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Kabylie : crise éternelle de représentativité

Kabylie : crise éternelle de représentativité

J’appelle élites, les personnes morales mandatées ou auto désignées pour parler au nom des kabyles, pour les représenter ou tout simplement les personnes compétentes pour parler de la Kabylie. L’idée initiale, naturelle et tacite est de défendre les intérêts des kabyles

Ces intérêts sont de toutes sortes : politiques, économiques, culturels et même philosophiques. Ce sont des intérêts spécifiques à la Kabylie et à sa diaspora.

Noyer ces intérêts dans le magma national algérien c’est tout bêtement refuser lâchement le mandat légitime ou la mission que s’assignent au départ les personnes bénévoles et volontaires pour représenter la Kabylie. Le peuple kabyle a toujours fait ce qu’il fallait faire pour faire aboutir ces revendications. Les dérapages et les défections viennent toujours des élites. Ces élites sont généralement des citadins ou des villageois qui ont acquis consciemment ou inconsciemment à la culture nationale algérienne dans les villes. C’est à dire la culture de l’unicité et du nivellement par le bas. Ce sont généralement des fonctionnaires, des ex-fonctionnaires, des personnes qui ont cautionné dans un passé récent des pratiques du pouvoir ou des personnes qui ont un lien affectif avec l’arabo-islamisme, soit à travers le mouvement national, soit par le biais des confréries et des gardiens de l’islam en Kabylie. Il y a aussi des personnes dupées par la culture gauchisante venue de France, qu’ils prennent pour la culture universelle, ou par la culture arabe insidieusement distillée par l’école des décennies durant. En y regardant de plus près, ces personnes ont toujours un lien quelconque avec le système.

Ce cordon ombilical est ensuite utilisé comme fil d’Ariane pour remonter inexorablement jusqu’aux intérêts du système arabo-islamique et les servir, en s’éloignant des intérêts spécifiques de la Kabylie. C’est ce que les kabyles du peuple appellent la traîtrise. Ce sont les quelques rares exceptions (Mammeri, Matub, Bessaoud…) qui ont mis à jour la nature de la majorité des élites kabyles. Il y a un spectre assez large pour représenter les élites kabyles :

1 – les kabyles de service : ce sont les plus repérables.

Ils taisent leur kabylité et servent le système au grand jour sans honte bue, convaincus qu’ils font leur devoir dans l’honnêteté la plus respectable et dans la plus haute vertu. Ils pensent sincèrement qu’en servant la « nation » algérienne d’assise arabo-islamique, ils servent du coup la kabylie. Ils sont peut-être aussi assez niais pour croire qu’en contribuant au développement du pays et en taisant la question Kabyle, il s’établirait une sorte d’égalité par l’unicité. Quand l’objet de discorde aura disparu, il n’y aura plus de discorde. Cela rendra service aussi bien aux arabes, qu’aux kabyles. Donc la disparition de la culture kabyle rendra grand service à la nation algérienne que ces kabyles de service abreuvés de totalitarisme dès leur jeune âge ont contribué à fabriquer de toutes pièces. Dans leur incommensurable bêtise, ils sont les seuls à voir ce mystérieux développement de l’Algérie. Ils voient des progrès là où il y a régression à vive allure.

Le peuple kabyle les reconnaît toujours comme kabyles parce qu’il a une vision ethnique de lui-même avant de se voir comme entité culturelle et politique. Il y en a de biens célèbres qui ont contribué à la création du système arabo-musulman algérien et des moins célèbres connus comme étant des exécutants. Parmi les premiers, on peut citer : Abane, Krim, Amirouche, Ait Ahmed et bien d’autres. Ceux-là sont encore considérés par les kabyles comme des héros, à juste titre d’ailleurs si on les considère comme des algériens. Mais comme kabyles, ils ont eu un comportement très peu honorable. Ils ont tout simplement servi d’exécutants pour le compte de l’Algérie dont l’avenir exclusivement arabo-musulman était déjà planifié depuis au moins Messali. Du coté des nationalistes arabo-musulmans, ils ont toujours été suspectés de berbérisme. Les uns ont été « mystérieusement » assassinés, d’autres exilés ou écartés de la gestion des affaires nationales. Il s’en trouve même qui sont poursuivis des années après leur disparition. Comme quoi, quand on refuse de combattre le mal, on finit par le servir et finalement en faire les frais.

Ces célébrités n’ont eu ni la gloire arabo-islamique, ni la reconnaissance justifiée de leur peuple. Parmi les moins célèbres, il y a Ouyahia, Ben Younes, Sadi, Mouloud Kassem, Ould Ali. Sans compter un carré bien fourni de militaires et flics. Les cadres politiques des partis FFS et RCD entrent dans cette catégorie. Ils s’inscrivent en effet dans la culture politique arabo-islamique du pays. Ils cautionnent le système et contribuent à le faire fonctionner en lui servant d’opposition timide sans trop le gêner. Ces partis s’opposent en effet au système mais restent dans la même philosophie que lui. Ils servent de cliquet à la roue pour l’empêcher de revenir en arrière l’obligeant à tourner éternellement sur elle-même, toujours dans le même sens (sens arabo-islamique), sans aucune chance de changement. Ils ne remettent pas en question la nature de l’état algérien et se comportent comme de simples mécontents de la politique générale du régime. C’est l’exemple type d’opposants qui ne représentent personne.

