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Mohand TILMATINE: La construction d’un mouvement national identitaire kabyle

Wahiba H
Written by Wahiba H

1 Introduction

Dans ce travail, on tentera de suivre l’évolution et les transformations du mouvement identitaire et national kabyle depuis le déclenchement des événements d’avril 1980 en Kabylie. À cet effet, et du fait de ce titre, la localisation du sujet de ce travail se limitera à l’espace géographique kabyle (Algérie) incluant, bien entendu, les espaces diasporiques des populations kabyles qui connaissent depuis la fin du XIXe siècle un mouvement migratoire, fondamentalement vers la France, mais qui s’étendra plus tard vers d’autres pays du monde occidental, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord.

La période abordée sera fondamentalement celle qui couvrira les principaux mouvements de masse dans la revendication kabyle (1980-mi-1990) ; 2010 (création du MAK-Anavad), même si les précurseurs remontent à l’époque coloniale.

Pour essayer de mieux comprendre l’évolution qui a marqué ce mouvement qui passera d’un niveau local à un plan global, on recourra aux théories transnationales pour expliquer la transversalité des évolutions, le partage ou la mise en commun des contenus idéologiques (laïcité, nation commune, territorialisation, réécriture de l’histoire …).

Enfin, pour ce qui est du corpus, les textes utilisés à cet effet seront fondamentalement les rapports des séminaires de Yakouren en 1980 et de Tizi Ouzou en 1989, la revue Tafsut, les documents relatifs à l’Académie berbère, la plateforme d’El Kseur, plus tard les différents documents du Mouvement autonomiste puis indépendantiste kabyle comme le Projet pour un État Kabyle (PEK)[1], les pages web du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK), ses médias et les différentes pages kabyles sur les réseaux sociaux.

2 Un mouvement local et délimité : la Kabylie et les Kabyles

Né et installé à ses débuts dans une région territorialement bien déterminée et clairement confinée à la Kabylie[2],  le Mouvement Culturel Berbère (MCB) s’était inscrit, au départ, dans une perspective « nationale », voire même nationaliste en s’alignant sur des thèses et des positions nationales sur des questions politiques stratégiques comme la question du Sahara, mais aussi en revendiquant les valeurs du socialisme, la reconnaissance de l’arabe algérien, etc[3].

Cependant, la nature intrinsèquement autoritaire et monolithique des gouvernements qui se sont succédés en Algérie depuis l’indépendance du pays en 1962 excluait tout type d’opposition et bloquait toute expression en dehors des canaux officiels du Front de Libération Nationale et de ses satellites, les « organisations de masses ». Devant ce « blocus idéologique », le mouvement berbère pour essayer de contourner la chape de plomb qui ferme les espaces politiques en Algérie, commencera dès la fin des années 80 à vivre une mutation stratégique pour s’inscrire dans une perspective globalisante adaptant ses moyens de lutte en optant pour le terrain des droits de l’homme, des droits individuels et collectifs et en investissant dans des projets de construction d’une société civile.

2.1 Délocalisation et déterritorialisation des revendications identitaires

En même temps que les effets de la globalisation sur l’orientation et l’évolution du Mouvement Culturel Berbère (MCB), celui-ci, étend son influence depuis la Kabylie vers la Diaspora, qui jouera un rôle fondamental dans la naissance et le développement de ses revendications au sein de l’immigration[4].  L’existence d’une forte interrelation entre la diaspora et le pays d’origine servira à ouvrir le champ d’action et à créer une dynamique revendicative bien plus efficace dans la mesure où les militants disposeront en terre d’immigration de conditions plus favorables et inexistantes dans le pays d’origine ; supports matériels, moyens de communication, références démocratiques et légales, transversalité des droits individuels et collectifs, mais aussi et surtout un climat démocratique qui rend possible un activisme culturel, associatif, voire politique dans les pays d’accueil.

 2.2 Activisme kabyle en France

La France, Paris principalement, devient alors un lieu de retraite, de propagation, de diffusion d’idées et d’activisme culturel et politique kabyle. L’exil, devenait alors le cadre dans lequel allait se développer la résistance.

En 1967, chez les exilés kabyles, naît l’Académie berbère d’échange et de recherches culturelles, qui se transformera en 1969 en Agraw Imazighen ; organisation tolérée dans une certaine mesure en France, mais clandestine en Algérie et qui se dédie à la récupération du patrimoine culturel et linguistique amazigh. C’est dans ce contexte que se crée un premier groupe de recherche composé d’autochtones : le Groupe d’Études Berbères de Vincennes (GEB) qui publiera le Bulletin d’Études Berbères. Cette revue accueillera les premiers travaux sur des sujets amazighs qui comprendront divers champs de la connaissance comme l’anthropologie, la littérature, l’histoire, la langue ou même la planification linguistique avec les premières propositions de standardisation de la langue. Les contacts entre les immigrés kabyles en France et le pays d’origine favoriseront, malgré la dure répression caractérisant l’époque de Boumedienne, une prise de conscience progressive en Kabylie, mais les protestations demeurent dans la clandestinité. La chanson engagée kabyle devient dès lors le principal canal de transmission des revendications identitaires et linguistiques.

 3 Mouvement transnational berbère

Sur le plan du discours amazigh général, les textes fondateurs du mouvement berbère porteront sur une argumentation qui se fera dans une logique de dépassement des États-nations, de développement d’un discours pan-berbère, transfrontalier et transnational ainsi que de la révision de certains référents culturels, idéologiques ou religieux considérés comme constitutifs d’une nouvelle conscience identitaire berbère. Ce nouveau discours trouvera son expression dans un certain nombre de documents qui seront mis en circulation dans les pays d’Afrique du Nord et dans la diaspora européenne[5].

Il est clair que la multiplication des associations nationales et internationales berbères, l’assimilation d’une appartenance commune, réelle ou supposée, et le sentiment d’un combat et de revendications partagés par tous les groupes berbérophones se matérialise dans la construction d’un discours qui s’articule autour de certains marqueurs identitaires que partageraient les Amazighs comme par exemple des références historiques ; l’aspiration à la pan-amazighité et un à pays commun (Tamazgha), l’unicité de la langue, la nécessaire opposition au régimes « pan arabistes » nord-africains etc.

Par ailleurs, ce discours s’accompagne du développement d’une symbologie qui unirait le peuple amazigh. Ainsi, certaines dates et événements seront adoptés comme faisant partie du patrimoine de référence commun :

Tafsut Imazighen (Printemps berbère) d’avril 1980 à Tizi Ouzou sera revendiquée fête nationale amazighe ;

– le drapeau créé par l’Académie berbère de Paris devient l’emblème de ralliement de tous les Amazighs,

Yennayer, fête traditionnelle locale, sera élevée au rang de fête du nouvel an berbère ;

– un calendrier proprement amazigh sera fièrement arboré comme date de référence pour tous les peuples amazighs ;

– de nombreux personnages et icônes historiques, mais aussi la graphie berbère Tifinagh et bien d’autres références seront mises en valeur comme autant d’éléments constitutifs de cette identité.

Ce discours et tout l’appareil symbolique seront véhiculés et transmis dans un climat de solidarité agissante par certains relais comme le réseau associatif, les forums nationaux et internationaux. La création de structures ou d’ONG pan-berbères (Congrès Mondial Amazigh, Amazigh Cultural Association of America, Monde berbère…) ainsi que d’un embryon de médias identitaires, d’un grand nombre de portails sur le réseau internet, de radios et surtout de télévisions berbères[6]6 renforcera considérablement ce processus.

