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Kabylie :  Tulifsust, une philosophie païenne amazigho-kabyle

rédaction
Proposé par rédaction

Tulifsust est une façon de vivre et de pratiquer sa kabylité et son amazighité comme si c’était une religion, mais ce n’est pas une religion puisqu’elle est 100% laïque, et ne comporte pas de dogmes. 

Ce mouvement spirituel dans le nom vient de la concaténation de ul et ifsus est un mouvement spirituel initié au printemps 2015, crée par un groupe de kabyles à Bgayet. afin de servir d’ossature pour soutenir et renforcer l’identité, la culture et la langue kabyle.  Et aussi pour résister et s’opposer aux pratiques salafistes wahabites saoudiennes qui supplantent les rites  ancestraux à grande vitesse.

Ce qui va suivre est un texte de présentation de Tulifsust publié sur le groupe facebook consacré à cette « philosophie » et signé par son principal initiateur Ulifsus Amazigh Aneghnas

Wahiba. H

Qu’est ce que c’est que Tulifsust ? 

La signification du mot Tulifsust :
Le nom Tulifsust vient du tamazight kabyle. Il est composé de deux mots : UL veut dire cœur, et Ifsus veut dire léger. Mis l’un à côté de l’autre, ces deux mots sont à comprendre dans le sens de la sérénité et de la paix intérieur.

Tulisust est un mode de vie avec ses rites et ses symboles, une façon de vivre et de pratiquer sa kabylité et son amazighité comme si c’était une religion, mais ce n’est pas une religion puisqu’elle est 100% laïque, et ne comporte pas de dogmes. 

C’est une philosophie païenne amazigho-kabyle inspirée directement de l’ancienne religion païenne qui a dominé les villages kabyles (tudrin), jusqu’à la fausse indépendance de 1962. Contrairement à l’idée reçue propagée par le pouvoir renégat, c’était les croyances et les pratiques païennes qui dominaient en Kabylie jusqu’en 1962. Le christianisme et le judaïsme, qui ont toujours été très minoritaires, ont disparu de nos montagnes depuis des centaines d’années. Quand à l’Islam, il s’agissait d’une religion, elle aussi, minoritaire pratiquée uniquement dans les villages soufis et marabouts qui représentent 20 à 30% de la population kabyle. Les 70 à 80% de autres kabyles vivaient dans des villages laïcs complètements séparés des marabouts et des soufis, où ils pratiquaient encore les rites païens ancestraux. Ils subissaient certes quelques influences culturelles islamiques dues à la proximité et au prosélytisme des marabouts, mais ils se contentaient d’être souvent déistes et ne faisaient ni la prière, ni le ramadan. Même leurs morts, ils les enterraient selon les rites païens millénaires. Avant 1962, seuls les villages soufis et marabouts minoritaires possédaient des mosquées. L’écrasante majorité des temples musulmans qui se dressent aujourd’hui en Kabylie ont été construits après 1962 par des KDS agents du FLN qui sillonnaient les villages à la recherche des terrains et des dons. 

Depuis 1962, le pouvoir algérien et ses médias n’arrêtent pas de mentir aux nouvelles générations kabyles. Quand une chaîne télé algérienne arabisée veut, par exemple, faire un reportage sur la Kabylie, elle se rend dans un village soufi ou marabout où elle commence par filmer la mosquée et les vieux religieux, ainsi qu’un groupe de vieilles femmes bigotes. Le but de cette manipulation est de faire croire que c’est ça la culture et l’identité kabyle. Et pourtant, dans la réalité, la majorité des kabyles ont toujours été très peu portés sur les religions monothéistes. C’est l’une des premières caractéristiques qu’ont remarqué, par exemple, les militaires français au XIXème siècle, vers le début de la colonisation. Les kabyles étaient très païens, souvent déistes et agnostiques, avec un nombre considérable d’athées. Même les tribus soufis et maraboutiques pratiquaient un islam très mélangé aux traditions et croyances païennes car l’islam bédouin d’Arabie a toujours été rejeté par les amazighs.

Comment, pourquoi est quand est née Tulifsust :

Tulifsust est apparue au printemps 2015, crée par un groupe de kabyles à Bgayet (Béjaïa) dans la vallée de la Soummam (Azaghar usemmam). Ça fait des années que des groupes d’universitaires et de militants amazighistes et kabylistes réfléchissent à la création d’une ou plusieurs religions kabyles afin de servir d’ossature pour soutenir et renforcer l’identité, la culture et la langue kabyle. Ce projet nous a préoccupé depuis le printemps noir 2001. La chose s’est concrétisée au printemps 2015. Nous sommes plusieurs amis qui se sont promis que si l’un de nous mourrait, les autres lui organiseraient des funérailles et un enterrement païen, dans le respect des transitions authentiques du village. Afin de servir d’ossature pour soutenir et renforcer l’identité, la culture et la langue kabyle.  avons remarqué que les pratiques salafistes wahabites saoudiennes étaient en train de supplanter les rites locaux ancestraux à grande vitesse. Aujourd’hui, on entend souvent des chants wahabites saoudiens lors des funérailles en Kabylie, de même que les tombes portent presque toutes des inscriptions écrites en arabe. Et pourtant, ces choses n’existaient pas dans nos villages laïcs avant la fausse indépendance de 1963. 

