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La sensation d’être Kabyle

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Depuis le début de ma réflexion politique dans notre pays, je fus un opposant au système algérien. Je ne suis ni musulman, ni arabe, ni communiste, ni baathiste, ni guevariste, ni nassériste. 

Depuis 1962, le FLN a mis en place en Algérie, un nationalisme intégral. Avec l’aide d’un nombre important de gens, il a érigé la religion comme système de cohésion sociale et identitaire. Tout bon algérien se doit d’être musulman, sous peine d’être banni par la société, et mis au cachot par l’état. Le FLN a refusé et nié les valeurs préislamiques des kabyles,  et a érigé à la place le culte de la tradition.  Le FLN et ses sbires ont eu un gout immodéré pour les régimes d’ordre et d’autorité, la préférence de la violence au dialogue, la préférence de la théocratie face à la démocratie, La préférence des semblants d’institutions algéroises aux lois humaines des villages et des aarchs. 

Beaucoup d’intellectuels algériens de la période après 1962, (à leur tête les fondateurs du RCD), nous ont servis le texte de ‘l’appel au peuple algérien du 1er Novembre 1954’ du FLN, comme LE texte de référence du pays. Rappelant quelques passages de cet appel : « La restauration de l’état algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. ». Il est intéressant de noter le mot ‘restauration’ ! 

« Réalisation de l’Unité nord-africaine dans le cadre naturel arabo-musulman. » il en appelle au pays ‘réel’ de « l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple algérien ».  

Le FLN inscrit son combat dans le cadre des principes islamiques, dont on sait que ces principes font très peu de cas de l’héritage social, culturel, démocratique, et libertaire des kabyles. Comment des kabyles « Laïcs »,  « artistes », « rebelles », « poètes » qui ne souscrivent pas aux principes de la charia, se sont retrouvés derrière Said Sadi, pour défendre un texte pareil ? Je vous le dis, c’était de la pure folie… du suicide. 

Pour ma part, je crois en la Kabylie. Mais une Kabylie libertaire, fédéraliste,  féministe, égalitaire. Une Kabylie qui écoute et encourage les poètes et les philosophes, et non les prophètes et les charlatans. Non a une Kabylie néo islamique, maraboutique, ou Rcdiste. 
Il est impératif de penser l’identité kabyle, et lui donner les contours et la profondeur qui lui permettront de s’élever au rang des identités qui rendent possible la vie en communauté, et l’harmonie avec les autres qui ne sont pas comme nous.  Pour cela il faudrait, à mon sens, tout d’abord cesser de penser la Kabylie toujours en relation avec l’héritage Algérien, ou avec les peuples berbères alentours. 
Je ne souscris à aucun nationalisme, Kabyle ou algérien. Car pour moi, la Kabylie n’est pas une idée, c’est une sensation. On tue pour des idées, mais pas pour des sensations.  Les sensations dont il est question, on les a en commun, nous qui sommes nés  sur les rives de Tigzirt, ou sur les collines de la Soummam. Nous serons ravis de les partager avec d’autres qui ne sont pas nés chez nous, mais qui aiment notre pays, et qui voudraient vivre parmi nous. Car nous voulons bâtir un pays moderne, sûr  de ses fondamentaux et sa force, et non un pays tribal, ethnique. Celui ou celle qui aime la Kabylie, et qui veut vivre en Kabylie, est kabyle. 
Il faut restituer aux masses des gens leur dignité, et leur culture. Et ainsi  éloigner la politique du terrain des passions tristes. 

Sur la culture, un constat s’impose en Kabylie : La culture s’avère impossible parce que la dignité est bafouée. La culture kabyle ne peut prospérer dans un régime traditionnel islamique. Ce régime-la  qui fait la promotion des lois qui l’écrasent, et qui relègue le peuple dans la pauvreté et la misère.  


Indépendance
:

Je suis pour l’indépendance. C’est clair, net, et précis. Il n’y a pas un sentiment plus jouissif, plus exaltant, plus stimulant que le sentiment de liberté.
Mais qu’est ce vouloir l’indépendance kabyle aujourd’hui ? Est-ce la solution qui d’un coup de baguette magique permettra le paradis sur la terre kabyle ?

En appeler à la disparition des « colonisateurs algériens » sous quelques forme qu’on envisage cette éviction, constituerait-il la solution viable, efficace ?

Pour être d’accord avec une telle vision, il faut à mon sens, croire d’abord que le colonialisme arabe est l’unique cause de tous les problèmes, quels qu’ils soient. L’indépendance est la garantie de toutes les solutions ?

L’Algérie indépendante d’après 1962 a-t-elle éradiquée toute la misère chez les algériens ? Plus d’un demi siècle plus tard, le temps est venu au jugement de l’histoire. 

Je fustige le mépris généralisé des élites kabyles envers son peuple. Ces prétendues élites tiennent le malheureux peuple, l’empêchant de s’exprimer sur les sujets qui le concernent. 

Mettons nous d’accord, on ne peut rien attendre des arabes ou des algériens. On ne peut pas compter sur eux pour améliorer l’état de la culture kabyle, ou les conditions de vie de son peuple. Car il a existé un drame colonial arabo-islamique envers les berbères, et qui a pas moins de quatorze siècle d’existence. 

 Il aurait mieux valu au regard de la situation d’aujourd’hui, que l’armée de Okba ne foule pas la terre des numides, ou que le prince Aksil ait raison de ces hordes de « béni Hilal » . 

Les arabes sont indéfendables, tout autant que ceux qui de parmi les berbères ont épousés leurs valeurs.  

Mais voilà, l’histoire a eu lieu, et les deux communautés vivent ensemble depuis 14 siècles. 

Mais quel est le sens de ton indépendance, me diriez-vous ? Eh bien le voici résumé en une phrase de la Boetie : « Soyez résolus à ne plus servir,  et vous voilà libres. »

La Boétie pense que le pouvoir ne se conquiert pas par la violence et la brutalité, l’insurrection militaire ou le coup d’état sanglant, mais par le refus de consentir au pouvoir qu’on ne veut plus, puis de créer la forme de sa libération et de sa liberté. Nul besoin d’égorger des arabes, il suffit de ne plus consentir à l’arabo islamisme.  Et pour cela, il faut développer cette alternative  politique, pacifique, libertaire, kabyle antique, préislamique qui s’appelle ‘ Adrum, Taddart, L3arc’. 

Ces trois piliers de notre organisation politique et sociale sont notre avenir. Nul besoin d’élire des maires, des préfets, des ministres, ou je ne sait quoi, car ils ne sont pas en adéquation avec l’identité profonde de notre peuple. 

Ainsi se trouverait réalisé au pays des kabyles une république fédérative, inspirée d’une démocratie profonde. 

Voici comment les kabyles peuvent résoudre leur problème en dehors de tout soulèvement sanglant et de toute guerre civile couteuse en vie humaine. 
Et d’autre part, elle pourrait au nom de sa tradition méditerranéenne, de son antique héritage berbéro romain, préislamique, donner des leçons aux états jacobins limitrophes. Ceci est une formule que je propose, ainsi soit-il.   

Hand IBERSIENE