3.1 Discours identitaire et idéologique

La construction de cette identité se cristallisera autour d’un discours qui condamne vigoureusement l’idéologie des États indépendants nordafricains.

L’idéologie arabo-islamiste sera perçue comme la source fondamentale de l’exclusion de la langue et culture berbères mais aussi de la faillite généralisée des régimes postindépendance. Ce discours pan-berbère étendra son champ à un espace transfrontalier profondément marqué par une revendication des valeurs humanistes et libérales, très proches des représentations occidentales.

Par ailleurs, l’avènement d’un nouveau type d’échange de l’information et la facilité des transports dans un monde de plus en plus globalisé, augmentèrent considérablement la capacité des migrants de voyager entre le pays d’origine et le pays d’accueil, de maintenir ou d’améliorer leurs contacts nationaux et internationaux.

La stabilisation de cette communauté en Europe, son intervention dans les affaires de politiques du pays d’origine et du pays d’accueil transformeront également le statut même de cette communauté, qui passera d’une diaspora, repliée sur une identité d’origine locale, villageoise et souvent campée sur le mythe du retour, à une communauté citoyenne, consciente de ses devoirs et surtout de ses droits.

De ce point de vue, les processus contemporains de globalisation ont grandement influencé le développement et la construction d’une identité ethno-politique berbère, dont l’expression la plus claire se retrouve dans la communauté kabyle.

Les transformations deviendront dès lors le lieu d’une convergence de différents facteurs endogènes et exogènes qui font de l’identité amazighe en contexte d’immigration un objet d’analyse qui conforte à bien des égards les théories transnationales, développés depuis les années 90 au sein de courants sociologiques et anthropologiques de la recherche anglo-saxonne.

3.2 Insérer la réflexion dans le cadre des études sur le transnationalisme

Or, ce dernier aspect n’a jusqu’à présent pas toujours bénéficié de l’attention qu’il mériterait (Merolla 2002 et 2005). L’essentiel des travaux et des analyses se sont centrés sur le processus comme phénomène local, ou régional (nord-africain) pouvant inclure la diaspora, mais sans en souligner ses ramifications internationales et surtout sans en reconnaître des caractéristiques universelles, insufflées grandement par des processus de globalisation, comme les flux migratoires, la chute du mur de Berlin, les processus de libéralisation économique et culturel, l’introduction du multipartisme, ou plus près de nous, la révolution cybernétique et ses implications sur les échanges et la circulation de l’information.

Dans cette contribution, on tentera d’aborder ce processus qui dépassera la territorialisation initiale du nationalisme berbère puis kabyle en l’insérant dans son nouveau contexte diasporique et transnational.

3.3 Globalisation et transnationalisme

La globalisation, comme phénomène planétaire fait l’objet depuis de nombreuses années de nombreux travaux de réflexion et d’analyse. En général, le terme porte surtout sur les effets d’une économie de plus en plus interconnectée. Ainsi le Oxford Living Dictionaires le définit comme le processus à travers lequel des activités économiques ou d’autres organisations développent leur influence internationale ou commencent à opérer à une échelle internationale : ‘The process by which businesses or other organizations develop international influence or start operating on an international scale’.[7] Il existe bien sûr d’autres définitions qui peuvent lier la globalisation à d’autres aspects comme les mouvements migratoires ou les interconnexions comme effet du développement des échanges, des moyens de

transports et de communication. Ainsi, le Dictionary of the Social Sciences (Calhoun 2002: 192) définit le concept comme ‘A catch-all term for the expansion of diverse forms of economic, political, and cultural activity beyond national borders’.

Mais il existe également de nombreuses tentatives de focaliser l’attention sur une dimension particulière de la globalisation : celle qui est centrée sur le politique et qui souligne le déclin de l’État-Nation, des sociétés territorialement délimitées et qui ont le plus souvent constitué l’unité de base d’analyse dans des disciplines comme les sciences politiques modernes, la sociologie et les relations internationales (Chamsy el-Ojeili – Patrick Hayden 2006 : 12).

Cette focalisation nous permet de nous rapprocher des travaux de ceux qui insistent sur les phénomènes de transnationalisation, dans une logique de dépassement des États-nations, de pratiques simultanées situées à plusieurs échelles et d’ancrage multiples – dans

les pays d’accueil et d’origine – des migrants, des ONG, des entreprises (Portes, Guarnizo, Landolt 1999) ou bien aux processus de multi-localisations, qui mettent l’accent sur les logiques de déterritorialisation-reterritorialisation, les formes d’appartenances territoriales simultanées et, plus largement, interrogent la nature même du « local » (Appadurai 2001).

Ainsi, une des définitions les plus courantes du concept de transnationalisme qui a comme noyau central non les États, mais les immigrants, nous est donnée dès le début des années 90 : We have defined transnationalism as the processes by which immigrants build social fields that link together their country of origin and their country of settlement. Immigrants who build such social fields are designated ‘transmigrants’. Transmigrants develop and maintain multiple relations – familial, economic, social, organizational, religious, and political that span borders (Glick Schiller et al. 1992: 1).

C’est justement dans ce contexte que réapparaît le débat sur l’ethnicité et ses relations avec la globalisation (Cunin 2006). Celle-ci semble désormais se déterritorialiser et s’inscrire dans un espace transnational. Parallèlement, sa description jusqu’à présent, en termes d’expression communautaire, d’authenticité originaire, de continuité culturelle, laisse place à une analyse dans laquelle dominent lesnotions de construction identitaire, de multiplicité des appartenances et d’indétermination des attributs. Le processus de globalisation, loin de signifier l’uniformisation, s’accompagne désormais de reformulations des identités locales (Appadurai 2001 ; Herzfeld 2000), ainsi que de la réinterprétation locale de signifiants culturels mondialisés (Warnier 1999). Ainsi les différents mouvements berbères, tout en conservant des revendications similaires, gardent des personnalités spécifiques et un ancrage local et territorial propres (voir les différents Mouvements culturels tel que le Chaoui, le marocain ou le mouvement culturel kabyle). Cette localisation qui répondra aux conditions spécifiques et objectives de chaque pays ou région, prendra des évolutions distinctes. Par ailleurs, l’impact de la globalisation et le changement de l’échelle des valeurs qu’il provoquera aura souvent comme effet un certain questionnement des références considérées comme propres et traditionnelles pour s’ouvrir sur des valeurs perçues comme représentant le monde occidental ou comme l’exprime Abélès (2001 : 14) pour opter pour des possibilités « de réappropriation de signes associés à la modernité occidentale dans leur stratégies identitaires ».

 3.4 Le nationalisme comme catégorie d’analyse

Le nationalisme est une des catégories les plus répandues utilisées pour créer des formes d’appartenances à des groupes. Le nationalisme a toujours particulièrement bien réussi comme élément de mobilisation qui en constitue une composante fondamentale et clé(Anderson 1983 : 4).