L’un de nous est mort au début de l’année 2015. Sa famille, contaminée par l’idéologie arabo-islamiste a refusé de nous laisser lui organiser des funérailles païens kabyles. Le jeune homme a été enterré selon les rites salafistes saoudiens, contrairement à ses souhaits. Plusieurs mois plus tard, lors de la fête du printemps « Ussan uderyis », nous sommes allées nous recueillir sur sa tombe. Nous avons rencontré dans le cimetière une vieille femme qui était, elle aussi, scandalisée par la saoudianisation de nos enterrements, et la présence des inscriptions en arabe sur nos sépultures, une langue étrangères des bédouins d’Arabie, une langue méconnue des kabyles avant 1962. Elle nous a raconté comment les gens se faisaient enterrer à son époque. Elle nous a parlé des rites et croyances païennes pendant des heures. Les jours suivants, nous sommes retournés au cimetière où nous avons organisé des funérailles païens en présence de la vieilles femmes, de quelques autres personnes âgées, ainsi que de quelques jeunes étudiants. C’est durant ces funérailles que les personnes présentes m’ont unanimement demandé de créer une religion païenne qui servirait de contenant, une sorte vase, à toutes ces croyances et rites païens de notre village. 

Au début, Tulifsust était une religion :

Nous nous sommes mis à rassembler rapidement les différents rites et croyances du village. La tâche était facile car ces rites et croyances ont été puissants et omniprésents chez nous jusqu’à la fin des années 80. Notre village est resté longtemps très isolé, sans école, sans eau courante, ni électricité. Les filles n’étaient pas scolarisées, et les garçons quittaient souvent l’école algérienne bédouinisée seulement quelques années après y être entrées. Cet isolement a certes eut des effets négatifs sur le développement de la communauté, mais il a aussi eut des effets très positifs puisque a permis la conservation de nombreuses croyances et rites païens que nous avons eut la chance d’avoir directement connu et vécu sans intermédiaire, puisque le paganisme touchait à chaque aspect de la vie quotidienne.

Nous avons élaboré la nouvelle religion et nous nous sommes mis à la pratiquer en quelques semaines. Les jeunes étudiants se sont mis à la propager dans les lycées et les universités, les réseaux sociaux… Le nombre des adeptes a dépassé les 200. A la fin de cet été 2017, nous avons constaté l’apparition d’importants problèmes.

Tulifsust se propageait de façon trop lente, et la cause principale était la présence du mot « religion ». Beaucoup de jeunes que nous avons approché refusaient de se convertir à Tulifsust parce qu’ils se méfiaient des religions. Ces jeunes nous exprimaient leur dégoût des religions. Selon eux, elles ne seraient que des amas de dogmes bêtes et tyranniques, et de superstitions arriérées. Ils reprochaient aussi aux religions de transformer l’homme en esclave, en plus d’être responsables de nombreuses guerres et massacres dans l’histoire de l’humanité. d’Autres problèmes, liés à la nature du paganisme lui-même, sont apparus. Nous les évoquerons plus tard. Nous avons donc jugé indispensable d’améliorer Tulifsust en l’éloignant des religions, surtout des religions monothéistes qui ont très mauvaise réputation en Kabylie.

 A partir de septembre 1917, Tulifsust est devenue une philosophie païenne, une façon de vivre et une pensée amazigho-kabyle. Nous insistons sur le terme amazigho-kabyle car l’amazighité est ce qu’il y a de plus important dans la kabylité. C’est son noyau. Si on enlève le mot amazigh à la Kabylie, il ne restera que les déchets de la colonisation que sont l’arabité maraboutique et la francophilie.

Les buts de tulifsust :
– Sauver les croyances et rites et pensée amazigho-kabyles païens de l’éradication programmée par le pouvoir et ses institutions
– Lutter contre la progression des deux idéologies dévastatrices que sont l’arabisation et l’islamisme
– Lutter contre l’occidentalisation et la francophilie de l’élite.
– Militer pour sauver la langue kabyle et la remplacer au quotidien par le neo-kabyle, qui est mieux approprié aux exigences du monde moderne,
– Lutter contre le complexe d’infériorité identitaire et linguistique qui touche beaucoup de kabyles,
– Faire en sorte que les kabyles restent des gens indépendants dans leurs têtes, qu’ils soient mentalement armés contres les colonisateurs et les idéologies esclavagistes qui viennent de l’extérieur,
– Faire en sorte que les kabyles restent attachés à des valeurs ancestrales comme la liberté et l’indépendance, l’écologie, la fierté d’être amazighs, la démocratie et la liberté d’expression,  
– Dénoncer les renégats et les traîtres KDS et faire en sorte qu’ils ne deviennent jamais des exemples pour nos jeunes,
– Soutenir la renaissance de l’amazighité partout en Afrique du Nord
– Lutter contre l’assimilation des kabyles dans les cultures étrangères, surtout les jeunes, et les kabyles de la diaspora algérienne et occidentale 
– Dénoncer la mondialisation, et son allié l’humanisme de façade, qui ne servent que les intérêts du capital et des puissances impériales,
– Dénoncer le gauchisme et le fascisme qui ruinent les identités des peuples,
– Recréer une nouvelle personnalité kabyle qui soit en même temps fier de son amazighité, et capables de profiter des effets positifs du monde moderne et des avancées réalisées par les pays développés,
– Éloigner au maximum la Kabyle des influences désastreuses du Moyen-Orient.