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Que serait l’Algérie sans la Kabylie ?! 

Que serait l’Algérie sans la Kabylie ?! 

«….Pour répondre à cette question qui sert de titre …Que serait l’Algérie sans la Kabylie ? on peut répondre sans grand risque de se tromper : probablement le Royaume Arabe de Napoléon III !…. Le révisionnisme algérien aura beau parler de « La Kabylie entre mythes coloniaux et réalités algériennes », il n’en demeurera pas moins que lorsque les « Possessions françaises dans le nord de l’Afrique» ont reçu l’appellation « Algérie » par un décret du ministère français de la guerre, la Kabylie était une réalité culturelle, linguistique et politique homogène, propre à un territoire qui était bel et bien indépendant»

Tamaynut

Il y’a quelques mois dans un journal traitant essentiellement de l’actualité politique des anciennes(?) colonies françaises, une journaliste algérienne délivre sa lecture de l’ouvrage de Yassine Temlali «La genèse de la Kabylie: aux origines de l’affirmation berbère en Algérie (1830-1962)», un livre qui ambitionne « de restituer le cadre historique dans lequel, entre 1830 et 1962, est née une conscience culturelle et politique berbère (kabyle)… ».

En somme, un livre qui revisite l’histoire sous le prisme frileux du nationalisme algérien et qui remet, grosso modo, sur le tapis la fameuse « politique berbère (kabyle) de la France en Algérie… » … Un livre qui parle de « La Kabylie entre mythes coloniaux et réalités algériennes » où il est question d’une Kabylie otage de « mythes coloniaux » (pour mieux la renvoyer à une invention coloniale) face à des «réalités algériennes» qui, paradoxalement ne sont pourtant que le produit d’un pays inventé de toute pièce, dans le souci de ses propres intérêts, et à son image, par une France coloniale imprégnée d’un orientalisme aussi exotique que nauséabond…Bref, un pays raciste et jacobin qui dénie à la Kabylie le droit d’exister en dehors de sa dissolution dans les «constantes nationales algériennes» dont les peuples berbères sont rigoureusement exclus au profit exclusif de l’identité arabe et de la religion islamique …excepté peut-être au titre de lointains ancêtres au temps révolus ayant « volontairement » troqué leur identité contre celle des nouveaux conquérants..

Voilà un livre qui sert de rampe de lancement à ceux qui, au mépris même de la réalité des faits et de l’Histoire, nient à la Kabylie son antériorité par rapport à l’Algérie et son droit à l’existence en dehors de l’Algérie « pays Arabe » et « terre d’Islam » où la Berbérité, « patrimoine de tous les algériens», est reléguée à un vestige du passé, mort et enterré ; un vestige évoqué  sous la formule «nos ancêtres les berbère» par mimétisme à «nos ancêtres les gaulois»…

Dans cet article, digne du cynisme et de l’hypocrisie des « élites algériennes », la journaliste ne tarit pas d’éloge sur « La genèse de la Kabylie » de Yacine Temlali. Elle vante la déconstruction des «récits identitaires algériens modernes» ;  une déconstruction, nous dit-elle, où «aucun de ces récits n’est épargné, qu’il soit islamiste, arabiste ou berbériste», mettant ainsi dos à dos l’arabisme, l’islamisme et le berbérisme…exactement comme si d’une part, l’arabisme et l’islamisme, qui  par ailleurs, ne sont que les deux versant d’une même médaille, et le berbérisme d’autre part, puisaient à la même source de l’extrémisme…voilà donc, pour commencer, un flagrant déni de réalité mettant à nu une incontestable  malhonnêteté vis à vis du militantisme berbériste en général, et kabyliste en particulier dont la résistance et l’activisme sont aux antipodes du dictât, du crime et de la terreur qui caractérisent l’arabisme et de l’islamisme!

En effet, si l’arabisme et l’islamisme ont fait un grand nombre de victimes parmi ces kabyles berbéristes, il aurait été intéressant que même la journaliste nous évoque ne serait-ce qu’une seule victime du berbérisme parmi les arabistes-islamistes… il aurait été également intéressant de comparer parmi les peuples envahis par les arabes, les victimes de l’arabisme et de l’islamisme (qui se compte par centaines de milliers, si ce n’est de millions) et les victimes, parmi les peuples non berbères, du berbérisme (qui n’en compte…aucune)

Dans sa lecture de « La genèse de la Kabylie », l’auteure évoque également les berbéristes de 1949, expliquant que « c’est paradoxalement la naissance de la question algérienne qui va donner naissance à la question berbère, c’est en forgeant l’Algérie état-nation que s’inventera la Kabylie ». On notera la perversité de la subtilité, faussement innocente, des termes utilisés, où l’Algérie est un Etat-nation qui « se forge », tandis que la Kabylie est un pays qui « s’invente » …quelle finesse, quelle maîtrise dans l’art de la falsification historique… Ainsi donc, l’Algérie constitue une entité géographique et historique antérieure à la Kabylie qui, quant à elle, ne doit son  » invention » qu’à l’Algérie-Mère

