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Petite réponse à un grand laquais 

Petite réponse à un grand laquais 

Le weekend dernier, j’étais avec des amis sur une terrasse de café dans le 20ème. On bavardait tranquillement quand l’un d’eux, m’avait mis devant les yeux un smartphone, et dessus est mentionné un entretien avec Mohamed Fellag, et de son ami Cheikh Sidi Bémol.

J’ai vu dans les yeux de mon ami de la colère, de la désolation et de la tristesse, d’avoir lu ces quelques lignes. J’ai tout de suite réagi, bien avant de regarder ce qui était écrit, dans l’espoir de dédramatiser la situation, en indiquant que les bêtises de Fellag ne doivent pas lui gâcher ce beau moment qu’on est en train de vivre. Que la bière est bien fraiche, que le soleil est magnifique, et que les olives vertes sont bien assaisonnées, mais j’avoue que je n’avais pas réussi. Car il m’a répondu aussi sec : « mais lis ce que raconte ce type, il est incroyable ! Mais il se prend pour qui celui-là ? Quelle est sa légitimité pour affirmer une chose pareille ! ».

Devant une telle insistance, je ne pouvais qu’obtempérer. Moi qui d’habitude, passe mon chemin dès que je croise cette caste de gens issus pour la plupart de la radio et la télévision du régime du FLN, là, je suis bien obligé de m’arrêter.

Et là, je découvre ce qui a mis mon pote en rogne. Fellag, méprisant, se marrant, et essayant de ridiculiser les chants marins de Kabylie, écrits, structurés, et mis à flots par le poète Ameziane Kezzar. Il a affirmé avec un dédain incroyable que c’est une grosse arnaque, car il n’y a pas de marins, donc forcément pas de chants marins en Kabylie… et que tout ça est une invention. J’appréhendais la suite de son délire… Je me mettais à imaginer qu’il allait continuer à affirmer que dans le pays des Kabyles, il n’y a ni poissons, ni plages, ni ports, ni lune, ni soleil, ni maisons, ni jardins, que les gens sont toujours perchés sur les arbres comme des singes … mais il ne l’a pas fait, ou bien pas encore… la suite est peut-être au prochain épisode.

On n’est pas obligé de connaitre ce qu’il y’a en Kabylie, surtout quand on est né dans les contrées lointaines de l’Algérois. On ne peut pas être au courant de tout, Par contre, quand on ne sait pas, la moindre des choses, c’est de fermer sa gueule. L’ignorance n’est pas une qualité, mais une humiliation pour celui qui ignore. Mais apparemment, ça n’a pas l’air d’humilier tant que ça le Kaci Tizi-Ouzou de Bab El Oued…

Symbole du bateau dans l'art Kabyle

Symbole du bateau dans l’art Kabyle

Tous les peuples du monde qui ont eu la chance d’avoir une porte vers une mer ou un océan, interagissent avec cet espace marin. Et à fortiori les kabyles. Je ne vois pas pourquoi, les kabyles, seraient les abrutis de l’humanité comme le sous-entend M. Fellag. Qu’ils n’auraient rien à voir avec leur pays, dans lequel ils vivent en complète harmonie avec la nature depuis des siècles.

Par contre, le problème qui subsiste toujours en Kabylie, ce n’est pas l’incapacité des kabyles à produire de la culture et des arts, ou toute autre création littéraire, philosophique, technique humaine, mais l’impossibilité pour eux de s’affirmer dans cet actuel cadre politique, social, et civilisationnel, que la caste dirigeante et leurs sbires ont imposé. D’ailleurs il serait très difficile pour n’importe quel peuple, quel que soit son degré d’intelligence, si on veut parler comme ça, de prospérer dans une pareille conjoncture, et un tel climat politique.

L’écrasement et le déni de l’identité du peuple par le pouvoir arabo-islamique en place nous rend la tâche très difficile pour avancer dans le chemin de la prospérité intellectuelle, et de l’émancipation.

