Nacer TIGRIN : « il ne faut pas avoir peur de nos divergences »

Nacer TIGRIN : « il ne faut pas avoir peur de nos divergences »

ISALLAN.TK: Bonjour et merci d’avoir accepté cette interview. La scène politique kabyle vient de connaître un nouveau-né « URK » dont vous faites partie. Un mot à propos de de votre mouvement politique.

Nacer TIGRIN: Merci à vous de me donner l’occasion de m’exprimer sur la naissance du Mouvement dont je suis membre-fondateur. La Scène politique kabyle vient en effet, de s’enrichir d’une nouvelle organisation politique et citoyenne indépendantiste. L’URK, ambitionne d’accompagner le peuple kabyle dans son élan de libération vis-à-vis du colonialisme arabo-islamique incarné par l’Etat algérien. Son objectif est la construction d’un Etat kabyle indépendant et social, laïc et démocratique. Sa stratégie réside dans la construction d’un Etat de fait, notamment en multipliant et dupliquant chaque petite parcelle de souveraineté que le peuple kabyle arrache à l’arabo-islamisme.

Mais en tout premier lieu, il me semble important de rassurer l’ensemble des militants souverainistes en leur disant d’abord que notre Mouvement n’est pas une organisation « concurrente » de quoi que ce soit, et ensuite que TADUKLI est une construction, une culture et une pratique que nous devrions impérativement  re  mettre à l’œuvre en Kabylie. Pour notre part, nous sommes en tout cas déterminé à mettre un terme définitif à la culture de la haine, de l’invective et de la suspicion qui polluent le débat politique en Kabylie et empêche toute convergence ou complémentarité des forces kabyles sur un minimum commun.

En tant que dernier-né des organisations de lutte menées par les Kabyles pour le recouvrement de leur liberté, de leur dignité et de leur authenticité, en allant de l’ENA au MAK, en passant par le FFS et le RCD, notre mouvement a décidé de relever le défi et de faire mentir une bonne fois pour tous les bons conseils du colon Ottoman Hussein dey à son successeur français sur la manière de « gérer » la nature belliqueuse des Kabyles. Le temps où les colons successifs jouaient de la rivalité des Kabyles entre eux doit être définitivement révolu : « Pour ce qui est des Kabyles, ils n’ont jamais aimé les étrangers : ils se détestent entre eux ; évitez une guerre générale contre cette population guerrière et nombreuse, vous n’en tireriez aucun avantage. Adoptez à leur égard le plan constamment suivi par les deys d’Alger, divisez-les, et profitez de leurs querelles ». (1830, Pacha Hussein Dey au général de Bourmont).Ce bon conseil des occupants Ottomans aux occupants Français devra impérativement être démenti par les Kabyles. Avec de la pédagogie, de la bienveillance, des débats respectueux, dépassionnés et constructifs, nous arriverons, j’en suis certain, à travailler en bonne intelligence avec tous les courants kabylistes et ce sera pour le plus grand bien de la Kabylie.

Certaines personnes vous reprochent déjà le fait de reproduire le même scénario du RCD et du FFS à l’ouverture au multipartisme, la fin des années 1980 et début des années 1990, comme une simple guerre de leadership et d’intérêts personnels qui dépassaient les intérêts du peuple. Qu’en est-il de ces propos ?

Les Kabyles qui avaient 18 ans en 1989 et qui ont vécu la guéguerre FFS-RCD ont aujourd’hui 46 ans. Ceci pour vous dire que nous sommes déjà à une autre époque et que la Kabylie se construit aujourd’hui avec d’autres générations, plus jeunes et moins imprégnées par les animosités et les guerres de clochers de leurs aînés. Je crois que les nouvelles générations de militants kabyles, dont je fais partie, sont décidées à rompre avec la culture politique du mouvement national algérien qui a ruiné nos combats antérieurs. Nous considérons que la politique est une question de luttes d’idées et de projets, pas une lutte de sigles et de personnalités qui se livrent des combats de coqs, dans une arène exclusivement kabyle et au bénéfice exclusif du colonialisme arabo-islamique.