La meilleure façon de ne parler au nom de personne, c’est de parler au nom de tout le monde. Ils prétendent représenter vaguement les algériens, mais leur prétention n’est en fait qu’un message adressé au système : « Que l’on s’entende bien, nous ne représentons pas les kabyles ! ».

2 – Les kabyles formés par le système (culture arabo-islamique, nationalisme algérien, école algérienne, syndicalisme, médias…) :

Ils sont moins facilement repérables car ils ne se mouillent pas directement. Ils n’occupent pas de postes de responsabilité dans les institutions nationale. Il leur est donc facile de réfuter catégoriquement leurs liens profonds et cachés avec la culture d’État arabo-islamique sournoisement distillée par le système. Ils se proclament kabyles et le sont effectivement. Mais dès qu’il s’agit d’affirmer leur kabylité face au système, ils reculent, prennent des gants, émoussent leur discours, mettent leurs mains dans les poches et regardent ailleurs en sifflotant pour ne pas être pris en flagrant délit de « séparatisme », « mécréance », « racisme », « complot » « atteinte à l’unité nationale » et autres sucreries. Ce genre d’élite est celle que j’appelle « les élites atteintes ». Le virus est en elles, mais visible seulement par les plus perspicaces. C’est les plus nombreux, les plus bruyants et les plus médiatisés. On les retrouve dans la société civile, dans les milieux artistiques, dans l’enseignement, dans le milieu associatif, dans la presse écrite, parmi les fonctionnaires, dans le commerce et dans les milieux littéraires. C’est la petite bourgeoisie moyennement instruite qui a pignon sur rue. Généralement trilingue, dans l’ordre français-arabe-kabyle, ces représentants kabyles iraient dialoguer avec le pouvoir, en arabe, non pour arracher des droits spécifiques pour la Kabylie, mais pour, au contraire, affirmer que la Kabylie se revendique avant tout algérienne.

Ces élites sont tributaires d’un salaire payé par l’état, d’une autorisation pour exercer leur métier, d’un agrément, d’un registre de commerce, d’un diplôme reconnu par l’état central ou tout simplement des importations de biens et de nourriture pour assurer leur statut de petits bourgeois. Ils ne peuvent donc pas avoir un engagement total envers la kabylie. Au contraire, ils servent le plus souvent d’interface pour apaiser les kabyles, « détourner le fleuve », étouffer les révoltes et faire taire les voix « discordantes » kabyles. La Kabylie ne pourra pas compter sur eux pour réaliser une rupture totale avec l’Algérie et avec l’histoire qui l’a fait naître. Tant que les kabyles sont « demandeurs », cette espèce d’élite sera toujours là pour prétendre être les seules en mesure d’acheminer leurs demandes en haut lieu.

Le peuple kabyle les plébiscite car il estime qu’il faut avoir un minimum de culture arabo-islamique, parler arabe ou français pour faire comprendre au pouvoir ce qu’il attend de lui. Ces élites déformeront fatalement le message kabyle en le noyant dans un magma de valeurs débordant largement des préoccupations de l’heure en Kabylie. Si les kabyles demandent la reconnaissance de leur langue, leurs élites iraient revendiquer la reconnaissance de toutes les langues amazighes d’Algérie. Si les kabyles réclament des investissements, leurs élites iraient revendiquer un plan Marshall pour toutes les régions d’Algérie. Si les Kabyles demandent l’indépendance, leurs élites iront demander l’autonomie pour toutes les régions d’Algérie

Ces élites servent donc de repoussoir pour le pouvoir, une sorte de coussin moelleux qui protège le système en amortissant le choc kabyle.

Du coté kabyle, elles servent de carotte. Les kabyles espèrent toujours que pouvoir et élites kabyles s’entendront seulement du fait qu’ils parlent la même langue et le même langage (ucen ilaq as w-ucen !). Si le tas de revendications élitistes vagues, sans contours et sans expression aboutit, quelques miettes retomberont peut être sur la Kabylie.

Toutes les crises de représentativité en Kabylie viennent du mélange entre élites embourgeoisés et représentants populaires kabyles dits « pure huile d’olive », qui n’ont rien à perdre pour avoir déjà tout perdu. Les média, le pouvoir, l’opinion publique et l’élite kabyles petite bourgeoise ne manquent jamais de traiter les « pure huile d’olive » d’extrémistes, jusqu’au boutiste et de semeurs de discorde.

C’est de bonne guerre ! Les crises passées dans le MCB, au FFS, au RCD sont de ce type. Actuellement, les dissensions au sein des nationalistes kabyles  sont également de ce type.

Mais il ne faut pas compter sur la presse, ni sur les médias Kabyles pour le révéler.

Ariless /Amnay

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