Mais ce n’est pas fini, elle nous apprend un peu plus loin que  » les berbéristes de 1949 seront jugés et condamnés sous le vocable infamant (pour ceux que l’auteur appelle les berbéro-nationalistes) de « berbéristes »… Et mieux encore, citant son acolyte Y. Temlali, cette remarquable journaliste algérienne va même jusqu’à faire parler les morts, affirmant que les berbéristes de 1949  « rentreront dans l’histoire par la voix de ceux qui se posent aujourd’hui en héritiers de ce combat comme les fondateurs du berbérisme, transformant ainsi l’accusation des vainqueurs, infamante pour les vaincus, en vérité historique » dit-elle ! …oui, oui, vous avez bien lu :  » infamante pour les vaincus »  …

En d’autre terme, cela signifie que le terme berbériste aurait été vécu par les acteurs de la crise berbéristes de 1949 comme une accusation « infamante » et que ces militants berbéro-nationalistes, tout en posant la problématique du négationnisme arabo-islamique dans la définition identitaire de l’Algérie en gestation, se seraient donc reniés au moment même où ils menaient ce combat et qu’ils en subissaient, sans jamais se renier, les contres-coups … quel culot !!!

Autrement dit, selon l’intelligentsia algérienne, les berbéristes de 1949 n’étaient tout simplement pas des berbéristes… Quant à « ceux qui se posent aujourd’hui en héritiers de ce combat comme les fondateurs du berbérisme », c’est-à-dire l’écrasante majorité des militants kabyles, ce sont donc eux qui auront transformé « l’accusation des vainqueurs, infamante pour les vaincus, en vérité historique ». Eh bien, si ça ce n’est pas du révisionnisme ça ! c’est là une malhonnêteté intellectuelle des plus indignes…

Et ce n’est pas fini, la journaliste poursuit et évoque un peu plus loin la liquidation « par les frères » des berbéristes de 1949. Elle affirme que « contrairement à ce qu’affirme la vulgate berbériste radicale… », « les frères et bourreaux n’étaient pas que des arabes, ils se recrutaient également parmi les Kabyles » … « Comme quoi les mythes sont parfois injustes à force de vouloir dessiner des identités à la serpe, s’inventant des martyrs » … sauf que le mythe dont parle cette journaliste est un mensonge, pas étonnant certes, mais un mensonge tout de même, puisque « ceux qui se posent aujourd’hui en héritiers» du combat des berbéristes de 1949 reprochent bien plus à Abane qu’à Messali la liquidation des berbéristes de 1949.

C’est en toute connaissance de cause, et certainement pas pour rien, que le dernier message de Bennai Ouali à Abane Ramdane « en creusant ma tombe, tu creuses aussi la tienne», revient sans cesse dans l’univers de la militance kabyle, c’est à dire ceux-là même qui se posent en héritiers du combat des berbéristes de 1949, justement parce que  « C’est le Congrès de la Soummam, tenu en Kabylie en août 1956, avec trois congressistes kabyles sur six, qui a ordonné une seconde traque meurtrière contre « les berbéristes. »  », comme c’est précisé un peu plus loin par l’auteure de l’article…quant à « s’inventer des martyrs », les kabyles apprécieront et retiendront encore une fois, le cynisme de « l’élite algérienne » qui dénie aux kabyles aux prises avec l’idéologie morbide de l’arabo-islamisme le statut de « victimes »…

Puis l’on arrive à l’analyse de la question berbère dans l’Algérie «indépendante» allant du MCB au MAK où  elle nous présente, émerveillée, un Y. Temlali, militant d’extrême gauche ayant appris le Kabyle dans une citadelle « arabe » ( on notera que là en revanche, il n’y a aucun doute permis sur l’arabité de la dite cité qui fut, pour rappel capitale du roi Numide Massinissa)et qui embrasse le Mouvement Culturel berbère (et à Constantine s’il vous plait, pas à Tizi, Vgayet ou même Alger)… donc, un Yacine Temlali autrement plus méritant que ces pauvres bougres de montagnards kabyles qui «s’inventent des martyrs», enfermant la Kabylie dans une «martyrologie douloureuse à force de compter ses morts »…

La journaliste nous vend aussi les mérites d’un MCB «acteur majeur de l’opposition […] autour des revendications démocratiques face au parti unique et aux islamistes»… une manière de vider le MCB  de son essence même.