Vous savez, nous portons une grande estime et une grande reconnaissance à nos ainés, de Fadma n Summer à Amar Imache et Bennai Ouali, en passant par Abane et Krim, par Ait-Ahmed et Said Sadi, par Ferhat Mehenni et Bouaziz Ait-Chebib, et ce n’est pas un manque de respect ou de reconnaissance que de dire à nos ainés que s’ils ont porté le souffle de la dignité et de la liberté jusqu’à nous, que s’ils ont été nos modèles, nos héros et  nos référents en terme de lutte et d’engagement, ils ne sont pas pour autant infaillibles, comme le prouve d’ailleurs l’histoire du patriotisme kabyle depuis l’infâme liquidation des berbéristes de 1949 jusqu’à cette stupide guerre du FFS/RCD que vous évoquez ici. Vous avez raison de mettre clairement sur la table ces guerres de leadership parce que justement on en a marre d’en faire les frais nous. Nous sommes les militants de la cause kabyle, pas les supporters d’un leader kabyle contre un autre leader kabyle.

Vous savez, je suis né et j’ai grandi dans un village kabyle avec l’idée structurante qu’une personne qu’elle que soit ses mérites et ses compétences, elle ne pourra jamais  faire passer d’autorité son point de vue parce qu’il doit au préalable avoir été soumis au débat et à l’approbation de l’assemblée du village, l’AGRAW N TADDERT. Le pouvoir exclusif et personnel n’existe pas en Kabylie, c’est l’assemblée qui symbolise le pouvoir du peuple et non l’individu, quel que soit son statut et son importance. Le peuple quant à lui à l’obligation de prendre en charge la chose publique (res publica). Ces deux impératifs : L’assemblée détentrice du pouvoir publique et le peuple responsable de la chose publique sont les pierres angulaires de la République Kabyle que nous souhaitons construire.

La nature profonde de la personnalité kabyle n’admet pas l’autoritarisme comme mode de gestion. Ce sont les principes de la concertation et de la collégialité des décisions sociales et politiques qui ont façonné la personnalité kabyle et qui l’ont profondément ancré dans cette culture de résistance à toute domination étrangère et à tout autoritarisme : D TAGI I D TAQVAYLIT

Mais de mon point de vue, si le FFS et le RCD n’ont pas réussi à éviter l’auto neutralisation, cela est dû au fait que leurs forces respectives s’annulaient au lieu de s’additionner et cela en raison de l’objectif même de ses deux formations kabyles qui était de gagner des élections algériennes. Or, réalpolitique oblige, le FFS comme le RCD, du fait de leur qualité de « kabyles » sont dans l’incapacité de remporter la moindre voix en dehors de la Kabylie, ils sont donc obligés de s’affronter avec des programmes sur le seul terrain qui leur soit accessible : la Kabylie ; d’où la chasse aux voix kabyles FFS contre RCD (et inversement) et la guerre des sigles et des chefs qui a ravagé la Kabylie.

L’URK et le MAK-Anavad ne sont pas dans la même configuration, il n’y a pas d’élections à gagner, ni donc de pouvoir à prendre, et nous partageons de surcroît le même objectif d’édification d’un Etat kabyle indépendant. Certes nous divergeons sur la nature de cet Etat, la modalité de sa mise en œuvre ainsi que la stratégie et les modes opératoires de sa réalisation mais sur l’essentiel nous sommes d’accord : nous poursuivons le même objectif qui est celui de nous libérer du colonialisme arabo-islamique incarné par l’Etat algérien et enfin exister librement parmi les peuples et les nations du monde.

Pour ce qui nous concerne, nous ne perdons pas de vue notre objectif final : la construction d’une République kabyle démocratique et sociale. C’est maintenant que sa construction commence. La République kabyle est une certitude pour laquelle nous devons commencer dès maintenant à cultiver une réelle pratique démocratique, en valorisant le travail et en récompensant le mérite. Ce sont nos  faits et gestes d’aujourd’hui qui détermineront la Kabylie de demain.

Un mot sur les derniers événements de Kabylie.

Les manifestations des lycéens et étudiants qu’a connue la Kabylie ces derniers temps est l’expression de la bonne santé du système immunitaire du Pays Kabyle. Cela prouve que le peuple kabyle n’est pas dupe des manigances algériennes, qu’il reste sur ses gardes et qu’il demeure prêt à se mobiliser massivement pour la défense de ses intérêts propres. Certains peuvent voir dans la revendication de  « Tamazight » un recul dans le combat de libération de la Kabylie mais pour ce qui me concerne, je pense au contraire que la moindre concession arrachée à l’Etat algérien, comme à tous les Etats arabo-islamistes d’Afrique du nord, en faveur de l’identité amazighe sera toujours un plus en faveur des peuples Amazighs contre l’assimilation qui ronge l’Afrique du Nord.