Cette caste-là, pas nombreuses, mais très puissante, n’a jamais ménagé ses efforts pour réduire ce peuple kabyle et sa culture au rang du folklore de seconde zone, incapable de faire quoi que ce soit. Pour eux, nous sommes des bons à rien, des primitifs, une masse confuse et dangereuse, Des ploucs…

Et pour donner du crédit à leur propagande, les maitres comptent toujours sur leurs larbins, leurs laquais. Et comme disait Voltaire, les laquais, en imitant les vices de leurs maitres, et répétant leurs paroles, en singeant leurs manières, ont l’impression de s’approprier leurs puissances.

Donc vous avez-là, l’une des figures de proue de cette clique de laquais…

Ce M. FELLAG, qui se définit d’ailleurs comme kabyle, enfin… n’exagérant rien, algérien d’origine Kabyle… il n’est pas tout à fait sauvage…il a gouté à la culture universelle heureusement, … grâce surement à l’éducation de très grande qualité et à l’enseignement de haut niveau qu’il a reçu pendant son enfance dans les écoles et les rues d’Alger … ouf, il a échappé à cette masse de barbares d’Azeffoun.

Souvenez-vous, il y’a quelques années, (car ce Monsieur à un passé, qui est un passif), est venu ramener sa science pendant tout un spectacle, et nous fait savoir que tous les peuples du bassin méditerranéen ont réussi à ériger une civilisation… les romains, les grecs, les égyptiens, etc. Sauf les berbères. Ils n’ont rien réussi, étant donné qu’ils n’ont rien tenté. Pas de villes, pas de livres, pas d’armée, pas d’agriculture, pas de chansons, pas de peinture, pas de religion… vraiment rien de rien … sauf à être nocifs à leurs voisins… en somme, des parasites quoi. Notre historien et spécialiste de l’antiquité finit sur une note positive, quand-même, en affirmant que les berbères doivent leurs salut au fait qu’ils étaient solubles dans l’arabité. Qu’en somme, grâce à l’envahisseur venu des sables de Damas et de Djeddah, dieu soit loué, toute cette ignorance est derrière nous. Grâce à nos maitres, nous avons une identité forte, et grâce à leur génie, nous avons conquis le monde.

Tout ça bien sûr, sous prétexte d’humour. Quand la méchanceté et le mépris se cachent derrière l’humour… mais ça doit être de l’humour d’Alger, ou peut-être même de Bassorah, que nous, les ploucs de Tizi-Ouzou et autres contrées sauvages alentours, nous ne pouvons pas comprendre.

Ce pauvre M. Fellag me fait penser d’une certaine manière à Dieudonné. Car je me dis : Fellag est aux Kabyles, ce que Dieudonné est aux juifs.

Pour revenir à nos marins kabyles, Il n’y a pas que leurs chansons qu’on tente de nier, de rabougrir, de disqualifier, mais leur existence même est mise en cause. Ce n’est pas parce que les écoles mi- coraniques, mi- bolchéviques d’Alger n’enseignent pas la culture kabyle qu’elle n’existe pas. Je ne serais pas offensant en affirmant qu’en matière de musique, de poésie, ou de culture kabyle en général, Ce monsieur Fellag n’est pas une référence.

Car, voyez-vous, Je pense que la valeur essentielle pour un artiste qui découvre l’œuvre d’un autre artiste est d’abord la modestie. Se mettre au service du travail d’un autre, pour comprendre son univers, capter d’où il parle, et quel message il veut passer. Ces chants marins, est une œuvre de réappropriation. On se réapproprie notre espace, notre temps, notre modèle social et civilisationnel.

Si on voulait être méchant deux secondes, on pourrait rétorquer à ce Monsieur Fellag : « Vous affirmez qu’il n’y a pas eu d’existence de chants marins en Kabylie, mais par contre, est-ce que la discipline du théâtre et de la dramaturgie a existé en Algérie ?Vous, qui êtes un grand homme de théâtre algérien, Pouvez-vous nous citer un de vos illustres prédécesseurs ? Pouvez-vous nous citer nom d’un homme ou d’une femme de théâtre algérien du 13ème, 14ème, 15ème, 16ème, 17ème, 18ème, ou 19èmesiècle ? »

Donc M. FELLAG, remballez vos grands airs et votre mépris à l’égard du peuple kabyle, car vous dépassez les bornes.

Quand à vous M. Cheikh Sidi Bémol, je vous renvoie à la phrase de Tahar Djaout sur la famille qui avance, et la famille qui recule. Choisissez !

Hand ibersiene

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