Pour des raisons évidentes de marge de manoeuvre politique ou de circonstances historiques, plusieurs agents ou groupes politiques ont utilisé historiquement le nationalisme comme idéologie de mobilisation à partir d’espaces transnationaux en tant qu’exilés, expatriés ou comme immigrants. Le meilleur exemple est celui du mouvement national algérien et ses partis politiques créés et activant en France. En effet, positionnés à cheval entre deux sociétés – algérienne et française – ils pouvaient recourir à de nouvelles catégories politiques et développer un discours universaliste (par exemple le droit à l’autodétermination des peuples, puis le socialisme) en l’appliquant à des situations spécifiques (l’Algérie).

D’ailleurs, il est notoire qu’un grand nombre de mouvements nationalistes ont eu leur origine dans un contexte d’exil ou de diaspora ; espaces qui ont servi de base arrière et/ou comme instances de mobilisation transnationale. Ceci vaut également pour le mouvement berbère en général.

En effet, le contexte d’exil ou d’immigration offre aux militants berbères une certaine liberté d’expression qui leur permettra de développer leurs discours et d’introduire des catégories politiques nouvelles.

Ces « outils » serviront pour mobiliser leurs concitoyens et transformer les réseaux sociaux traditionnels existants, mais passifs ou limités dans leur action à une certaine fonction sociale communautaire (enterrements, fêtes locales, rencontres…) en des diasporas actives et revendicatives sur le plan politique. Et, enfin, ces instruments aideront à l’articulation et au développement d’un discours spécifique qui tienne compte de la situation particulière des communautés immigrées berbérophones en terre d’immigration.

Les cas de communautés diasporiques dispersées qui se sont regroupées et reconverties en des communautés « nationales » sont très nombreux et relativement bien documentés (Adamson 2012). Ces processus ont été décrits pour d’autres communautés mais les mécanismes sont similaires : des acteurs politiques interviennent sur la diaspora en organisant une communauté d’immigrants ou de minorités ethniques dispersées au plan international de manière à permettre des processus d’identification, la construction de coalitions et/ou d’actions politiques qui peuvent intervenir aux plans transfrontalier, global, mais aussi national et local (Basch et alii 1994).

Des considérations qui s’appliquent parfaitement à l’évolution de ce qui est à présent qualifié et identifié comme « la question kabyle » (Mhenni 2004) et qui sera portée rapidement sur plusieurs fronts, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.

4 Un mouvement transnational kabyle

Différentes raisons peuvent aisément expliquer la création d’un mouvement autonomiste, puis indépendantiste kabyle. Nous pourrions citer, à titre non exhaustif, certains facteurs comme la nature des régimes qui se sont succédés à la tête de l’État algérien mais qui ont tous en commun leur rejet de la berbérité et à fortiori de la kabylité, leur fermeture à toute expression politique qui différerait des siennes, une loi organique sur les partis politiques (1997) qui interdit toute référence linguistique ou régionale ou bien l’échec des partis politiques à base kabyle mais se prétendant de dimension nationale dans leur tentative de défendre une « algérianité » quand leur base électorale aspire à une politique locale de défense de leurs droits linguistiques, culturels et économiques. Mais c’est surtout une rupture flagrante de la population kabyle avec le gouvernement central et les innombrables manifestations en faveur de la reconnaissance de leur langue et culture qui terminera par consommer une rupture qui date en fait des premières années de l’indépendance algérienne.

Un régime hermétique à toute perspective d’évolution et d’ouverture portera à l’exaspération et l’abandon d’un espoir de vie commune, du moins dans le cadre des structures et du système actuel de l’État algérien. La recherche d’autres options en dehors du centralisme d’État commence alors à poindre à l’horizon. Différentes rencontres sont organisées, des cercles de réflexion sur la situation en Kabylie sont créés et des pétitions en faveur d’une autonomie linguistique et culturelle de la Kabylie circulent en Algérie et surtout dans la diaspora. Mais toute ces activités ont une chose en commun : elles ne vont pas jusqu’à demander une autonomie politique de la Kabylie. Elles tournent encore autour d’une autonomie linguistique et culturelle, mais s’inscrivent toujours dans l’État algérien.

4.1 Le MAK : de l’autonomie à l’autodétermination

Toutefois, les choses se précipiteront après la mort, attribuée à des gendarmes algériens, d’un jeune lycéen Kabyle – au nom bien symbolique : Massinissa Guermah. Cette mort, perçue par tous comme un assassinat – elle se produira dans l’enceinte même de leur brigade – provoquera une grave crise entre la Kabylie et le gouvernement central algérien et sera suivie de violentes confrontations entre gendarmes et population.

 Ces événements qui se sont soldés par plus d’une centaine de morts et des milliers de blessés parmi les manifestants kabyles sont aujourd’hui communément connus comme le « printemps noir » de 2001 et seront l’occasion pour Ferhat Mhenni d’annoncer le 5 juin 2001 la création du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK).

Un mouvement qui, par ailleurs, commence petit-à-petit à faire des émules – avec, certes, nettement moins de force et de présence – dans d’autres régions berbérophones, aussi bien en Algérie (Mzab,[8]  Chaouias[9]) qu’au Maroc (Mouvement pour l’autonomie du Rif,[10] du grand Souss[11]), voire même en Lybie, où les revendications berbères semblent s’acheminer vers le même scenario.

Les dernières manifestations organisées ces dernières années par le MAK ont mis en évidence une évolution claire dans le paysage militant et revendicatif kabyle : le MAK, pourtant de création récente s’impose désormais comme une force majeure en Kabylie supplantant, semble-t-il, des forces politiques traditionnellement ancrées dans cette région comme le Front des Forces Socialistes (FFS) ou le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) connus traditionnellement comme « kabyles » en raison de leur ancrage quasi exclusif dans cette région (Ilikoud 2006).

Cette donne est entretemps reprise même par des journaux de tirage national et donc peu soupçonnés de sympathie à l’égard d’un mouvement séparatiste perçu cependant comme le plus mobilisateur de la Kabylie[12].

La création du MAK fera suite aux événements du « Printemps noir », qui en sera le détonateur, certes, mais non l’origine. Il est clair que ce dernier développement peut parfaitement être lu comme une suite prévisible et somme toute, logique dans l’évolution progressive mais inéluctable de la question identitaire kabyle.

La naissance du MAK n’est point un acte spontané et isolé, mais bien l’aboutissement d’un processus de réflexion qui commence dans les années 1990 et qui aura toujours pour références le droit international, la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la déclaration de Fribourg des droits culturels[13] et la Charte des droits des peuples adoptée à Alger en 1976[14] etc.

Le MAK profitera de la réunion de son conseil national lors de la session ordinaire du 4 octobre 2013 au village d’Ath Hamdoune, en Kabylie, pour annoncer son intention de changer de dénomination. Il décide de passer à une vitesse supérieure en modifiant son objectif «d’autonomie»  pour celui « d’autodétermination ». Il devient ainsi Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. Cette évolution est motivée, selon les congressistes, par le fait que le concept du droit à l’autodétermination présenterait au moins deux avantages que la base militante et le citoyen kabyle comprendraient aisément :

1) Le droit à l’autodétermination est tout simplement un exercice de démocratie. C’est un référendum par lequel chaque citoyen est appelé à s’exprimer en son âme et conscience sur le mode de gouvernance qu’il souhaite pour son peuple.

2) Il ouvre tous les possibles qui peuvent se résumer, pour l’avenir politique de la Kabylie, aussi bien au statu quo qu’à l’évolution vers une gouvernance kabyle dans le cadre interne de l’Algérie (autonomie) ou dans le cadre externe, autrement dit aller vers l’indépendance.

