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La vénération chez les Kabyles

La vénération chez les Kabyles

Pour certains, dieu est dans le ciel, pour d’autres dans les temples, et pour peu de gens, dans le cœur!

Je me souviens de notre annuel pèlerinage ar Atwelhaj! On marchait aux premières lueurs du matin, pour arriver tôt à ce temple qui représente la tombe d’un Saint. On venait s’y recueillir en donnant l’aumône aux ‘’cyux’’ (les vieux) qui nous bénissaient avec des prières teintées de formules musulmanes. Même les plus pauvres, s’arrangeaient pour avoir un peu d’argent à offrir afin d’en finir avec la misère et espérer ainsi récolter de l’argent qui tombera du ciel ! C’est vraiment le cas de le dire. Important aussi d’allumer sa bougie. On pensait que c’était la lumière d’un avenir meilleur, ou peut-être bien, c’est l’âme d’un défunt, comme à la Halloween et la fameuse Jack O’lantern!

’’ Amin’’ , l’équivalent de Amène , était le mot qui retentit tel un refrain après chaque couplet de prières apprises par cœur et récitées en chœur. Puis, arrive le moment de manger de ce couscous à la viande de bœuf ou de mouton, sacrifiés la veille. Ce couscous est servi dans des grands plats, déposés à même le sol ! La foi ne se nourrit pas de protocole. La plupart du temps, les gens se régalent en faisant abstraction de toutes leurs manies et leurs savoir-vivre habituels. Comme à la bonne franquette, une vingtaine de cuillères pour tout le monde ! Chacun son tour, deux ou trois bouchées et on passe à l’autre, juste pour la baraka. On accomplissait ainsi, comme des frères unis autour du même plat, une sorte de don au ciel ! Ma mère me disait : ‘’ne refuse jamais la nourriture qu’on te tend dans ces endroits sacrés, cela pourrait appeler la famine’’. Il fallait aussi s’abreuver à la source, et passer sa main imbibée de cette eau sacrée par les saints invisibles, sur le visage pour effacer toute malchance.

Il existait d’autres temples semblables, qui abritent le tombeau du Saint, recouvert de plusieurs tissus colorés, des tapis et même de fanions de toutes couleurs ! Il fallait arriver à toucher le pan d’un des tissus, pour s’essuyer le visage avec (toujours pour attirer la chance) et effacer ses ‘’remords’’. Dans quasiment chaque village il y en avait un, ce qui créa une sorte de rivalité. les gens se targuent de la puissance et de la sainteté du leur. D’ailleurs, on les entend jurer en leur nom, et rien qu’à ça, on saurait reconnaître l’appartenance géographique des personnes : Uheq jeddi Menguelet, Jeddi Ahmed, sidi youcef, Jeddi Welhadj…On remarquerait que certains les appellent jeddi (grand-père), pour affirmer la filiale familiale, et d’autres sidi (maitre). Ce même terme repris par les marabouts, comme titre de noblesse.

Tous les kabyles se sont vus imposés cette appellation, pour marquer leur respect i yemravḍen (les marabouts) . Ainsi donc, la femme et même la toute petite fille de ces imravḍen était Lalla, et les hommes des ‘’sidi’’. Comme je me sentais outrée quand j’entendais ma mère nommer un bambin sidi…ou lalla…je la détestais car elle se montrait inférieure, elle qui était à mes yeux, le plus grand et le plus noble des temples kabyles !

Il y en avait aussi d’autres qu’on disait très puissants, à tel point que les chats y sont ‘’sacralisés’’, Oui un tour à Sidi Wedris et vous verrez les gens donner de la viande et toute sorte de nourriture à ces sacrés chats. Tiens, je ne sais pas pourquoi je pense aux Pharaons ! De la viande au chat! J’aurais tellement voulu en être un, à cette époque où on mourrait presque de faim.

Ce qui m’interpelle jusqu’au jour d’aujourd’hui, c’est cette sérénité qui nous habitait en y allant, et surtout au retour. Les gens deviennent tous contents, gentils et incroyablement généreux durant ces ‘’fêtes’’. C’est à croire qu’on est profondément croyants, sauf qu’on ne sait plus qui croire !

C’était des marathons qu’on faisait, et on rentrait complètement épuisé de cette longue marche à travers les sentiers sinueux et en escaladant les jupons de la montagne.

Mais avec le temps, j’ai commencé à faire le parallèle entre ces croyances et la religion, j’y voyais bien du paradoxe, des choses qui ne collent pas, mais j’en suis arrivée à cette conclusion :L’être humain a toujours eu ce besoin d’obédience, qui au retour lui garantirait une forme de protection et lui procurerait donc une force. Cette force l’aiderait à surmonter les mystères de la vie et de la mort, d’ailleurs, on pense à Dieu dans les moments difficiles et rarement dans la joie ! Donc, la religion, qu’elle soit chrétienne ou musulmane ou autre, est certainement le fruit de ce besoin, à laquelle on adhère de manière systématique, puisqu’elle offre un rituel qui rapproche de Dieu, une sorte de mode d’emploi clé en main. Mais il y a certainement un conflit d’intérêt qui pousse les gens à mélanger entre Dieu et Cieux. Quand les gens se croient mentalement équilibrés, en allant ‘’soudoyer’’ des gens comme eux, avec de l’aumône, se recueillir dans des temples, des institutions dites représentantes divines.

Quand les gens comptent sur d’autres gens afin de les guider vers Dieu…afin de récolter la bénédiction du ciel, de Dieu, il y a forcément un gros problème !

L’être humain a toujours eu ce besoin d’obédience, qui au retour lui garantirait une forme de protection et lui procurerait donc une force. Cette force l’aiderait à surmonter les mystères de la vie et de la mort, d’ailleurs, on pense à Dieu dans les moments difficiles et rarement dans la joie ! Donc, la religion, qu’elle soit chrétienne ou musulmane ou autre, est certainement le fruit de ce besoin, à laquelle on adhère de manière systématique, puisqu’elle offre un rituel qui rapproche de Dieu, une sorte de mode d’emploi clé en main. Mais il y a certainement un conflit d’intérêt qui pousse les gens à mélanger entre Dieu et Cieux. Quand les gens se croient mentalement équilibrés, en allant ‘’soudoyer’’ des gens comme eux, avec de l’aumône, se recueillir dans des temples, des institutions dites représentantes divines.

Quand les gens comptent sur d’autres gens afin de les guider vers Dieu…afin de récolter la bénédiction du ciel, de Dieu, il y a forcément un gros problème !

Ḥassi.

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