De toute façon, à mon sens, plus le fondement identitaire amazigh regagne les espaces auparavant occupés par l’arabo-islamisme et plus les peuples amazighs auront à y gagner en termes de décolonisation des esprits. En d’autres termes, plus il y a d’amazighs en Afrique du nord et moins il y a d’hostilité à la décolonisation idéologique des peuples amazighs.

Maintenant pour ce qui concerne la Kabylie en elle-même, on sait bien que l’officialisation ou la généralisation de Tamazight, ou encore la reconnaissance par l’Etat algérien de  Yennayer, journée chômée et payée, n’ont pas de significations probantes dans la prise en charge effective de ces attributs et référents  identitaires que sont la langue kabyle et Yennayer.  Cela fait plusieurs années que Yennayer est un jour férié en Kabylie. Personne ne travaille le 12 janvier en Kabylie,  Yennayer est une journée dédiée à l’identité kabyle et Amazighe depuis plusieurs années en Kabylie comme en témoigne les traditionnelles marches de Yennayer où se mêlent les citoyens de toutes générations et de tous bords. C’est le peuple kabyle tout entier qui a consacré Yennayer, journée nationale kabyle et amazighe. Quant à Tamazigh, et plus exactement Taqvaylit parce qu’il s’agit bien de la langue kabyle que l’on appelle abusivement Tamazight, ce sont depuis toujours les militants kabyles qui en ont assuré la protection et la promotion, ce sont eux qui lui ont redonné ses lettres de noblesses et certainement pas l’Etat algérien qui ne plie que sous la contrainte du peuple kabyle tout en essayer de dénaturer et de ruiner nos acquis. Que l’Etat algérien fasse ce qu’il veut, la Kabylie dispose désormais de suffisamment de ressources humaines, spécialisées dans le domaine qui n’attendent rien de l’Etat algérien.

Quelle est la différence entre l’URK et le MAK-ANAVAD ?

Même si l’URK et le MAK-ANAVAD poursuivent le même but, à savoir l’indépendance de la Kabylie, ils divergent dans plusieurs domaines, notamment du point de vue structurel.

1)  – L’URK, opte pour un fonctionnement collégial en comité-directeur. Le but est de favoriser la concertation entre tous ses membres avec un conseil qui délibère. Cette construction organique est inspirée de l’organisation socio-politique villageoise kabyle qui a permis à la Kabylie de traverser les siècles et de faire face à ses nombreux envahisseurs tout en maintenant son identité propre. Ayant conscience des défis et des exigences de notre époque, nous avons fait appel aux mécanismes les plus efficaces et les plus positifs que les siècles d’expériences ont forgé en Kabylie, bien sûr en les adaptant  à la réalité de notre époque et en nous inspirant de ses expériences les plus réussies.

2)  – Au sein de l’URK, le Pays kabyle, c’est-à-dire le terrain, constitue la priorité qui occupera la plus grande partie de nos efforts. Il ne s’agit pas de négliger la diaspora kabyle ni  l’international bien sûr mais nous estimons que la phase de conscientisation du peuple Kabyle n’est pas encore achevée en Kabylie. Certes, nous avons massivement convaincu le peuple kabyle de son existence en tant que peuple, maintenant nous devons définir quoi faire de cette existence et mener le peuple kabyle à la concrétisation de cette existence par l’édification de son propre Etat.