 À travers ce droit à l’autodétermination, les initiateurs de ce changement recherchent « à rendre la parole au peuple kabyle au moment opportun afin qu’il soit en mesure de choisir librement le statut politique qui lui sied »[15]. Cette décision a été rendue publique par la suite par un Communiqué daté du 28/10/2013 – 19:49 et publié en autres dans l’agence de presse du MAK, Siwel[16].

4.2 L’ANAVAD ou Gouvernement Provisoire Kabyle

Le nouveau MAK ne laisse plus aucun doute sur le fait qu’il aspire du point de vue politique à distinguer clairement la Kabylie des autres régions et ce grâce à la force de sa masse revendicative, mais aussi au degré d’avancement de ses revendications. Même interdits, ses objectifs sont dorénavant politiques : donner le pouvoir politique à la région.

De l’autodétermination à l’indépendance, il n’y avait plus qu’un pas. C’est ainsi qu’un Gouvernement Provisoire Kabyle sera proclamé le 1er juin 2010 à Paris. Un communiqué du MAK justifiera cette mesure par la volonté de « ne plus subir ce que nous endurons d’injustice, de mépris, de domination, de frustrations et de discriminations depuis 1962 » (Jeune Afrique 2010)[17].

Dans une autre intervention, Ferhat Mhenni, fondateur du MAK et responsable du Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK ou Anava Aqvayli Uεḍil dans sa désignation kabyle) explique dans les colonnes du journal algérien El Watan, repris par le quotidien online Le Matin du 04 Juillet 2010, les raisons qui l’ont poussé à la création du GPK : donner « de la voix sur les plans national et international » aux revendications kabyles, ce qui permettrait d’avancer et de « réunir toutes les conditions à même de solutionner la question kabyle ». Ce pas serait, selon le responsable kabyle, nécessaire dans la mesure où – en référence aux événements du « Printemps noir » de 2001 – il y

aurait désormais « un interlocuteur de poids en face du pouvoir pour ouvrir, dans la responsabilité et la transparence, une nouvelle ère dans les relations entre lui et la Kabylie ». L’absence d’un interlocuteur qui défendrait spécifiquement les intérêts de la Kabylie aurait toujours fait défaut. L’autonomie de la Kabylie serait donc devenue une exigence absolue pour en finir avec cette défiance mutuelle et mettre un terme au conflit qui oppose la Kabylie au pouvoir algérien depuis l’indépendance du pays[18]. Le responsable de l’Anavad va même plus loin puisqu’il considère que l’existence même de l’Algérie « de par sa création coloniale, ne peut vivre qu’en tant que dictature » et que le pays est « l’obstacle majeur à la démocratie » (Algérie-Focus 2015).

 4.3 Indicateurs

Du point de vue du discours idéologique, certains indicateurs permettent d’identifier cette évolution. Parmi ces marqueurs et sans prétention d’exhaustivité, peuvent être cités les suivants.

4.3.1 Ethnicité

Ce concept rarement utilisé dans les débats en raison, notamment, des préjugés qui l’entourent, prendra dans le discours berbérisant une perspective globalisante (Cunin 2006). Il commencera à se détacher du contexte national algérien et à se déterritorialiser pour s’inscrire, ensuite, dans un espace transnational. À cet effet, la kabylité comme catégorie néo-ethnique, loin d’être dissoute dans la globalisation, y puisera de nouvelles ressources et de nouvelles formes d’expression dans ses acceptions spatiale, historique, politique, économique ou culturelle[19]. En France, les principales associations rejettent le terme « ethnique » et toute intervention dans ce domaine. En effet, le modèle français est fondé sur « l’individualisme républicain ayant comme «doctrine » l’assimilation des individus devenus citoyens par choix politique » considérant le terme comme un pont vers une ghettoïsation et préfèrent parler de « communauté » nationale (Kastoryano 1997). Ainsi, les valeurs ethniques traditionnelles s’éloigneront clairement des critères raciaux pour se fixer davantage sur d’autres facteurs définitoires comme, notamment, la langue. La focalisation sur la langue propre est d’ailleurs la revendication principale et la plus ancienne du mouvement identitaire berbère.

4.3.2 La langue propre

De fait, un des signes les plus marquants de cette évolution est la mise en avant, du point de vue idéologique, de la langue comme facteur « définitoire » et l’introduction du concept de « langue propre » de la Kabylie. Le kabyle comme « langue propre » de la Kabylie apparaîtra dès les années 2000 comme une des principales revendications dans de nombreux documents autonomistes[20]. 20 Sa mise en avant dans les nouveaux textes idéologiques sera un des signes les plus marquants de cette évolution. Les contacts avec la Catalogne feront découvrir rapidement des similitudes et des points communs dans les revendications des deux peuples ainsi que dans le mode d’approche à cette problématique par les gouvernements respectifs (C. Castellanos – S. Chaker – M. Tilmatine 2008).

4.3.3 L’État-Nation

Le rapport entretenu avec les États-Nations, perçus comme des représentations hégémoniques d’identités spatiales peu en relation avec les réalités changeantes de l’identité est aussi commun aux représentations transnationales. En effet, les modes de participation citoyenne dans le cadre de l’Union européenne, dont beaucoup d’immigrés détiennent la nationalité d’un ou de plusieurs États membres, font apparaître une multiplicité d’appartenances et d’allégeances et ou de loyautés et constitue, de fait, un défi à l’État- Nation traditionnel qu’il soit du pays d’accueil ou, à fortiori, du pays d’origine.Les nouvelles donnes issues de cette situation conduisent à une nouvelle conception de la citoyenneté partagée entre le pays d’origine, le pays de résidence et l’Union européenne (Kastoryano 1997 et 2006).

Les différences entre les pays de l’UE et les spécificités de chacun d’eux dans ses relations avec ses populations immigrées fait que, parfois, des associations transnationales doivent recourir à l’Europe pour contourner les politiques ou obstacles rencontrés dans les pays de résidence (CMA ; Coordination des Berbères de France).

Sur un plan plus général, si la France est appréciée pour son caractère laïc, les militants amazighs, en général, lui reprocheront souvent son jacobinisme centralisant, hérité par les États-nations nord africains. Cet héritage est considéré comme le principal frein aux aspirations de transformations politiques de ces pays, qui, selon certains devraient passer par une redistribution du pouvoir et une forme de régionalisation ou de fédéralisme. L’opposition la plus radicale à cette forme d’organisation est exprimée par le MAK qui considère que tous les États nord-africains, comme émanation du colonialisme, sont voués à l’échec, et la sagesse serait pour Ferhat Mehenni, « de reconstruire patiemment non pas l’Algérie, ce résidu colonial, mais l’ensemble de toute l’Afrique du Nord (la Tamazgha) sur la base des intérêts de chacun de ses peuples, à l’image de ce que font les Européens avec peine aujourd’hui, mais en mieux ». Le responsable du MAK ne croit pas en une autre solution « qui ferait de toutes les façons de nos enfants kabyles des Arabes » Pour lui, tant que l’Algérie est là, « il n’y aura ni autonomie ni fédéralisme » (Algérie – Focus 2015).

