Printemps Noir : La mémoire des orphelins

Le 18 avril avril 2001 fut assassiné Massinissa Guermah, par les gendarmes stationnés à At Ddwala, en Kabylie.

Les jeunes vies fauchées en 2001 pour s’être révoltées contre cet acte barbare n’ont pas eu la chance de vivre pour défendre leur mémoire contre la souillure. Il y a bien sûr les circonstances, sortir dans la rue au début des années 2000 n’était pas la même chose que briser la chape de plomb qui pesait sur la Kabylie dans les années 70 et au début des années 80. Mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi beaucoup de mépris entretenu par l’élite kabyle et qui porte atteinte à ces jeunes révoltés dont 128 ont laissé leur vie et des centaines mutilés à vie. À cela s’ajoute un autre mépris. L’étincelle du printemps noir fut déclenchée par un petit jeune Massinissa qui n’avait pas le prestige associé au déclencheur de l’étincelle d’Avril 80, Mouloud Mammeri, un mythe de son vivant, écrivain-chercheur de renommée internationale ayant participé à sa façon à l’effort de guerre contre la France, qui imposa respect, crainte et révérence aux autorités algériennes. Le salut qu’il a octroyé aux études amazighes de par ses cours, ses recherches ses publications, ses discours et, surtout, sa considération n’est ni contestable ni à démontrer. La canonisation et la sanctification de Mammeri est faite dans nos esprits et il ne s’agit de rien d’autre que justice et hommage rendues pour mission accomplie. De ce côté-ci, nous avons la conscience tranquille.

Notre conscience n’est pas et ne doit pas être aussi tranquille concernant les victimes de 2001. Notre conscience n’est pas et ne doit pas être tranquille concernant Massinissa Guermah qui demandait à son papa si c’était cela la mort au moment où il rendait son dernier souffle dans ses bras. L’État d’esprit de Massinissa Guermah au moment de sa mort était une autre mort, mourir fou, alors qu’à peine quelques minutes auparavant il jouait heureux avec ses copains du village. Ce sont justement ces ‘‘copains de village’’ de tous les villages kabyles qui ont juré de faire déguerpir la gendarmerie algérienne de Kabylie. Ils réussirent leur pari. La suite, nous la connaissons toutes et tous.

Aujourd’hui, une certaine ‘‘élite’’ militante et politicienne kabyle veut nous faire croire que le printemps 2001 n’en était pas un. Il n’était pas de leur goût car il fut noir alors que le printemps se doit d’être vert. Au-delà de ce jeu de mots et de couleurs, il y a des forces antagoniques qui s’accordent et qui œuvrent subtilement à la déstructuration et à la non-reconnaissance de ce printemps kabyle. Il y a, en premier lieu, le régime algérien lui-même qui porte la responsabilité criminelle de leur assassinat alors qu’aucun pardon, aucune reconnaissance, aucune sanction n’ont été prononcés à ce jour. Rien de surprenant si ce régime fait tout pour que ses assassinats et les victimes soient, sinon oubliées, du moins dévalorisées, vulgarisées voire même les rendre coupables de leur propre mort. Il y a ensuite, et moralement c’est beaucoup plus affligeant et éprouvant, ceux qui veulent garder la marque de Printemps comme leur marque brevetée. C’est ainsi que dans les discours et les affiches des manifestations organisées ici et là on nous apprend que c’est pour commémorer le printemps 80 tout en ignorant ou en minimisant le printemps kabyle de 2001 et ses victimes.

À Massinissa Guermah et à toutes les victimes du printemps kabyle 2001 : Reposez-vous en paix; nous ne vous oublierons jamais!

Karim Achab, PhD. (linguistique)

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