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La mésaventure de si Muhend u Mhend

La mésaventure de si Muhend u Mhend

J’étais assis sur un banc en pierre de la placette principale du village aux côtés de quelques grandes personnes, réunis en petits groupes épars.

Habituellement on ne tolère guère la présence des plus jeunes, mais mon calme plat, n’a réveillé aucun soupçon de mon intrusion. J’ai tendu une oreille attentive à la discussion que mènent ces « vitterans », j’ai laissé ma curiosité opérer son mode captage. Les écouter surtout quand ils dérogent un peu à la règle du sérieux habituel est une scène captivante et amusante.

Je suis complètement absorbé par l’histoire que raconta un des membres de cette assemblée. L’histoire des mésaventures de si Mohand U Mhend. Le plus grand poète du 18ème siècle que la kabylie n’aie jamais connu.

 » À chacun de ses périples ressemblant à de l’itinérance, il lui arrive fréquemment de passer la nuit à la belle étoile dans un des villages croisant son chemin.

Cette fois là, il se trouve qu’il allait se rendre en Tunisie.

Surpris par la tombée de la nuit alors qu’il venait de franchir le seuil d’un village qu’il connaissait aussi bien que les âmes qui y habitent et où il y a séjourné plusieurs fois. Ce village se situe à quelques encablures du Douar, « Ihedjadjen » dans le département de Sétif.

Ses haltes offrent une joie et un bonheur indescriptible à ces villageois, dépourvus de tout autres formes de divertissements. Ils jettent alors leur dévolu sur les paroles de si Mohand, ils apprécient, ses vers, son sens de l’humour et surtout son sarcasme. ils lui réservent un accueil chaleureux et ne ménagent aucun effort pour lui offrir hospitalité. Quant à lui Il affiche un respect sans faille aux règles de bienveillance.

Il s’installa aux abords d’une fontaine faisant face à une demeure occupée par une femme d’une réputation discutable.

Cette dernière guettait Si Mohand à chacun de ses passages, tout en étant attirée par le charisme de cet homme, pourtant très discret, humble et modeste.

Lorsque le silence du milieu de la nuit plana sur les quartiers du village, Si Mohand à son accoutumé passa du temps à rouler son absinthe en gros cigares et à se délecter de sa fumée durant une bonne partie de la nuit.

La femme d’en face profita du silence de la nuit à la clarté sidérale, descend rejoindre le poète.
De prime abord l’objectif de celle-ci était clair: déclarer sa flamme au poète.

Surpris par cette descente inopinée, Si Mohand continue de fumer son joint tout en faisant mine de ne rien voir! la femme l’aborde aussitôt arrivée devant lui.
En vieux routier qu’il est, savait que prendre ses devant dans une telle situation est plus que salvateur….

Il a décidé de faire fi complètement de ses doléances, mieux encore il l’a supplie de regagner son domicile.

Devant l’obstination de Si Mohand à ne faire aucune concession sur son principe, la femme s’impatienta, décida alors de passer à une étape supérieure du harcèlement en le menaçant d’une totale nudité et des cris « Au viol »!!!

Lui par contre continue d’ignorer en bloc le chantage de cette dernière. Il ne fait que lui rappeler la gravité de son acte.

« Au viol »!!! s’écriait la femme de toute sa george.

Les gens du villages affluèrent de toutes parts en entendant les cris de la femme, bâtons et couteaux à la main.

Sur place ils allaient passer si Mohand à un lynchage en règle, mais la sérénité de ce dernier les arrêta à coup sec.
Il a pris le temps de leur démontrer en toute quiétude que toute cette scène était provoquée par cette femme et que lui n’avait bougé point, puisque la cendre de son joint n’était point tombée depuis son début.

Les gens se sont retournés contre la femme, et le lendemain, le verdict de l’Assemblée du village était sans appel: une mise en quarantaine, le verdict le plus sévère que rarement l’Assemblée aurait à prononcer.

Continuant son chemin vers la Tunisie où réside son frère à qui il rend visite régulièrement, il fait escale dans une bourgade portant le nom de « Tamurt n l’Besbas » son équivalent en français serait « pays du fenouil » située aux alentours de Skikda. Il se dirige droit au café du village comme le faisait à chacun de ses escales, où un accueil chaleureux l’attendait. Les gens lui offraient généreusement nourriture et café, parfois même du linge.

En échange, lui ne faisait aucune parcimonie à réciter ses poèmes. Arrivé très fatigué et malade, il ne pouvait souffler aucun mot… Les gens qui, d’habitude tournaient autour de lui pour se distraire, fuyaient un par un sans même lui proposer aucune aide!. Seul le tenancier du café a daigné devant cette situation lui offrir une tasse de café. Il était tellement déçu, il lâcha ces quelques vers:

Aqlin di tmurt n el besbas
D udayen akw xlaṣ

Ula d nek ḥesben-iyi nsen
I umuḍin qaren-as labas

Aεla εyun nass
D lqahwa a-is ţxelliṣen

Égaré au pays du besbas
Les gens frappés de traîtrise,
Me considèrent des leurs.

-Devant leur indifférence, je m’insurge!
– Pour consoler un malade,
– Ils lui offrent une tasse de café. »

Kms ouidir

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