4.3.4 Internationalisation de la question berbère et kabyle

Ces positions se traduiront par des tentatives d’internationalisation de la question berbère et par des interventions et des contacts avec des organisations, des institutions et des personnalités internationales. Une stratégie transnationale sera adoptée : dépassement du cadre politique des État-Nations pour recourir au cadre européen ou international comme espace d’activités et/ou de revendications politiques. Ces nouveaux espaces, ouverts, deviennent, dès lors, le cadre privilégié des activités de certaines organisations (CBF, CMA et un certain nombre d’associations culturelles), mais aussi de certaines formations à caractère politique comme par exemple le Parti Démocratique Amazigh du Maroc, le MAK ou d’autres mouvements pour l’autonomie d’autres régions berbérophones (le Rif ou le Souss). Sur le plan structurel, des représentations du MAK/GPK ainsi que des « institutions kabyles » seront créées en France et dans d’autres pays européens et d’Amérique du Nord.

Un des points communs à cette stratégie est le développement d’une critique des structures sociales et politiques centralisantes et la recherche d’un débat sur d’autres formes de gouvernance (apparition progressive d’un discours sur le fédéralisme et les autonomies régionales, organisations de conférences ou débats sur le sujet, travail de sensibilisation etc.). Des rapprochements importants se feront avec des mouvements régionalistes comme les Bretons, les Corses, les Basques, mais surtout les Catalans que beaucoup d’acteurs politiques issus de la Kabylie considèrent comme le modèle pour le monde berbère en Afrique du Nord.

Ces positions seront défendues dans plusieurs forums internationaux, notamment par le CMA, comme dans le cadre de la Durban Conference against Racism (2001), le Groupe des Nations Unies pour les Peuples indigènes, la Commission européenne, la Haute commission des Nations Unies pour les droits humains, le Comité de l’UNESCO pour les droits économiques, sociaux et culturels, etc.

Le MAK/GPK de son côté développera également une intense activité « diplomatique » qui mènera Ferhat et les membres de son gouvernement dans plusieurs pays en vue d’expliquer, de conscientiser ses interlocuteurs sur la question kabyle et d’obtenir d’éventuels soutiens à sa cause. Ces voyages se feront aux États-Unis, au Canada (au Québec spécialement), en Allemagne et d’autres pays, mais le voyage qui provoquera le plus d’impact sera celui que fera Ferhat Mhenni en Israël[21]  avec les répercussions que l’on peut imaginer (La diplomatie kabyle en marche 2004). L’action du GPK s’étendra également à des interventions, souvent sous forme de lettres ouvertes à l’intention de dirigeants importants de la communauté internationale sur des questions qui, selon le MAK/GPK, affectent la situation en Kabylie comme ce fût le cas des missives adressées au Président français François Hollande ou à la Secrétaire d’État US lors de leur visite respective en Algérie[22].

4.3.5 Laïcité et participation politique

Des valeurs fondamentales comme les droits de l’homme, le pluralisme politique, culturel et linguistique sont considérés, traditionnellement, comme des valeurs essentielles du Mouvement Culturel Berbère. Les textes fondateurs du mouvement identitaire kabyle incluent tous ces éléments; ou, du moins, une bonne partie[23].

Cependant, des documents importants comme la Charte d’Agadir (1991), le manifeste berbère (2000), au Maroc, le Séminaire de Yakouren (1980), de Tizi Ouzou (1989), voire même la plate-forme d’El-Kseur (2001)[24]  en Algérie – qui constituent des références importantes du Mouvement berbère en Afrique du Nord – ne parlent pas encore de laïcité ou de fédéralisme[25].

En revanche, ces revendications apparaitront de manière claire et explicite dans les documents fondateurs du MAK comme le Projet pour l’Autonomie de la Kabylie (PAK)[26] dans lequel il sera question d’« autonomie régionale » et bien entendu, a fortiori, plus tard dans le Projet pour un État Kabyle (PEK), [27]qui parlera plus directement du droit à un État kabyle dans lequel la laïcité est citée comme une des valeurs de référence du projet.

Une des expressions les plus claires de cette évolution vers des valeurs laïques se retrouve également au sein de certains cercles militants des Kabyles de France qui optent clairement pour la citoyenneté française sans renoncer à leur identité berbère, ni aux droits et avantages de la République.

S’il est vrai que parmi les éléments structurants des revendications berbères nous retrouvons à l’origine l’identité linguistique et culturelle, réelle ou supposée, d’un groupe donné, celle-ci sera,cependant, presque nécessairement adaptée aux conditions du pays d’accueil pour se transformer progressivement – contexte d’immigration oblige – en une identité d’accommodation ou decirconstance. D’une identité ethnique et linguistique, dorénavant, l’identité première à laquelle on aspire devient celle de « citoyen ». Or celle-ci s’acquiert et dérive de la participation et de l’appartenance à une communauté politique. Un champ de plus en plus largement investi par les associations kabyles en France[28].

Ainsi, la charte des valeurs de la Coordination des Berbères de France (CBF) stipule sans ambages que « les berbères de France sont viscéralement attachés aux valeurs consubstantiels de la République : Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité, Solidarité et Respect de la dignité humaine ». La participation politique et, de manière générale, la construction d’une véritable société civile franco-berbère y est notamment perçue comme un élément-clef de cette évolution et surtout, comme le moyen le plus efficace en vue d’obtenir leurs objectifs[29].

L’intégration passe, selon la CBF, par la participation pleine à la vie sociale et citoyenne. Aussi, les Berbères de France se considèrent comme des citoyens franco-berbères qui aspirent à s’inscrire pleinement « dans les valeurs républicaines qui fondent le projet de la société française » afin de garantir leur « épanouissement » et leur pleine citoyenneté comme fonction d’exercice de droits.

Cette politique de participation commence à donner des signes de succès. Celui-ci se manifeste surtout du point de vue de la visibilité de cette communauté, de plus en plus prise en considération par la politique. Il conviendrait, d’ailleurs de relever la contribution, très importante, de la CBF, entre autres associations et personnalités, qui ont interpelé la politique sur la reconnaissance de la culture berbère comme culture de France et de la langue berbère comme langue de France. Parmi les activités de la CBF, il convient de citer la participation active aux débats politiques et aux élections françaises. La communauté berbère reçoit ainsi régulièrement ou du moins interpelle tous les représentants des partis en lice sur leur politique quant à la communauté berbère.

Aujourd’hui, voir des élus d’origine kabyle ou plus généralement nord-africaine est de moins en moins un évènement et il n’est pas rare de voir des élus et des ministres d’origine berbère. D’ailleurs, la représentation va de la gauche à la droite, en passant par les verts, dont la députée au parlement européen, Malika Attou, est d’ailleurs d’origine kabyle (voir interview dans www.kabyle.com du 20.06.2009).

Dans le même ordre d’idées, le président fondateur de la CBF, qui est actuellement élu au Conseil Régional d’Ile-de-France, avait reçu la distinction de Chevalier de la légion d’honneur justement pour son action dans le cadre d’une coordination (CBF) chargée de développer la citoyenneté[30].

4.3.6 Émancipation de la religion

Il est intéressant de remarquer que la religion n’a jamais fait l’objet des exigences ou des revendications des amazighs, alors que d’autres mouvements politiques comme l’islamisme ou le nationalisme arabe,le revendiquent comme moyen d’expression de l’identité nordafricaine et comme symbole de parachèvement de l’indépendance des États de la région. La récupération du caractère arabe de l’Afrique du Nord à travers des différentes campagnes d’arabisation a été présentée comme instrument de résistance contre la politique culturelle et « impérialiste » de la France et comme un bastion dans la lutte contre l’influence occidentale. L’instauration et la revendication du caractère exclusivement arabo-musulman comme idéologie d’État des pays nord-africains a, peu à peu, conduit à un rejet progressif de la religion, notamment parmi les nouvelles générations de militants amazighs et kabyles.

