Nostalgie :  Azemmur,  « autour d’un olivier  » 

Nostalgie :  Azemmur,  « autour d’un olivier  » 

(Les faits et personnages sont réels juste un peu romancés).

Ta3mrouchth » un nom qu’on donnait affectueusement à la tante à mon père, de son vrai nom Taous ou Amrouche, une vieille qui à chaque année sa présence pour la récolte des olives est inéluctable, c’est elle la meneuse de la troupe mais d’une discrétion efficace. Elle n’utilise jamais de canne pour marcher en dépit de son âge, elle force le respect par son regard espiègle, même avec une cataracte à l’œil; son sourire est très éloquent pour ne pas hésiter à lui faire entièrement confiance . C’est elle qui égayait nos soirées hivernales,avec ses contes fantastiques. (Je consacrerai à elle seule tout un chapitre au moment opportun ).

Elle savait comment injecter de l’enthousiasme à notre journée , elle connaissait parfaitement le bonheur que nous procurait cette cueillette, son procédé est très simple;elle trouve toujours le moyen de nous refiler un panier plein d’olives dans le tas, tantôt pour moi tantôt pour un autre. Ce panier on le dissimule soigneusement et on le cache quelque part loin des soupçons, pour le déterrer en toute quiétude en fin de journée, une fois les champs libérés des adultes, comme un véritable trésor enfoui des siècles auparavant, on aura même pas besoin de faire recours au glanage habituel pour atteindre notre objectif de fin de journée ! ça ressemble un peu à du gain facile!!! Mais Dieu seul sait à quoi est tenu le bonheur en ce bas monde!!! 

Les moments les plus agréables dans une telle occasion, furent les repas, surtout celui à midi, il n’a rien à envier au pique- nique en pleine nature et par dessus tout le partage était tout le temps de mise. Nous regardions souvent avec un œil assez guetteur ce qui s’étalerait sur la nappe de tout un chacun!!! Tout en chassant les différents bibites qui s’y invitent. Prendre ses repas aux cotés de toute la communauté ne fait que rajouter un grain de saveur à celui de la nourriture présente: les piments écrasés imbibés à l’huile d’olive que nous accompagnions souvent avec une galette d’orge, du poisson préparé tout frais le matin même et cuit en forme de petites mains. De la sardine généralement achetée à l’aube. Ces aliments sont les plus convoités pour ce genre d’occasion. L’envie de goûter à tout et en même temps, rien ne le sépare du comportement d’un prisonnier libéré affamé. 

Parfois des chicanes se déclenchaient au moment du partage de la récolte, pour une once de plus ou de moins la guerre des mots s’installe et nous assistons impuissants devant un tel état car la peur de voir la situation s’envenime nous traumatisait et nous inquiétait au plus haut point surtout de peur que le lendemain personne ne parlera à personne et Ta3mroucht n’aura plus l’audace de nous gâter avec un panier bien plein. 

La « monticule » d’olives amassée est mise en attente dans un coin de la cour de notre maison jusqu’à temps de la transférer à la presse la plus proche, cela se passe habituellement à tour de rôles. Nos incursions étaient récurrentes tout au long de la journée à l’intérieur de cette presse sous prétexte d’aider en conduisant le pauvre mulet qui sans cesse fait tourner la meule « Agharef ». j’avais le privilège d’avoir accès à cette dernière presque à tous les moments de la journée grâce à mon oncle qui tenait les rennes de ce procédé en association avec le propriétaire de celle ci. Mon oncle un homme taciturne, et d’une organisation sans faille, il n’aime pas trop cet encombrement que suscitait le foisonnement des petits en attente de faire le tour avec l’animal et par ricochet de sauter sur la première goûte de l’huile qui ferait son apparition, d’ailleurs il traitait souvent les plus bruant de « tati vatata », il « s’autonomme » khalis mohand vu les supplications énervantes de ses petits morveux de neveux dont j’étais le premier. Il porte un tablier en cuir ressemblant à celui d’un chef cuisinier mais crasseux à force de son frottement avec les murs du moulin.

 En fait cette opération, consiste à écraser la matière première (olives) pour pouvoir la mettre par la suite dans des sacs adéquats et les presser afin d’obtenir le fameux « or jaune » l’huile d’olive. Mes poches pleines de figues séchées et de morceaux de galette berbère chauds, je continuais à faire les tours derrière la pauvre bête muette qui ne savait prononcer le mot lassitude, tout en scrutant soigneusement le moment des premières gouttes pour sortir de la poche mes petites gâteries pour les imbiber de l’huile à la source et me délectais sous le regard complice de khalis mohand qui me balance avec amusement et avec son accent légendaire : « et ban oui!!! »……

kams ouidir

Voir la première partie

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