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Rebreb président !

Rebreb président !

Aggun entre dans le bureau du général en retraite Si Khaled Nezzar. Il le trouva derrière son bureau, casquette sur le chef, lunettes de soleil sur le nez, cigare sous la moustache, baguette de Maréchal dans une main et une tasse de thé à la menthe dans l’autre main. Aggun s’arrête devant le bureau :

Aggun : Bonjour, mon général.
Si Nezzar : Garde à vous !
Aggun : Mais, moi je ne suis pas militaire, mon général.
Si Nezzar : Tous les Algériens sont des militaires.
Aggun : Moi je suis un civil, mon général.
Si Nezzar : Un civil est un militaire en réserve. Bon, qu’est-ce qui t’amène ?
Aggun : C’est pour un entretien, mon général.
Si Nezzar : Que veux-tu savoir ?\n
Aggun : C’est à propos des présidentielles.
Si Nazzar : Qu’est-ce qu’elles ont les présidentielles ?
Aggun : Apparemment, vous avez déjà choisi votre candidat.
Si Nezzar : Si Rebreb.
Aggun : Un Kabyle, mon général !?
Si Nezzar : Non, un homme «argenté», mon petit. Comme dirait l’autre : « l’argent n’a pas d’odeur. »
Aggun : Qu’est-ce que l’odeur vient-elle faire là-dedans ?
Si Nezzar : Les Kabyles disent : « Akli ifuH, lqusma-s zzid-et ! »*
Aggun : Waw ! Vous parlez bien le kabyle, mon général !
Si Nezzar : A la veille des élections, je parle toutes les langues, même le chaoui.
Aggun : Les Kabyles pensent que vous soutenez Rebreb juste pour les faire voter aux prochaines élections ?
Si Nezzar : Les Kabyles ont beaucoup d’imagination.
Aggun : Les Kabyles s’inquiètent beaucoup pour l’Algérie, mon général.
Si Nezzar : Tous leurs problèmes viennent de là.
Aggun : De leur amour pour l’Algérie ?

Si Nezzar : Oui. Je vais te confier un secret, mon petit.
Aggun : Je vous écoute, mon général.
Si Nezzar : L’Algérie est une pute, elle est amoureuse de ses souteneurs, pas de ses soupirants.
L’Algérie cède aux voleurs, brigands, menteurs, traîtres… Les Kabyles sont naïvement amoureux d’elle : ils la chérissent, se battent pour elle, vont en prison pour elle, chantent sa beauté…. mais
l’Algérie n’en a rien à faire de tout cela. Du coup, ils se sentent contrariés, tristes et humiliés comme des poètes éconduits.
Aggun : Comme vous nous connaissez bien !
Si Nezzar : J’ai mes informateurs, mon petit.
Aggun : Les KDS ?
Si Nezzar : Pas seulement…
Aggun : Et si jamais monsieur Rebreb refuse d’être candidat ?
Si Nezzar : On lui fera un léger redressement fiscal.
Aggun : Pour l’alléger comme monsieur Khalifa ?
Si Nezzar : Chuuuuttttt !
Aggun : Là, vous le menacez, mon général ?
Si Nezzar : L’Algérie a besoin de lui.
Aggun : Mais monsieur Rebreb n’est pas un homme politique, mon général.
Si Nezzar : Mieux que ça, c’est un Kabyle.
Aggun : Je ne vois pas le rapport.
Si Nezzar : Un Kabyle est toujours prêt à se sacrifier pour l’Algérie.
Aggun : Un mouton de l’Aïd quoi !
Si Nezzar (éclate de rire) : Tu viens de me rappeler une histoire qu’un ami Kabyle m’a racontée dernièrement.
Aggun : Une histoire, mon général ?
Si Nezzar : Oui, une histoire à propos des moutons.
Aggun : Alors ?
Si Nezzar : A l’Approche de l’Aïd, une famille avait acheté un mouton. A la maison, tout le monde trouvait la pauvre bête gentille et tendre. Le mouton, de son côté, se sentant aimé, faisait tout ce
qu’il voulait. Il se déplaçait librement dans la maison, jouait avec les enfants, mangeait à table avec les membres de la famille, il avait même appris la langue kabyle. Un jour, à une semaine du fameux jour de sacrifice, alors qu’il déjeunait avec les membres de sa famille, le mouton s’arrêta de manger pour interpeller le chef de la famille : « Pendant que j’y pense, comme c’est bientôt l’aïd, as-tu songé à acheter un mouton ? » – Tout le monde éclata de rire. Le chef de famille lui caressa la lainenet lui dit : « Ne t’inquiètes pas. Je n’ai pas oublié. »
Aggun : Je ne vois toujours pas le rapport, mon général ?
Si Nezzar : C’est un peu l’histoire des Kabyles, non ?
Aggun : Vous trouvez, mon général ?
Si Nezzar : C’est bientôt l’Aïd, mon petit. Et il nous faut un mouton kabyle. Un mouton qui ditb« Vaâ » non pas « Baâ ». Ha ! Ha ! Ha ! Ha !
Aggun : C’est pas gentil pour le mouton, mon général ?
Si Nezzar : Je sais. Mais c’est comme ça que ça se passe chez McDonald.
Aggun : Mais si jamais monsieur Rebreb refuse catégoriquement votre plan, mon général ?
Si Nezzar : Là, je passerai au plan B.
Aggun : Lequel, mon général ?
Si Nezzar : Je présenterai le tandem Sadi-Benflis, à l’instar de Si Amirouche-Si ElHouas. Et on donnera le coup de manivelle de la campagne à Boussâada. Les Kabyles et les Chaouis vôteront tous pour nous.
Aggun : Vous pensez vraiment qu’ils vont passer la frontière cette fois-ci ?
Si Nezzar : Impossible !
Aggun : pouquoi

Si Nezzar : Parce que Si Abdelâaziz, le copain de Boumediène est toujours là. Et tant qu’il est là, personne
ne passera. Personne ne le délogera du fauteuil présidentiel.
Aggun : Pourquoi donc ?
Si Nezzar : D’abord parce qu’il est le roi des cons ; deuxio, parce qu’il a transformé le fauteil
présidentiel en fauteuil médical, et personne n’a le droit de toucher à un malade.
Aggun : Il est devenu un Intouchable alors ?
Si Nezzar : Exact. Allez, tu peux disposer maintenant. Sellem âla nass Tizi Wezzu, Bgayet telha, Lekhdar si Lebouira…
Aggun : Au revoir, mon général.
Si Nezzar : A la prochaine présidentielle.

Aggun

Note : * « Akli ifuH, lqusma-s zzid-et ! » : l’esclave pue, mais sa part de nourriture est délicieuse.

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