Ces derniers voient dans l’enchevêtrement des concepts « arabe » et « islam », d’une part, et de l’islam comme religion d’État, d’autre part, un moyen d’imposition d’une langue et d’une culture, mais aussi des vecteurs d’arabisation et surtout, d’exclusion de la langue et culture propres. De là à y voir un instrument d’oppression, il n’y a qu’un pas, que de plus en plus de personnes n’hésitent plus à franchir, de sorte que pour la majorité des cercles militants, la référence au berbère, à l’amazighe devient souvent un instrument de démarcation par rapport à l’arabe et parfois même – comme en Kabylie – à la religion.

Voir dans l’immigration berbère une communauté religieuse ou musulmane en contexte d’immigration comme elle est souvent cataloguée dans les pays d’accueil n’est donc pas aussi simple, ni aussi facile. Relevons dans cet ordre d’idées que cette tendance à considérer systématiquement les populations d’origine nord-africaines comme musulmanes est très largement courante dans les pays européens. Ainsi et à titre d’exemple, la fameuse Alliance des Civilisations préconisée, entre autres, par le premier ministre espagnol Zapatero semble davantage une alliance de la civilisation occidentale avec la religion musulmane. En effet, un bref regard sur l’accord du 11 janvier 2008 de la Conférence Ministérielle du Royaume d’Espagne sur les domaines d’application du Plan National pour l’Alliance des Civilisations, révèle que les tâches et objectifs détaillés se basent moins sur la culture des immigrés que sur leur religion supposée. Ainsi, ce papier considère tous les immigrés originaires d’Afrique du Nord comme musulmans, suggérant fortement une équivalence Afrique du Nord = islam. De ce fait, le plan espagnol prévoit l’enseignement de la religion musulmane, mais pas de la langue maternelle des enfants d’origine nord-africaine (Alianza de Civilizaciones)[31].

4.3.7 Ruptures et dé-tabouisation

Le phénomène de rejet de l’islam sera accompagné par d’autres attitudes, souvent provocatrices, – qui cependant commencent à avoir un certain ascendant sur la jeunesse berbère en Afrique du Nord, et aussi en diaspora. Ainsi, on relèvera ces dernières années, notamment en Kabylie, une « ouverture » certaine vers les campagnes d’évangélisation, accompagnées par des prises de positions contraires aux politiques traditionnelles et officielles de l’État. Ceci se verra dans des sujets comme l’appui à la question palestinienne[32] ou à la guerre d’Irak.

Après l’attentat du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center, le Secrétaire général du Congrès Mondial Amazigh avait adressé une lettre de soutien au président G.W. Bush, doublée d’un appui réitéré pour sa politique envers les Kurdes d’Irak, pour leur avoir facilité la création d’un gouvernement d’autonomie dans le nord du Pays (Maddy-Weitzman 2006 : 77).

À ces positionnements politiques, en marge du discours officiel, il faudrait ajouter une ouverture de plus en plus décomplexée vers la culture et les réalités juives. De nombreux arguments se retrouvent, pêle-mêle, dont le fait que des populations berbères de religion juive existent, que celles-ci forment partie du monde berbère et surtout, qu’il n’existait pas de contentieux direct avec les juifs. Aujourd’hui, ces positions ont conduit peu à peu à la création d’associations d’amitiés berbéro-juives et à des contacts, impensables auparavant, avec des personnalités juives, notamment d’origine berbère,[33] mais aussi à un intérêt pour des thématiques, à une histoire et à un patrimoine berbéro-juif, considéré commun.

Cette évolution va parfois même, jusqu’à voir des sympathies clairement affichées en faveur d’Israël.[34] Certains chanteurs kabyles comme Zahir Amyas, « osent » même interpréter des chansons en hébreu (Hatikva).[35] Ces évolutions n’ont pas manqué, bien entendu, de constituer une matière pour d’âpres et de très dures critiques, notamment de la part des médias algériens, mais surtout des réseaux sociaux, contre ces attitudes. Une des cibles préférées de ces attaques est, sans doute, le leader du MAK, traité très souvent d’agent américano-juif-sioniste[36].

 5 En guise de conclusion

Le processus de revendication et de construction d’une conscience identitaire berbère avait commencé à s’articuler massivement dans le cadre national des États-nations nord-africains aux débuts des années 80. Cependant, la nature et les limites inhérentes aux choix idéologiques du système de gouvernance en place dans les pays nordafricains depuis les indépendances, mettront rapidement à nu leur incapacité à assumer une réalité linguistique et culturelle plurielle. La réponse à ces demandes était une politique d’exclusion et de persécution des militants berbères. Ceux-ci répondront à la répression par un repositionnement stratégique sur le terrain des droits de l’homme. L’inscription de son action dans le cadre des processus globalisants contemporains permettra au mouvement berbère de redéfinir ses valeurs symboliques et ses objectifs dans un espace transnational.

L’existence d’une forte communauté immigrée en France, qui garde de très fortes attaches avec la Kabylie natale, permettra au mouvement d’y trouver un relais efficace à ses revendications et une importante base de retrait stratégique en Europe. Bientôt, un véritable tissu associatif berbère se constituera à Paris et rapidement, dans la plupart des grandes villes de l’espace européen.

Cette nouvelle donne créera les conditions d’une organisation transnationale du mouvement qui se matérialisera, entre autres, par la création d’organisations communes à toutes les régions berbérophones comme le Congrès Mondial Amazigh (CMA) et l’organisation de rencontres au niveau européen. Désormais, l’immigré, devenu un transmigrant, pour reprendre la terminologie du transnationalisme (Glick-Schiller et alii 1995: 48-63), se trouvera, en effet, souvent dans une situation d’appartenances multiples, surtout dans les cas, toujours plus nombreux des personnes ayant une double nationalité. Il y a donc souvent des situations de migrants, kabyles, par exemple, de nationalité allemande et algérienne vivant à Paris ou à Barcelone.

L’identité culturelle du groupe en contexte national ou d’immigration s’apparente donc souvent davantage à un ensemble de stratégies que des particuliers ou des groupes élaborent et appliquent selon un intérêt propre et ceci, en tenant compte des circonstances conjoncturelles ambiantes.

Cette nouvelle situation n’est pas sans avantages pour les groupes et communautés de migrants, qui ont, aujourd’hui, la possibilité de recourir à l’Europe lorsque les portes des États nationaux se ferment, et ce, dans tous les domaines, leur permettant même de contourner la nation et les politiques nationales, lorsque celles-ci ne répondent pas à leurs aspirations.

En tout état de cause, cette évolution réaffirme du point de vue d’une Europe unie le dépassement progressif du cadre de l’État nation, d’une part, et, d’autre part, l’émergence d’une forme d’organisation des communautés migrantes qui misent plus sur la citoyenneté que sur les loyautés nationales. Ces questions ne manqueront pas d’avoir, à terme, des répercussions au niveau européen. Un cadre qui, au vu des évolutions parfois contradictoires, entre l’appartenance (nationalité) et la citoyenneté (exercice du droit de citoyen), aura un jour à redéfinir le

lien entre la citoyenneté, la nationalité et l’identité à la fois dans le cadre de l’État-Nation et de l’Europe. Malgré les différences spécifiques à l’espace nord-africain et européen, celles-ci peuvent, à terme, conduire à une évolution convergente des éléments structurants d’une ethno-politique berbère transfrontalière et transnationale.

