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Scènes de terreur en Kabylie

Scènes de terreur en Kabylie

 » Ce sont des groupes d’une dizaine de gendarmes, armés de barres de fer, de poignards, qui remontent dans les quartiers populaires de Tizi Ouzou, en Kabylie. «Quelques-uns brandissaient des drapeaux algériens, comme au football», raconte Majid. «Un de mes copains leur a crié: « Nous aussi, on est algériens. » Il s’est pris un coup de barre dans le ventre. Cela a été le signal. Ils se sont mis à frapper les gens, à casser les vitrines sur leur passage, balançant des lacrymos sur les balcons. C’était une émeute, mais de gendarmes.» […]

Les forces armées algériennes ont ostensiblement choisi de gérer la colère par une stratégie de terreur. «Elles font leur raid à Tizi, point de mire de la contestation. Le message est clair: terroriser ceux qui voudraient bouger», raconte un médecin de la ville. «En cassant les voitures garées près de leur caserne, des gendarmes criaient: « Vous vouliez des émeutes? Vous allez en avoir. Vous nous demanderez à genoux d’arrêter. »»

Dans la région, tout ce qui convoie les blessés est attaqué, ambulances ou voitures privées. Un autre groupe en uniforme pénètre dans l’hôpital de Tizi, brise des équipements, arrose les chambres de lacrymos. Autour de la ville, à Fréha et à Mekla, le siège du FFS et les commerces, qui refusent de servir les gendarmes depuis le début des émeutes voilà cinquante jours, sont saccagés.

Un gendarme sort devant le magasin qu’il vient de défoncer, brandissant des paquets de gâteaux éventrés, qu’il se met ostensiblement dans la bouche. «On fait ce qu’on veut. On mange où on veut. La loi est la nôtre et le restera. Maintenant, on va faire comme vous: détruire tout ce qu’on n’aime pas.» Dans la commune de Laarba-Naït-Iraten, la crèche est entièrement démolie par les forces de sécurité. A Tizi Rachid, c’est la mairie.

Dans le quartier des Genêts à Tizi, un gamin de 15 ans est attrapé au hasard. Alors que quatre gendarmes le tiennent par les jambes et les bras, les autres le rouent de coups. Ils le laissent pour mort.

D’un balcon, une femme crie: «Pouvoir assassin.» Un gradé se retourne, bras levés. Il hurle: «Oui, Nous sommes des assassins.»

Depuis trois jours, parodiant les slogans, mimant la démarche des manifestants, les groupes de gendarmes traversent la Kabylie en scandant: «Nous sommes des assassins.» Depuis samedi, toutes les nuits, des groupes entrent dans des immeubles, cassent, tabassent, puis repartent se barricader dans les brigades. «En Algérie, c’est nous qui décidons quand on casse.» A Tizi, on comptait hier une centaine de blessés et la mairie a dû être transformée en centre de secours.

https://www.liberation.fr/planete/2001/06/19/scenes-de-terreur-policiere-en-algerie_368539

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