esprits faibles sous différents aspects, ce pour la survie dans le temps.

Quelle est l’incapacité des Kabyles ? L’explication qui me vient à l’esprit se trouve dans la fameuse réponse de l’Algérois : « mon père est un Kabyle, je suis un Arabe ». La première fois que l’on m’a tenu cette connerie, j’ai cru que la personne m’avouait l’infidélité de sa mère. Finie la crainte de chiffonner une serpillière, j’avance un diagnostic sans concessions : dysfonctionnement psychologique, hérité des troubles identitaires. C’est l’histoire du corbeau qui voulait imitait la démarche gracieuse de la perdrix, mal lui est pris, il n’a jamais pu le faire, mais lorsque las, il voulut revenir à sa démarche initiale, il ne se rappelle plus. Ainsi, il sautille au lieu de marcher. Notre Algérois n’est qu’un arabophone approximatif.

Ce sont les populations urbaines d’extraction complètement Maziɣ dont l’attachement aux racines s’est dilué qui sont à l’origine des attaques les plus virulentes envers le militant et la militante de Taqvaylit. Par ailleurs tous les efforts des partis politiques kabyles à s’acheter une notoriété nationale se sont vus, à chaque élection, signifier un rejet sans ambigüité.

Tous les arabophones de Tamazɣa centrale ne sont pas suprémacistes loin s’en faut, toutefois, tous affichent un engagement total pour la Palestine. Ils sont capables de discourir des heures durant sur l’injustice subite par les « victimes » palestiniennes, la colonisation, le sionisme, jusqu’à justifier les actes immoraux des kamikazes.

Lors de l’assassinat de jeunes kabyles, en 2001, l’histoire a défriché un terrain pour semer les graines d’une entente et la récolte d’un destin commun. L’occasion de la construction d’une nation enfin sortie de ses fondations fut offerte par l’histoire. L’édification d’un pays qui sera parmi les premiers des tiers-mondistes à renverser la tendance. Plus d’émigration massive vers l’étranger, mais un retour des enfants, porteur d’un savoir acquis à l’Occident.

Triste était l’événement, funèbre est la réponse des arabophones. Rien n’a été entrepris dans le sens de l’histoire où s’écrivent des chapitres glorieux d’où surgissent les futurs riches en bien matériels et en savoir… Ils sont restés scotchés aux écrans télévisions qui n’ont rien montré des crimes perpétrés en Kabylie par les services de sécurité de leur pays. Restés suspendue aux unes des journaux qui ont tenu les raisons de la « révolte » en Kabylie. Auditeurs adulateurs, admiratifs des gendarmes assassins. Spectateurs, bonisseurs de l’État israélien. Fanatiques, adorateur des cheikhs qui rêvent de gazer Israël et toutes les âmes épargnées par la doctrine de la haine de l’autre différents.

Depuis, ma faiblesse, car c’est une véritable mollesse d’esprit de croire que les suprémacistes arabes ne sont pas fascistes, est derrière moi. Elle est enterrée dans une tombe au côté d’un passé embrouillé par les idées des mouvements pacifistes. Débarrassé des idéaux qui protègent les fanatiques de l’unicité planétaire. En effet, les ONG détentrices du label droit de l’Homme, promptes à défendre, même devant les tribunaux, les terroristes religieux, ne nous viendront jamais en aide. Leur combat sacré est la Palestine.

Jamais en grand jamais les suprémacistes arabes n’accepteront à un espace amazigh libre de se dessiner en Afrique du Nord. Grâce à mes interrogations, à mes doutes, à mon agnosticisme fervent admirateur du doute, ma conviction est faite et se bonifie, s’affirme. Je suis indépendantiste pour sauver ce qui reste de mon ethnie. Demain, par l’exemple de la réussite des Kabyles et une Kabylie indépendante, la reconquête des esprits Maziɣ puis de Tamazɣa sera possible. Pour l’instant, vaut mieux un petit chez-soi qu’un grand où notre existence dépendra encore et toujours de ceux qui grignotent d’année en année, l’espace vital de Taqvaylit.

Un petit mot de la fin en guise de conclusion pas très académique, je l’admets : en terre musulmane, les suprémacistes arabes sont sur la défensive, se barricadent, refusent toute ouverture, tout espace de liberté pour la diversité. Sur le sol des autres, ils sont sur l’offensive, pratiquent le discours victimaire à tous les étages de la société. Pleurnichent faussement, mieux que les femmes rémunérées pour suivre les cortèges funèbres en pleurant. Ils manipulent et construisent des mosquées.

C’est ainsi qu’ils ont toujours fonctionné et trompé les humains qui leur font confiance. Là-bas, ils jettent en prison les chrétiens, les athées. Et ce n’est pas l’autorisation de fêter shabbat ou Noël qui leur offrira un ticket pour emprunter le train de la civilisation. Ou de s’acheter une virginité, une moralité de façade. Peut-être est-ce un aveu de faiblesse ?

L’histoire s’apprête-t-elle à donner le coup de grâce et à nous délivrer du suprémacisme arabe ? C’est mon vœu le plus grand. Disposé à tout offrir pour sa réalisation, sauf évidemment, pratiquer la violence. Sentent-ils le vent glacial qui souffle derrière la fin du pétrole. La misère, les guerres qui l’accompagneront et causeront à coup sûr, la fin de leur civilisation construite sur le dos des peuples qu’ils étouffent ? Question qui ne voit nulle réponse viable à l’horizon.

Pour le peuple kabyle, je ne vois qu’une seule issue : l’indépendance. Et une attaque frontale, point armée de fusils, mais d’idées, d’intelligence, des indépendantistes KABYLES contre toute affirmation révisionniste, négationniste, discours antikabyle ou de propagande pour convaincre le peuple Kabyle de rester amarré à un pays qui complote réellement pour le faire disparaitre.

Voilà pourquoi je suis devenu indépendantiste kabyle alors que j’étais un pacifiste universaliste philosophiquement pour l’abolition des frontières administratives. Je suis toujours pacifiste et universaliste, mais sans niaiserie des innocents. Un pacifisme universaliste qui ne lutte pas pour la pérennité du patrimoine culturelle, linguistique…de l’humanité est aussi complice que les bourreaux de cultures.

Korrigan.