L’échec de l’expérience de l’État-nation et son incapacité à répondre aux défis du pluralisme, le développement d’un mouvement berbère s’inscrivant dans une perspective transnationale est, de fait, déjà en train de remettre en question le modèle traditionnel d’Étatnation. La création d’un mouvement pour l’autonomie de la Kabylie n’en est qu’une évolution et qui aura probablement un effet multiplicateur dans les régions berbérophones.

Face à ces mouvements d’essence démocratique et citoyenne, la réaction des États européens a été jusqu’à présent très réservée. Realpolitik oblige, l’Union européenne, organisation d’États, refuse  d’appuyer officiellement ce genre de mouvements, qui, pourtant, s’inscrivent très clairement dans une perspective des droits de l’homme et du citoyen, offrant même des alternatives crédibles aux extrémismes politiques de type religieux.

En cela, la politique européenne se distingue de celle des États-Unis, qui du moins du point de vue théorique, n’hésite pas à donner son appui aux mouvements qui permettent l’expansion des droits de l’homme en Afrique du Nord. Un rapport du Department of Defense Intelligence de l’année 1998 salue en tous cas l’expansion du mouvement amazigh en Afrique du Nord, considérant que l’extension des droits de l’homme dans cette région inclut la reconnaissance des droits des minorités et que l’incorporation des minorités dans le processus de démocratisation en constitue un facteur nécessaire.[37]

Enfin, si l’on considère la situation du mouvement amazigh dans les pays d’origine et dans les pays d’accueil, il est clair que, en contexte d’immigration, les évolutions peuvent également être très divergentes. Ceci, notamment dans les champs d’application quotidienne et pratique d’un vécu identitaire berbère et pourrait, à terme, mettre en évidence des zones frontières et de séparation entre l’identité culturelle des nouvelles et futures générations, celle de leurs parents en Europe et, enfin, celle qui se développera dans le ou les pays d’origine.

En ce qui concerne la Kabylie, il ne fait pas de doute que l’idée d’autonomie ou du moins d’une nécessaire réorganisation territoriale est en train de faire son chemin. Même Said Saadi,[38] ex-président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), connu pour ses positions en faveur de l’unité nationale, ne cache plus vraiment la nécessité d’une réflexion sur un statut spécifique pour la Kabylie tel que le demande par exemple un certain nombre d’intellectuels et de militants autonomistes dans leur Manifeste pour un statut particulier de la Kabylie.[39]

Ce manifeste paru en 2014, signé et élaboré par un certain nombre de militants kabyles, donc beaucoup d’entre eux, sont des anciens membres du RCD ou même du MAK, démontre que l’idée d’une Kabylie autonome n’est pas du tout réduite aux cercles du MAK.

Profitant du fait que le MAK-Anavad a choisi depuis 2016 d’opter clairement pour l’indépendance, [40]les membres signataires de ce manifeste ont décidé en 2017 de se structurer en parti politique et essayer ainsi de récupérer l’espace « autonomiste » délaissé par le MAK-Anavad. Le nouveau parti politique dénommé Rassemblement pour la Kabylie (PKK) se différencie fondamentalement du MAK dans le fait qu’il d’inscrive dans la légalité et dans un espace national algérien. La Kabylie, selon le coordinateur de ce mouvement, « fait partie de l’Algérie et doit y rester ».[41]

De plus en plus de Kabyles, désabusés par un système incompétent et corrompu jusqu’à la moelle se tournent vers des formules, des moyens et de voies qui pourraient permettre à la Kabylie de prendre en mains sa propre destinée. Jusqu’où pourrait aller ce processus et quelles en seraient les limites ? Nul ne le sait ni peut en appréhender les conséquences, mais il est certain qu’une solution pacifique dépend dans une grande mesure de la réponse de l’État central et de la capacité de ses dirigeants à se réinventer. Ce qui non seulement semble quasiment inconcevable en ce moment, mais qui en outre contribue à son tour également à un essor qui paraît inéluctable desautonomistes et indépendantistes kabyles.

 Mohammed TILMATIN

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Notes

[1] http://www.siwel.info/Projet-pour-un-Etat-Kabyle-P-E-K_a5864.html

[2] Alger qui abrite pourtant une très importante communauté kabyle, n’a pasconnu les mouvements de masse de la Kabylie, mais s’est distinguée surtout par le travail d’un groupe d’intellectuels kabyles, notamment autour de Mouloud Mammeri

[3] Voir la Charte de Yakouren. Cf. l’analyse de M. Aït Kaki, De la Question berbère au dilemme kabyle à l’aube de XXIe siècle, L’Harmattan, Paris, 2004, pp. 97-100.

[4] 4 De même que cette émigration avait joué un rôle prépondérant dans la formation du MCB (Cf. par ex. S. Chaker, Berbérité et émigration kabyle, Peuples méditerranéens (1985), pp. 31-32 ; K. Dirèche-Slimani, Kabylie :L’émigration kabyle, in Encyclopédie berbère, 26 – Judaïsme – Kabylie, Édisud, Aix-en- Provence, 2004, pp. 4046-4050.

[5] Voir les chartes de Yakouren, d’Agadir, le manifeste berbère du Maroc, les différents appels pour l’autonomie de la Kabylie, le projet de plateforme del Kseur, etc.

[6] On pense surtout au consortium Berbère TV (BRTV) créé en 2000. Diffusé par satellite, il atteindra également les pays nord-africains, mais aussi le continent américain, au Canada (http://www.brtvpro.tv/). Une télévision rifaine sera créée quelques années plus tard aux Pays-Bas (http://www.amazightv.org/index.html).

[7] 7 http://www.oxforddictionaries.com/definition/english/globalization

[8]  https://www.facebook.com/autonomiemzab?fref=ts

[9]  https://www.youtube.com/watch?v=_nDEQDfyCrU;

http://www.siwel.info/Le- Mouvement-Autonomiste-Chawi-MAC-installation-de-la-premiere-section-a-Setif_ a4475.html.

[10] 10 http://www.kabyle.com/articles/rif-chemin-decolonisation-23186-01052014 ; voir aussi le rapport de ElDjazeera sur le sujet : https://www.youtube.com/v/QCDhl_jec4I%26hl=fr_FR%26fs=1%26   Une demande assumée par le mouvement amazigh du nord du Maroc : https://www.youtube.com/v/QCDhl_jec4I%26hl=fr_FR%26fs=1%26

[11]  Voir la déclaration de Taynzert sur l’autonomie de la région disponible online sur http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=50821 .

