« Le monde vous a oublié. Vous n’êtes que de pauvres esclaves enchaînés, sans culture et sans identité. »

« Le monde vous a oublié. Vous n’êtes que de pauvres esclaves enchaînés, sans culture et sans identité. »

Dans sa quête d’Anzar, comme dans les contes, Insi va demander conseil à Amghar Azemni. Celui-ci le reçoit dans une grotte retirée au milieu de nulle part, où notre oracle continue encore de vivre paisiblement. Il le reçoit chez lui, dans sa grotte, pleine de souvenirs d’antan : cornes de la vache des orphelins, couronnes et lingots d’or, casques, boucliers et épées de bronze, bagues magiques, arcs et flèches, etc. Voici le contenu de leur entrevue :

Insi : Azul.

Amghar Azemni : Je t’attendais.

Insi : Depuis longtemps ?

Amghar Azemni : Depuis 15 siècles.

Insi : T’es resté 15 siècles dans cette grotte ?

Amghar Azemni : Depuis que des Imams et toutes sortes de charlatans ont pris ma place.

Insi : Qu’as-tu fait pendant tout ce temps ?

Amghar Azemni : J’ai dormi.

Insi : On nous raconte que tu n’existes pas, que tu n’es qu’un personnage de contes,…

Amghar Azemni : Qui vous raconte ça ?

Insi : Les envahisseurs.

Amghar Azemni : Et vous les croyez ?

Insi : Malheureusement !

Amghar Azemni : Vous n’êtes qu’un peuple sans mémoire, sans volonté, sans désir de liberté. Autrefois, je me souviens, il y avait des héros qui affrontaient les mers, les forêts, les fleuves, les hydres, les ogres, les ogresses, et toutes sortes de monstres. Aujourd’hui, vous n’êtes qu’une bande de miséreux qui obéissent à des assassins et à des voleurs des grands chemins.

Insi : Es-tu en colère contre nous ?

Amghar Azemni : Très en colère. Vous avez vendu vos dieux pour un dieu étranger, menteur et sanguinaire. Vous avez bradé une belle terre contre un livre sans intérêt, vous avez oublié des valeureux ancêtres antiques, je vous vois aujourd’hui, à genoux, humiliés devant les icônes de vos ennemis. Le monde vous a oublié. Vous n’êtes que de pauvres esclaves enchaînés, sans culture et sans identité. Vous pouvez pleurer sur votre sort. Personne ne viendra vous consoler.

Insi : Pourquoi donc ?

Amghar Azemni : Continuez de prier un dieu qui ne désire qu’une chose : votre disparition.

Insi : Comme tu nous connais si bien !

Amghar Azemni : Le Conte d’autrefois est fini. Hélas, aujourd’hui vous vous endormez avec des histoires étrangères vous racontant la noblesse des familles d’autres pays, au point de vous faire oublier et mépriser vos propres familles ainsi que vos ancêtres.

Insi : Ils nous vendent le paradis.

Amghar Azemni : Que vous payez avec vos vies, pauvre peuple de dégénérés !

Insi : Ils ont même fait de de toi un vieux sage musulman.

Amghar Azemni : Ha ! ha ! ha ! Suis-je à ce point déchu ?

Insi : Et oui !

Amghar Azemni : N’avez-vous pas contribué à cela bande d’ignares ? Vous avez changé vos noms et prénoms, les noms de vos montagnes, les prénoms de vos héros mythiques… Que font les Ali, Fatima et Aicha dans vos contes d’antan ? Oubliez-moi. De grâce, ne me faites pas rencontrer ces gens-là. On ne parle pas la même langue. Remplacez-moi par un imam. Vos contes auront ainsi plus de cohérence et de sens.

Insi : Et dire qu’on se dit Hommes libres !

Amghar Azemni : Ha ! ha ! ha ! Encore faut-il savoir ce que ce mot veut dire !

Insi : Moi je viens…

Amghar Azemni : Je sais pourquoi tu es venu. Tu veux voir Anzar.

Insi : Oui.

Amghar Azemni : Pourquoi faire ?

Insi : Lui demander de revenir.

Amghar Azemni : Après l’avoir folklorisé, maintenant vous voulez le ridiculiser. Trop tard.

Insi : Pourquoi le ridiculiser ? N’est-il pas un dieu ?

Amghar Azemni : N’es-tu pas un homme ?

Insi : Oui.

Amghar Azemni : Et qu’est-ce qu’on fait de toi ?

Insi : Un sous-Arabe et un sous-Musulman.

Amghar Azemni : Un sous-homme surtout !

Insi : C’est vrai.

Amghar Azemni : De grâce ne faites pas d’Anzar une sous-divinité.

Insi : Que faire alors ?

Amghar Azemni : Tuez le dieu étranger !

Insi : Et ?

Amghar Azemni : Et Anzar reviendra triomphant dans ce pays.

Insi : Comment va-t-il, au fait ?

Amghar Azemni : Vas maintenant. Informe tes frères de ce qui leur reste à faire s’ils ne veulent pas disparaître. Et ne reviens ici qu’avec la tête du dieu étranger.

Amghar Azemni rejoint sa couche, ferme les yeux et sombre dans un sommeil profond. Insi quitte la grotte et s’en va.

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