A l’instar des berbéristes de 1949 qui n’étaient finalement pas des berbéristes selon cette journaliste, voilà que le MCB n’est ni culturel, ni berbère, il est un « acteur majeur de l’opposition […] autour des revendications démocratiques face au parti unique et aux islamistes » … Il est sidérant de constater jusqu’à quel degré de cynisme et de malhonnêteté peut aller l’élite nationaliste algérienne !

Et c’est une journaliste visiblement émerveillée qui nous vantera les grands mérites de Y. Temlali qui « Lui-même issu d’une famille aux racines berbères mais arabisée », « sera de ces rares personnes qui apprendront le kabyle… au cœur d’une citadelle arabophone, Constantine […] De quoi donner à réfléchir sur les chemins de l’histoire !»  …

Que ces pauvres bougres de montagnards de Kabylie en prennent de la graine !… Puisque, « Aujourd’hui la Kabylie endeuillée, enfermée dans sa martyrologie douloureuse à force de compter ses morts, son récit identitaire, « Nous ne sommes pas des arabes »,a enfanté d’un vilain avatar, du MCB au MAK»… Ainsi, Ghania Mouffok se lamente sur cette Kabylie qui « s’invente des martyrs » et « s’enferme dans sa martyrologie douloureuse à force de compter ses morts », passant « Du Mouvement Culturel Berbère plein de promesses démocratiques aux Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie plein de bruits et de fureur » !

Mais oui « Plein de bruit et de fureur », parce que pour « l’élite algérienne », les kabyles doivent se faire assassiner par l’Etat algérien, eux, leur culture et leur identité, dans le silence et la passivité sans « s’inventer des martyrs » et « sans s’enfermer dans sa martyrologie». Non, les kabyles doivent vivre, et surtout mourir, pour les luttes démocratiques « algériennes », c’est-à-dire « arabo-islamiques » !… Une seule expression arrive à l’esprit de tout kabyle qui se respecte : A WER TAWDEM !

Mais autant de mauvaise foi et de perversité dans la manipulation de faits historique dénote en réalité une réelle inquiétude chez cette nouvelle génération de « nationalistes algériens » qui refuse d’admettre que cette Kabylie «enfermée dans sa martyrologie douloureuse à force de compter ses morts», cette Kabylie dont « le récit identitaire, «Nous ne sommes pas des arabes », a enfanté d’un vilain avatar, du MCB au MAK», n’est plus du tout disposée à jouer le rôle du « vaincu » qui sème pour que le « vainqueur « récolte.

Cette inquiétude transparait clairement dans un passage où la journaliste cite Y. Temlali :« Dans un contexte régional explosif, marqué par des risques d’éclatement des états-nations issus des indépendances, […] la question berbère que le gouvernement algérien refuse de résoudre de façon démocratique apparaît comme une véritable bombe à retardement. Une bombe d’autant plus menaçante que, dans ce contexte trouble, la revendication d’autonomie de la Kabylie gagne en popularité. »… On notera au passage que jusqu’à octobre 2015, date de parution de son livre, Y.Temlali qui se pose en « historien » semble ne pas s’être rendu compte que le concept de simple autonomie est largement dépassé en Kabylie et que c’est le concept d’autodétermination qui lui a succédé. Les dernières manifestations du MAK sont pourtant on ne peut plus explicites. Ces manifestations sont ralliées par des pans entiers de la jeunesse kabyle, défilant dans les rues de Kabylie par milliers sous le slogan de « Kabylie indépendante »!… Voilà de quoi inquiéter davantage les adeptes du nationalisme algérien post-indépendant, à tel point qu’ils en arrivent au déni de réalité.

«Comment devient-on alors « Kabyles », « Chaouias », ou « Mozabites » s’interroge Y. Temlali.» et  l’auteure de l’article avec lui, un peu comme si les algériens avaient de tout temps existés et qu’ils étaient subitement devenus «Kabyles», «Chaouias», ou «Mozabites» après l’indépendance de l’Algérie qui n’est rien de moins qu’un Etat-nation, né du colonialisme français et dont même le nom a été donné par un général français en date du 14 octobre 1839 ; une époque où la « Kabylie indépendante », n’avait pas encore été annexée aux «Possessions françaises dans le nord de l’Afrique».

Le révisionnisme algérien aura beau parler de « La Kabylie entre mythes coloniaux et réalités algériennes», il n’en demeurera pas moins que lorsque les «Possessions françaises dans le nord de l’Afrique» ont reçu l’appellation « Algérie » par un décret du ministère français de la guerre, la Kabylie était une réalité culturelle, linguistique et politique homogène, propre à un territoire qui était bel et bien indépendant.

Et en conclusion pour répondre à cette question qui sert de titre au réquisitoire de la journaliste algérienne, Que serait l’Algérie sans la Kabylie ? on peut répondre sans grand risque de se tromper : probablement le Royaume Arabe de Napoléon III !

Illustration : décret Shneider

Tamaynut

Wahiba H
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