[12]  http://www.lematindz.net/news/3067-la-kabylie-la-democratie-et-lautonomiepar-mustapha-hammouche.html ; ou bien dans el Watan, comme dans le numéro du 20 avril 2015. http://www.elwatan.com/dyn/imprimer.php?link=http%3A%2F%2Fwww.elwatan.com%2Factualite%2Fprintemps-berbere-a-tizi-ouzou-des-milliers-de-manifestantsdans-les-rues-20-04-2015-292859_109.php  ou du 20 avril 2014 http://elwatan2014.com/ar/item/1777-Le-MAK-et-les-%C3%A9tudiants-ont-march%C3%A9-ensemble-%C3%A0-Bouira)  ou de manière générale dans le journal Algérie Focus du 28 avril 2014 : http://www.algerie-focus.com/blog/2014/04/revuede-presse-succes-de-la-marche-du-mak-a-tizi-ouzou-du-tout-repressif-a-la-totaletolerance/ .

[13]  https://www.fidh.org/IMG/pdf/fr-declaration.pdf .

[14]   Point 7 du projet d’autonomie de la Kabylie. Voir aussi, « Demande officielle d’un statut d’autonomie pour la kabylie » adressée à la présidence de la république algérienne, au gouvernement algérien, l’assemblée populaire algérienne, sénat algérien, conseil constitutionnel algérien et à plusieurs institutions internationales du5 juin 2008. Cf. pour les documents antérieurs : MCB-France.

[15]  http://www.lematindz.net/news/12589-communique-du-mouvement-pour-lautonomie-de-la-kabylie.html . Voir aussi le document du Conseil national universitaire du Mak disponible online sur http://www.mediafire.com/download/y5bjrl2wnayliey/Le-MAK.pdf

[16]   http://www.siwel.info/Communique-du-Mouvement-pour-l-Autodetermination-de-la-Kabylie_a5585.html .

[17]  http://www.jeuneafrique.com/155661/politique/un-gouvernement-kabyle-provisoire-form-paris/

[18]  http://www.lematindz.net/news/3155-interview-ferhat-mehenni-pourquoi-legouvernement-provisoire-kabyle.html

[19] Voir le Projet d’Autonomie de la Kabylie (PAK).

[20] 20 Point 6 des principes généraux de la Synthèse du pré-séminaire de réflexion de la diaspora kabyle autour de l’autonomie de la Kabylie, tenu à Écancourt (France), du 1er au 3 mars 2002, mais aussi dans différents appels d’intellectuels kabyles. Cf. par exemple le point 2 de l’appel : Une Kabylie autonome pour une Algérie démocratique du 29 avril 2001 disponible online sur http://mcbrn.chez.com/declarik.html,  ou bien les nombreuses interventions de S. Chaker dans ce sens et en faveur d’une autonomie de la Kabylie.

[21]  http://www.jpost.com/Middle-East/Algerias-Kabylie-craves-friendship-with-Israel#disqus_thread

[22]  http://www.lematindz.net/news/10545-lettre-ouverte-de-ferhat-mehenni-a-francoishollande.html ;

http://www.siwel.info/L-Anavad-interpelle-Hillary-Clinton-en-visiteaujourd-hui-a-Alger_a3040.html .

[23] Voir les documents cités comme les chartes de Yakouren, les appels pour l’autonomie de Chaker, le projet de plateforme d’El Kseur, mais aussi tous les documents fondateurs du MAK et du GPK.

[24]  http://www.aarach.com/plate_forme.htm

[25]  http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/maroc-charte_agadir-1991.htm

[26]   http://www.makabylie.info/?article62

[27]  27 http://www.makabylie.info/?article62

[28]  Voir le rôle prépondérant à cet égard, d’abord de l’association des juristes berbères de France et, ensuite, de la Coordination des Berbères de France (www.cbf.fr ).

[29] 29 http://www.cbf.fr/charte .

[30]  30 Journal Officiel n° 87 du 11 avril 2004, page 6829 – texte n° 2 – Décret du 9 avril 2004 portant promotion, NOR : PREX0407237D, source: http://www.francephaleristique.com/lh_promo_09-04-04.htm.

[31] 31 ORDEN PRE/45/2008, de 21 de enero, por la que se da publicidad al Acuerdo de 11 de enero de 2008, del Consejo de Ministros, por el que se aprueba el Plan Nacional del Reino de España para la Alianza de Civilizaciones. BOE numéro 20 du 23 janvier 2008, Cf. Point 1 Antecedentes et point 5 (Catálogo de actuaciones).

[32]  Voir par exemple la lettre ouverte d’un Kabyle à un Palestinien dans le Matin du 06 janvier 2009 disponible online sur http://www.lematindz.net/news/2315-jeme-permets-de-tinterpeller-o-palestinien-moi-le-kabyle-dont-la-terre-fut.html#art_comments  (Consulté le 22/04/2015).

[33] 33 http://www.berberes.net/forum/viewtopic.php?t=685. Cf. par exp. avec Lynda Asmani, d’origine kabyle, de confession juive et députée. Cette militante, Conseillère de Paris qui siège au Groupe Liberal Centre et Indépendants est fièrement revendiquée par certains milieux autonomistes comme ici dans la page de l’agence d’informations du MAK (http://www.siwel.info/Lynda-Asmani-unecandidate-kabyle-en-campagne_a3574.html).

[34]  Ce sujet commence à faire l’objet d’un certain débat – certes encore minoritaire – autant du côté amazigh que du côté juif. Cf. p.ex. pour la partie kabyle l’article de M. Aít Kaki : « Liens et affinités judéo-kabyles », in L’Arche 569 (septembre 2005), reproduit dans http://www.afrique-du-nord.com/article.php3?id_article=648, 14 avril 2007, mais aussi de nombreuses interventions sur le sujet, notamment sur Internet. Concernant la position kabyle, là aussi, on trouve un grand reflet dans les débatssur la toile, voir par exemple : http://www.kabyles.net/Juifs-et-Arabes-les-freresennemis.html , page dans laquelle les Kabyles mettent dos-à-dos à Juifs et Arabes avec une pointe d’admiration pour les Juifs. D’autres pages militantes kabyles font largement état de ces débats : www.kabyle.com, www.afrique-du-nord.com, www.kabyles.net, etc.

[35]  https://www.youtube.com/watch?v=5Tm1CtAO9sw

[36]  Cf. par ex. le journal arabophone Ennahar (http://www.ennaharonline.com/en/news/362.html ).

[37] US Policy Goals: ‘The United States is primarily concerned with furthering the process of democratization and expanding human rights sensitivities in North Africa. In this respect, US policy supports recognition of minority rights and the incorporation of minorities in the process of democratization. In this context, US policy welcomes the expansion of consciousness of the Amazigh peoples’. This is a Department of Defense Intelligence Document. Information Cutoff Date: 15 June 1998. Prepared by Dr. Larry A. Barrie, Strategic Studies Detachment/CENTCOM, 4th Psychological Operations Group (Airborne), Fort Bragg, NC 28307-5252.

[38]  http://www.algeriepatriotique.com/article/said-sadi-akbou-l-idee-d-un-statutspecifique-pour-la-kabylie-merite-reflexion?page=2   .

[39]  http://www.elwatan.com/contributions/manifeste-pour-la-reconnaissance-constitutionnelle-d-un-statut-politique-particulier-de-la-kabylie-07-12-2014-280526_120.php

[40]  https://www.siwel.info/discours-historique-du-president-de-lanavad-devantlassemblee-generale-du-mak-anavad-a-montreuil-le-25092016_8750.html , consulté le 1 Mars 2017.

[41]1 http://www.elwatan.com/actualite/pour-nous-la-kabylie-fait-partie-de-l-algerieet-doit-y-rester-27-02-2017-340126_109.php , consulté le 1 Mars 2017.