3)  – L’identité idéologique de l’URK est TAQVAYLIT. Dans notre démarche, nous prônons la libération et l’épanouissement des individus, mais en même temps l’organisation juste et équitable de la société sur le principe fondamental de l’intérêt commun et l’équité absolue devant la loi et la justice sociale. Or, la Kabylie est aujourd’hui dans un contexte où elle est directement impactée par l’ensemble des bouleversements socio-économique qui touchent le sous-continent, avec notamment la crise économique structurelle qui s’annonce très dure. Cela va davantage accentuer la misère sociale en Kabylie avec un effondrement brutal du pouvoir d’achat des Kabyles. Et dans ce contexte socio-économique chaotique, la naissance de l’URK est salutaire dans la mesure où l’un de ses objectifs est justement d’accompagner et d’appuyer le peuple kabyle dans ses différentes luttes sociales et en proposant notamment des solutions concrètes et des réponses convaincantes à certaines préoccupations sociales qui peuvent  trouver leur solution dans notre système de solidarité ancestral et qui ont toujours porté intrinsèquement des valeurs universelles, telle que TACEMLIT- TIWIZI etc. Autrement dit, l’un de nos objectifs est d’appuyer toutes les catégories sociales et économiques du peuple kabyle dans toute action susceptible de favoriser ou d’accentuer l’affranchissement du peuple kabyle vis-à-vis de l’Etat algérien. On peut citer à titre d’exemple la prise en charge collective et populaire des frais de santé pour les malades de Kabylie qui tend à se généraliser.

Qu’est-ce que  l’URK peut apporter de nouveau au courant souverainiste kabyle ?

Il me semble que l’URK est tout simplement une nécessité du moment. En un peu plus d’une décennie, le combat souverainiste kabyle a pris beaucoup d’ampleur. Aujourd’hui, nous sommes à un stade où une seule organisation politique et une seule ligne idéologique ne peut plus contenir l’ensemble  des souverainistes kabyles. Il y a une demande politique, idéologique et sociale qui n’est pas prise en charge et il est nécessaire à bon nombre de militants souverainistes, mais aussi à des sympathisants, de trouver un espace d’expression à leur  volonté d’agir dans une organisation structurée répondant à leurs principes et à leur valeurs, telle que la collégialité par exemple. Comme disait mon ami Mikusan à qui je voudrais rendre hommage ici, « Si l’URK convertit un Kabyle de plus à l’indépendantisme alors sa création est justifiée et elle est à saluer ». D’autre part, à l’URK nous nous inscrivons dans une démarche de complémentarité avec les différentes organisations politiques déjà existantes et dans ce sens, l’URK innove et apporte déjà beaucoup. Je pourrais aussi citer quelques avantages dans la création de l’URK

1 – Auparavant, le drapeau national kabyle était relié à une seule organisation politique, le MAK-ANAVAD. Avec la naissance de l’URK arborant lui aussi le drapeau national kabyle, et dont une partie de ses fondateurs a été partie prenante dans l’élection et la promotion du drapeau kabyle, il sera désormais difficile à nos détracteurs de qualifier le drapeau national kabyle de drapeau du MAK et finiront inéluctablement par le reconnaître comme étant l’Emblème National Kabyle.

2 – Avant avec un seul mouvement indépendantiste, on parlait beaucoup plus de la faisabilité ou pas  du projet  indépendantiste. Souvenez-vous des propos de Maitre Rachid Ali Yehia qui disait, je le cite  » L’indépendance de la Kabylie est une impossibilité historique », ou encore ceux de  Dr Saadi qui nous accusait alors de  » structurer le désespoir ». Avec la naissance de l’URK, l’option indépendantiste n’est plus porté par un seul courant politique et nous sommes désormais dans un tout autre débat qui est celui, non pas de la faisabilité de l’indépendance de la Kabylie, mais bien des  « modalités de mise en œuvre de cette indépendance » et qui n’est, au jour d’aujourd’hui, qu’une question de temps. Les gesticulations ostentatoires de l’Etat algérien qui annonce avec fanfare consacrer Yennayer, journée chômée et payée, est un signe révélateur de la prise de conscience par l’Etat algérien de la réelle volonté du peuple kabyle à se libérer du colonialisme arabo-islamique qu’il incarne.

3 – Du point de vue international, si la Kabylie dispose en son sein de deux organisations indépendantistes et d’une organisation autonomiste et que ces derniers occupent la totalité du terrain politique en Kabylie, la question de l’émancipation du peuple kabyle vis-à-vis de l’Etat algérien devient une évidence internationale. A terme, au vu de la rupture de plus en plus affirmée des citoyens kabyles vis-à-vis de l’Etat algérien, et de leur adhésion de plus en plus franche et assumée à l’autonomie (pour certain) et à l’indépendance (pour beaucoup d’autres) de la Kabylie, il serait même envisageable que ces trois courants kabylistes arrivent à siéger ensemble dans un même parlement local kabyle, ce qui voudrait dire que la majorité du peuple kabyle serait librement et démocratiquement représentée, le peuple kabyle ne se reconnaissant plus depuis longtemps dans le parlement algérien. Avec une telle configuration politique, un référendum en Kabylie devient possible, crédible et totalement légitime.

4 – Avec la naissance de l’URK, la réalisation d’un futur parlement kabyle est désormais la tâche de tous. Ce parlement est même devenu une nécessité et une exigence de l’histoire. C’est la seule garantie qui puisse permettre d’élever le débat politique et de consolider la cohésion d’une majorité du peuple kabyle, dans le respect des divergences et sur la base de l’intérêt commun qui est l’avènement d’un Etat kabyle, qui sera à terme souverain et totalement indépendant.

Merci d’avoir accepté cette interview. Quelques mots pour conclure

Je voudrais juste conclure en précisant que ma démarche, et celle de beaucoup d’autres camardes au sein de l’URK, est une démarche de construction. C’est vrai que pour le moment il y a encore de l’incompréhension chez certains militants, mais cela est tout à fait  normal et légitime, puisque nous sommes face à un fait inédit dans l’histoire récente de la résistance kabyle. Nous renouons en effet avec notre vrai système démocratique qui est celui de la démocratie participative pratiquée avec succès par nos ancêtres depuis des siècles et des siècles jusqu’à la perte de notre souveraineté face au colonialisme français d’abord puis face à la fausse nation algérienne que la France coloniale a laissée derrière elle.

C’est à nous de dépassionner le débat aujourd’hui, de l’élever et de mettre en pratique la pédagogie nécessaire pour convaincre chaque jour davantage de kabyles de participer à l’édification de l’Etat Kabyle. Il y a une chose très importante à mon sens : Pour moi et pour beaucoup de mes camarades, l’indépendance de la Kabylie est une certitude, il nous reste à être efficace dans sa réalisation et à mon avis, il nous faut  envisager une stratégie globale de déconstruction/de libération/de construction. Il nous faut préparer activement la construction de l’Etat kabyle de demain, pendant que nous menons aujourd’hui le combat pour sa libération tout en déconstruisant  les faux référents et les leurres identitaires hérités d’une longue histoire coloniale et d’un asservissement religieux sans précédent. Pour édifier un Etat Kabyle fort, moderne et social, érigé selon les idéaux démocratiques et embrassant avec enthousiasme l’universalité, il ne suffit pas de libérer le territoire, il faut d’abord et avant tout libérer les individus.  Les expériences des autres peuples confrontés à la même problématique que nous, notamment les expériences kurde, catalane, corse et touarègue, leurs succès comme leurs échecs, peuvent et doivent nous servir afin de mener à bien, et dans les meilleures conditions, la libération du peuple kabyle.

Mon dernier mot est un message de Tadukli, notamment pour les militants de l’ensemble de la grande famille souverainiste, il ne faut pas avoir peur de nos divergences, car c’est une richesse pour notre combat. Il ne faut pas se tromper de cible, notre ennemi a un nom : il s’appelle le colonialisme arabo-islamiste. Il a aussi un visage, c’est celui de la dictature algérienne qui n’est en réalité que l’instrument d’un même colonialisme qui dévore toute l’Afrique du Nord.

il me semble important de rassurer l’ensemble des militants souverainistes en leur disant d’abord que notre Mouvement n’est pas une organisation « concurrente » de quoi que ce soit, et ensuite que TADUKLI est une construction, une culture et une pratique que nous devrions impérativement  re  mettre à l’œuvre en Kabylie. Pour notre part, nous sommes en tout cas déterminé à mettre un terme définitif à la culture de la haine, de l’invective et de la suspicion qui polluent le débat politique en Kabylie et empêche toute convergence des forces kabyles sur un minimum commun.

Construisons  notre TADUKLI sur la base de cet intérêt commun qui nous unit et qui est de desserrer l’étau arabo-islamique qui assassine la Kabylie. Cultivons tous ensemble notre  Kabylité et notre citoyenneté qui sont à la base de la République kabyle que nous souhaitons tous et que nous bâtirons avec la somme de toutes nos forces.

 

Interview réalisée par: BENHAMOUCHE Amar

 

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